« De fait, une idée a toujours animé mes fouilles archéologiques : il faut prendre le langage par le biais de la dialectique du système et du style. »Il est impossible de dissocier l?étude de la parole (l'acte de parler ou d?écrire) et celle de la langue (le fondement systématique du langage) : fort de ce postulat, Jean-Jacques Lecercle propose dans ce lumineux petit livre, synthèse de trente ans de recherches, de substituer au modèle platonicien de la linguistique traditionnelle un modèle conceptuel alternatif, la dialectique du système et du style.Bien que le langage soit un système de signes (fixé par exemple dans les traités de grammaire), son existence est en même temps conditionnée par l'appropriation et l'usage, toujours variés, souvent fautifs, qu'en font les sujets parlants : le style. Le langage fonctionne selon cette dialectique, ce qui a plusieurs conséquences : la langue n'est que partiellement systématique, c'est un ensemble de normes plus ou moins stabilisées ; la grammaire est toujours « défaisable » par les locuteurs individuels ; les normes sont soumises aux changements que leur impose le « hors-norme » stylistique.Le langage n'est pas essentiellement un système idéal abstrait qui s'impose de l'extérieur au sujet, mais une extension de la praxis, un phénomène à la fois historique, social, matériel et politique. Les signes linguistiques sont des produits de l'activité humaine qui sont ensuite objectivés et sédimentés. Enfin, si le sujet est effectivement « interpellé » par des règles qui lui préexistent, il a aussi la possibilité de « contre-interpeller » la langue, et ainsi, d'y introduire une dose irréductible de singularité et de variation.
Nombre de pages
205
Date de parution
19/05/2023
Poids
234g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782354802691
Titre
Système et style. Une linguistique alternative
Auteur
Lecercle Jean-Jacques ; De Mattia-Viviès Monique
Editeur
AMSTERDAM
Largeur
135
Poids
234
Date de parution
20230519
Nombre de pages
205,00 €
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Résumé : On se rappelle l'insulte lancée par The Sun à l'adresse de Jacques Chirac au temps du fameux débat onusien sur l'Irak. Pourquoi rate-t-elle sa cible ? Parce que, quoique formulée en français (" Chirac est un ver "), elle est pensée en anglais, dans la langue de l'impérialisme. Pour comprendre ce qu'est la langue de l'impérialisme, l'auteur soutient qu'il faut construire une philosophie marxiste du langage, qui a fait jusqu'ici cruellement défaut. Cette construction passe par une critique des philosophies du langage de Chomsky et de Habermas, et par un examen des bribes de la tradition marxiste en matière de langage. L'auteur formule quelques propositions sur ce qu'est le langage pour un marxiste : un phénomène social, matériel, historique et politique.
Comment devient-on un sujet ? D'abord en étant nommé, défini, singularisé, assigné à une place. On est, en quelque sorte, "recruté" comme sujet par une autorité. C'est ainsi que Louis Althusser définit l'interpellation dans un célèbre texte sur les "appareils idéologiques d'Etat" , où il prend l'exemple de l'agent de police hélant un individu ("Hé, vous là-bas ! ") qui se reconnaît immédiatement comme étant le sujet de l'interpellation. Etre sujet, c'est donc d'abord être l'objet d'un assujettissement idéologique qui nous fait exister dans un monde commun. Reprenant cet axe de réflexion, Jean-Jacques Lecercle en propose des prolongements originaux : là où Althusser privilégiait le discours, il insiste sur le caractère à la fois linguistique et sensoriel de l'interpellation, donc sur sa dimension fondamentalement corporelle. Il étudie en outre ses différentes formes que sont l'injure, le mot d'ordre ou encore la rumeur. Surtout, il élabore une théorie de la contre-interpellation, par où s'affirme l'autonomie du sujet, qui s'approprie la langue et détraque l'idéologie. A travers un parcours aussi rigoureux que ludique, étayé par une multitude d'exemples allant de Frankenstein à Alice au Pays des merveilles, Lecercle propose une stimulante théorie de la constitution du sujet.
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