Comment devient-on un sujet ? D'abord en étant nommé, défini, singularisé, assigné à une place. On est, en quelque sorte, "recruté" comme sujet par une autorité. C'est ainsi que Louis Althusser définit l'interpellation dans un célèbre texte sur les "appareils idéologiques d'Etat" , où il prend l'exemple de l'agent de police hélant un individu ("Hé, vous là-bas ! ") qui se reconnaît immédiatement comme étant le sujet de l'interpellation. Etre sujet, c'est donc d'abord être l'objet d'un assujettissement idéologique qui nous fait exister dans un monde commun. Reprenant cet axe de réflexion, Jean-Jacques Lecercle en propose des prolongements originaux : là où Althusser privilégiait le discours, il insiste sur le caractère à la fois linguistique et sensoriel de l'interpellation, donc sur sa dimension fondamentalement corporelle. Il étudie en outre ses différentes formes que sont l'injure, le mot d'ordre ou encore la rumeur. Surtout, il élabore une théorie de la contre-interpellation, par où s'affirme l'autonomie du sujet, qui s'approprie la langue et détraque l'idéologie. A travers un parcours aussi rigoureux que ludique, étayé par une multitude d'exemples allant de Frankenstein à Alice au Pays des merveilles, Lecercle propose une stimulante théorie de la constitution du sujet.
Nombre de pages
300
Date de parution
08/03/2019
Poids
375g
Largeur
136mm
Plus d'informations
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EAN
9782354801892
Titre
De l'interpellation. Sujet, langage, idéologie
Auteur
Lecercle Jean-Jacques
Editeur
AMSTERDAM
Largeur
136
Poids
375
Date de parution
20190308
Nombre de pages
300,00 €
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Résumé : Comment penser la Révolution française lorsque l'on est anglaise et fille de william Godwin, le philosophe anarchiste, et de Mary Wollestonecraft, une des premières féministes ? La réponse est qu'on exprime à la fois son admiration et sa répulsion en créant un monstre, très bon et très méchant, qui participe du sans-culotte et de napoléon. Ce monstre, c'est la créature de Frankenstein, tel que l'imagina Mary Shelley en 1816. Le conte est un point de passage obligé pour qui se demande comment naît un mythe, quelle est sa fonction, comment il survit. La réponse proposée est qu'un mythe est une solution imaginaire à une contradiction réelle. Contradiction historique : soutenir et rejeter la Révolution ; contradiction discursive : le conte tient à la fois le discours philosophique des lumières et le discours religieux du diable ; contradiction subjective : l'objet de Frankenstein est aussi de répondre à cette question enfantine : comment fait-on les enfants ? Le glissement de l'une à l'autre de ces contradictions explique que le mythe ait si bien survécu, en passant au cinéma. Le livre analyse cette différence entre conte et films, qui est aussi une filiation.
Résumé : On se rappelle l'insulte lancée par The Sun à l'adresse de Jacques Chirac au temps du fameux débat onusien sur l'Irak. Pourquoi rate-t-elle sa cible ? Parce que, quoique formulée en français (" Chirac est un ver "), elle est pensée en anglais, dans la langue de l'impérialisme. Pour comprendre ce qu'est la langue de l'impérialisme, l'auteur soutient qu'il faut construire une philosophie marxiste du langage, qui a fait jusqu'ici cruellement défaut. Cette construction passe par une critique des philosophies du langage de Chomsky et de Habermas, et par un examen des bribes de la tradition marxiste en matière de langage. L'auteur formule quelques propositions sur ce qu'est le langage pour un marxiste : un phénomène social, matériel, historique et politique.
À travers deux interventions inédites, complétées par un entretien avec le philosophe, l'ouvrage donne à voir l'apport crucial du marxisme à l'analyse des textes, déclinée en deux gestes complémentaires : exhumer, à même les mots, les luttes de classe qui y sont sédimentées, au moyen d'une socio-linguistique historique qui pense le langage dans et comme histoire, retracer les vies d'une oeuvre (Frankenstein et Dracula) au-delà de la conjoncture qui l'a produite - le devenir-mythe qui l'arrache à l'histoire, et la dégradation en archétype qui permet sa mobilisation idéologique dans un nouveau contexte. La lecture marxiste des textes devient, du même coup, une arme pour l'analyse marxiste des situations, tant toute lutte politique est une lutte linguistique.
À un moment où le capitalisme pourrissant mène à une vitesse sans cesse accélérée l'humanité vers la catastrophe écologique et anthropologique, il faut continuer à lire Lénine, car « Lénine » est le nom de la première interruption durable de la reproduction du capital et de la mise en dépérissement de l'appareil de l?État bourgeois. Mais on ne lira pas Lénine seulement pour un rappel de ces principes stratégiques, mais aussi, ce qui a été le thème central de ce livre, pour ce qu'il a à nous dire sur la conduite de la lutte idéolo- gique. Nous avons encore beaucoup à apprendre de Lénine et de sa pratique discursive, de cette lutte constante qu'il a menée avec les mots, pour les mots, mais aussi contre les mots. Cette pratique exemplaire repose sur une philosophie du langage qui reste implicite, que l'on décrira dans la dialec- tique du juste et du vrai : le langage est une arme, et il faut que les énoncés (par exemple les mots d'ordre) soient justes, c'est-à-dire ajustés à la conjoncture historique, pour y intervenir e cace- ment, mais le langage est aussi expression de la vérité, car il faut toujours dire la vérité aux masses. À travers la lecture des 45 volumes de son ?uvre, Jean-Jacques Lecercle célèbre un style d'intervention, en faisant l?éloge des cinq vertus de Lénine : la solidité (on ne cède jamais sur les principes, on n'oublie jamais le programme maximum, la révolution socialiste), la fermeté (on « tient le point », on ne cède pas aux consensus organisés par l'idéologie dominante, par exemple l'hystérie patriotique du début de la guerre impérialiste en 1914), la dureté (Lénine est un redoutable polémiste et n'hésite pas à vilipender ceux qu'il qualifie de « conciliateurs »), la lucidité (Lénine a toujours su, dans une conjoncture donnée, voir l'essentiel ? qui lui est donné par l'analyse de classe, essentiel que l'idéologie dominante a pour fonction de masquer) et enfin la subtilité, (Lénine est le penseur de la conjoncture, celui qui perçoit le moment où il faut changer de ligne, par exemple en avril 1917, où le mot d'ordre devient caduc et doit être remplacé). Un style qui reste une inspiration un siècle après la mort du leader bolchevique.
L'ouvrage entend mettre en lumière les défis réels - et non fantasmés - auxquels est confrontée la gauche dans son rapport aux classes populaires aujourd'hui, montrant par là même qu'il n'y a rien d'irrémédiable aux difficultés présentées. La fragmentation des classes populaires n'est pas indépassable, à condition de ne pas partir d'une vision réductrice ou passéiste de ces milieux, mais plutôt de leur réalité matérielle et de l'actualité observée de leurs aspirations et mobilisations.