Jean-Jacques Lebel I Angeli. En préface d'un petit livre intitulé tout simplement les Collages, qui rassemble plusieurs textes écrits de 1923 à 1965, à propos de Max Ernst, John Heartfield et... Jean-Luc Godard,Aragon remarque:"Écrire et peindre, un seul mot signifiant l'un et l'autre dans l'ancienne Égypte, et cela se conçoit, puisque les mots n'étaient pas décomposés en lettres qui soient des transcriptions des sons, mais représentés par des hiéroglyphes figuratifs... Nous ne savons pratiquement rien du divorce qui s'est établi entre la représentation des choses et le nom qu'elles portent." Ce ne sont pas cette alternative et ce divorce qui ont préoccupé Jean-Jacques Lebel. Ou alors, au contraire, la simultanéité et la fusion ont été ses soucis primordiaux. /// Une part majeure des collages de ce passionné de Francis Picabia et de Kurt Schwitters fut réalisée dans des cahiers. C'est dire ainsi la volonté de ne pas distinguer entre "écrire et peindre", pour reprendre les mots d'Aragon. Cahiers ventrus par l'épaisseur des couches de papier, dilatés par le "mille-feuille" d'images détournées de la presse érotique, de la "grande" presse (aussi bien française, anglaise ou italienne) ou de documents savants, enceints des couches de peinture qui cadrent, ourlent, décorent, anoblissent et métamorphosent le matériau pauvre des emballages abandonnés et récupérés... /// Les cahiers de collages n'esquissent ni ne préfigurent. Ils sont des oeuvres en soi, définitives: objets d'art lourds de leur cueillette d'images et de mots imprimés qu'ils renferment, agités du souffle qui rapproche et superpose, éclairés du contraste entre les origines des matériaux./// Tourner les pages de ce fac-similé offre une expérience de lecture-vision - ou vision-lecture? - singulière. La reproduction ne peut restituer la réjouissante volumétrie informe de certains cahiers originaux, résultat de la curiosité d'un artiste herboriste des brocantes et marchés aux puces de toutes sortes. La qualité d'impression restitue pourtant les mouvements feuilletés d'une pensée traduite en accumulation, en recouvrement, en masquage, en détourage, en agrafage, en arrachage... Car ce qui frappe en effet, c'est la révélation, la démonstration que le collage est en peinture la procédure qui traduit figuralement avec le plus d'évidence la pensée, ses errances et ses trouvailles, ses dérives et ses éclairs. /l/ Longtemps conservés dans le secret de son atelier, ces cahiers sont montrés aujourd'hui. Jean-Jacques Lebel décide d'ouvrir ces pages-tiroirs qui dévoilent une activité intime. Intime comme on le dit d'un journal, comme on le dit aussi d'une confession. Confession, ici, de la recherche, recherche de formes et de sens, de rythmes et d'assonances, d'équivalences et de contradictions. Les cahiers contiennent les traces du labeur régulier, de l'entraînement rituel, de l'effort acharné pour conjuguer en permanence les dangers de l'improvisation digne d'un musicien et la maîtrise du métier de peintre. /// Les textes, imprimés et manuscrits, ne précisent rien, brouillent plutôt, entraînent au-delà des suggestions que les images imposeraient trop univoquement. Mais les mots, les phrases et les lettres éparses (sigles et abréviations diverses) fonctionnent parfois comme des énigmes que seul le clin d'oeil discret mais cultivé à l'histoire de l'art justifie: ainsi ce S. R Q. R. romain, qui surgit dans une clairière de couleurs, a-t-il un goût de L. H. O. O. Q. duchampien. /// Confession, recherche disais-je... Et donc, doutes? Oui, probablement... Et le collage est l'écriture, plus certainement, du doute: rapprocher "ce qui est peint et ce qui est feint" pour reprendre une assonance aragonienne dans le texte déjà cité, n'est pas une entreprise innocente pour Jean-Jacques Lebel, lui qui aime tant jouer avec les vices et les pièges du regard pour prouver les vertus de l'art (Dominique Païni)
Nombre de pages
30
Date de parution
16/10/2009
Poids
50g
Plus d'informations
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EAN
9782873402457
Titre
Angeli
Auteur
Lebel Jean-Jacques
Editeur
YELLOW NOW
Largeur
0
Poids
50
Date de parution
20091016
Nombre de pages
30,00 €
Disponibilité
Epuisé
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À pied, à cheval et en Spoutnik. Conformément à sa logique du refus des étiquettes et des tiroirs, Jean-Jacques Lebel a abordé non seulement des thèmes divers, mais tous les genres d'écriture, du billet d'humeur à l'étude historique fouillée, du journalisme d'intervention à l'hommage respectueux ou frondeur en passant par les objets poétiques mal identifiables. On trouvera dans ce recueil tous les tons, tous les registres, toutes les allures de texte, vives ou lentes, spontanées ou mûries. Indépendamment de la question du happening, de la poésie sonore et de Fluxus, on y distinguera trois grandes pistes: celle du passeur essentiel entre la Contre-Culture américaine et les avant-gardes européennes, celle de l'écrivain libertin/libertaire, celle de l'historien passionné par les rapports entre l'art et l'hallucination. Le tout sur fond de fidélité aux idéaux Dada et à cette valeur cardinale qu'est l'amitié.
Corpet Olivier ; Lebel Jean-Jacques ; Lambert Emma
De nombreux peintres et dessinateurs ont fait ?uvre d'écrivain ou de théoricien: Michel-Ange, Van Gogh, Gauguin, Kandinsky, Malevitch, Mondrian, Rothko, Beuys, Jorn. Pourquoi, à leur tour, les écrivains ne dessineraient-ils pas? On connaît les dessins de Goethe et de Victor Hugo; a-t-on vu ceux de Barthes, d'Althusser, de Malraux ou d'Hervé Guibert? Ils ont peut-être griffonné sans autre ambition que le plaisir ou la distraction. Chaque écrivain a ses caprices, ses démons. Le dessin peut leur obéir, même s'il n'est qu'une note au bas d'un manuscrit - chez Stendhal, par exemple. Mais il peut aussi occuper toute la page, et trouver un cadre pour s'accrocher sur un mur d'exposition ou chez un particulier. Les liens entre écriture et peinture, texte et dessin, sont une problématique connue. Jamais, toutefois, on n'aura réuni en un seul volume une telle diversité, de George Sand à Bernard Heidsieck, du romantisme à la poésie sonore en passant par les surréalistes, le nouveau roman ou la beat generation. L'Institut Mémoires de l'édition contemporaine (IMEC) accueille dans ses archives de nombreux manuscrits où l'image surgit par hasard dans le texte. En associant ce fonds à deux collections privées, ce livre réunit un ensemble d'"?uvres" résistant à toute classification, un parcours dans l'effort graphique de quelques grands noms de la littérature. Cent cinq auteurs, près de trois cents reproductions: ce sont autant d'invitations à découvrir ces curiosités et à réfléchir aux rapprochements ou aux contradictions qui unissent malgré tout ces deux arts. Au fil des pages, grâce à un classement chronologique et des notices pour chaque auteur, on découvre un lien entre les styles, les techniques utilisées, les périodes traversées. Différents textes précisent le rapport entre cet ouvrage et l'exposition itinérante qu'il accompagne - à l'IMEC (abbaye d'Ardenne, Caen), à Lisbonne, puis à Ixelles. Dès leurs débuts, en 2002, les Cahiers dessinés se sont efforcés de réfléchir sur cette relation entre l'écriture et le dessin, en publiant notamment Copi, Gébé, Pierre Fournier, Roland Topor, Raymond Queneau, Friedrich Dürrenmatt, Edvard Munch, Alberto Giacometti, Jean-Michel Jaquet, Pascal, Christian Dotremont, Pierre Alechinsky. Ce livre s'inscrit tout naturellement dans ce propos.
Entre 1956 et 1960, au crépuscule du cinéma classique hollywoodien, Budd Boetticher réalise en indépendant sept westerns incisifs, tous portés par le même acteur granitique, Randolph Scott, considéré par beaucoup comme son inamovible double de fiction. De ce cycle émerge une trilogie, tendue tel un arc, dont Comanche Station assure la quintessence. Dans ce film, pas de graisse, aucune fioriture, nul happy end et encore moins de sentimentalisme, sinon asséché, tout juste une succession de déplacements et de pauses, de trajectoires entêtées et de bivouacs faussement réparateurs, menant en droite ligne vers une apparente résolution finale qui, au personnage central, n'offrira ni repos, ni romance, le laissant seul avec ses tourments initiaux. Il fallait bien le visage impassible de Randolph Scott pour ainsi sortir le western du lyrisme ou des chevauchées fantastiques et oser tendre vers l'épure, voire l'abstraction, où la modernité l'attendait. S'il analyse le film avec rigueur ou, mieux, le psychanalyse avec gaieté, Pierre Gabaston s'adresse aussi directement au cinéaste, dans une forme de dialogue imaginaire et complice, convoquant leurs passions communes pour la tauromachie et les paysages indomptés, présence concrète, matière vivante, partenaire à part entière de l'intrigue. Autant dès lors avertir : bien plus qu'une exégèse, cet essai se veut d'abord livre d'amitié cinématographique et probablement un des ouvrages les plus intimes jamais écrits sur un western.