Cet ouvrage collectif a été envisagé afin de penser les questions majeures soulevées par l'histoire et les traumatismes du XXe siècle, à l'issue des deux grandes Guerres mondiales. A l'aube du XXIe siècle, et surtout à partir de 2015, une série d'attentats a bouleversé le monde. Ces attentats, perpétrés par de jeunes terroristes en plein Paris puis en France et ailleurs, le furent au nom d'une Guerre contre l'Occident, qui a débuté en 2001 avec la destruction des Twin Towers à New York. Ces événements et leurs effets ne peuvent qu'encourager les psychanalystes à prendre la parole. La communauté analytique, quand elle fait oeuvre et pensée commune, peut se faire entendre au sein de la cité, de façon à pouvoir penser notre civilisation et tenter d'éviter qu'elle ne devienne au XXIe siècle, celle de la "dévastation". Les événements traumatiques de l'histoire du XXe siècle, qui ont amené Freud à conceptualiser la pulsion de mort, ouvrent sur des problématiques au niveau du sujet, de ses idéaux, de ses oeuvres, de la civilisation et de l'histoire de sa culture dont la psychanalyse hérite et tente ici de rendre compte. Cet ouvrage fait suite à un congrès qui s'est déroulé à Vienne, la ville de naissance de Freud, fin 2014. La culture et la civilisation sont dans une croisée, nous sommes face à des questions dont les réponses seront décisives pour le futur, engageant parallèlement l'avenir de la psychanalyse.
L'éthique, une question fondamentale en psychanalyse, mise en exergue par Freud et Lacan. Elle consiste essentiellement en un « jugement sur notre action » disait ce dernier, car elle concerne la responsabilité du psychanalyste dans son désir d'analyste. Le psychanalyste accompagne et guide un autre en souffrance à accéder à une part de réel concernant sa vérité intérieure par un travail de désaliénation. Le moteur essentiel à l'humanisation de la psychiatrie et au travail psychique qui peut se mettre en ?uvre à partir de la rencontre avec un soignant, c'est le transfert. Le transfert est aussi une véritable relation de confiance qui s'instaure avec le psychanalyste qui, par le biais de cet amour de transfert, va pouvoir aider à la guérison en revisitant l'histoire infantile du sujet. Le transfert est à la fois le levier de guérison de la névrose, mais aussi quelquefois son plus grand obstacle. Lacan avait évoqué le désir de l'analyste en tant que « désir averti », un désir plus fort que les autres désirs qui peuvent animer l'analyste, mais un désir qui doit être éclairé quant au respect de la dignité d'un sujet. Cet ouvrage collectif va tenter d'en cerner le maniement, les difficultés et quelquefois les impasses dans ce que l'on peut appeler « Les accidents du transfert ».
L'auteur revisite, depuis l'historique de la création de L'Interprétation du rêve de Freud, les différents apports théoriques des continuateurs de l'oeuvre. Recherche psychanalytique en avance sur la recherche neuroscientifique. L"« acte » psychique du rêve est un acte riche et porteur de sens, contrairement aux hypothèses des neurophysiologistes. Lire ce que dit le rêve permet au sujet d'élargir sa conscience et sa connaissance sur la partie non sue, méconnue de soi; un acte de liberté subjective. En ce sens, cet ouvrage se propose comme outil, étayé par les avancées théoriques actuelles, pour permettre cette lecture à deux, l'un dans un « mi-dire » relançant les associations de l'autre de ce couple singulier psychanalyste-analysant."
Cet essai écrit à partir de l'élaboration freudienne de la pulsion de mort introduite sous forme de spéculation dans Au-delà du principe de plaisir en 1920, et s'appuie sur l'échange entre Freud et Einstein tentant de prévenir et de penser le déclenchement de la seconde guerre mondiale, publié sous le titre Pourquoi la guerre ? en 1933. Il ouvre, à partir du désir pur de mort incarné par Antigone, sur des champs philosophiques dégagés par Heidegger et Spinoza, philosophes du nihilisme et de la joie, et remonte jusqu'aux philosophes antiques confucianistes. Le monde actuel dans lequel nous sommes tous plongés nous demande, en tant que psychanalystes, de penser le devenir éthique de l'humain du XXIe siècle. Il est nécessaire, dans la voie ouverte par Lacan, de confronter nos connaissances de pensée entre l'Orient, qui s'ouvre à la psychanalyse, et l'Occident, oublieux de cette sagesse éthique qui est au fondement de la pensée chinoise. Le sujet humain est malmené dans notre modernité du fait de l'atteinte au langage effectuée et du développement incontrôlé de la science sans encadrement éthique suffisant, qui risque de nous entraîner sur le versant de l'autodestruction, dans un emballement maniaque déjà à l'?uvre. La psychanalyse, cette science du désir, peut apporter un regard critique sur notre civilisation et ?uvrer à poser les bases d'une éthique de l'humain.
Le suicide illustre le travail de la pulsion de mort toujours à l'oeuvre. L'autodestruction est pour Freud toujours active, il a été de plus en plus convaincu tout au long de son élaboration théorique de cette bipolarité originelle de l'existence. Qu'en est-il d'un véritable désir de mort du patient "suicidant" ? Le plus souvent, il clame son innocence dans un "Je ne voulais pas mourir", mais son acte interpelle vivement le désir du soignant comme celui de l'analyste. Cet acte est aussi loin d'être sans valeur. N'est-il pas prétexte à réinterroger le désir ? Ce numéro se propose d'examiner différentes formes de suicide selon l'éclairage clinique et l'abord théorique des auteurs. Le développement de la civilisation, disait Freud dans Le malaise dans la culture, nous montre "le combat entre Eros et mort, pulsion de vie et pulsion destructrice, tel qu'il se déroule au niveau de l'espèce humaine". Et "c'est pourquoi le développement de la culture doit être, sans plus de détours, qualifié de combat vital de l'espèce humaine". On en trouvera témoignage dans la deuxième partie de cette revue, qui concerne les questions cruciales pour la psychanalyse, questions actuelles illustrant ce travail toujours actif de la pulsion de mort au sein de la culture. Des classifications médicales psychiatriques a-théoriques, abandonnant toute conception psychodynamique et désappropriant le sujet de lui- même, au rideau de fer tombant sur les psychanalystes dans certains pays, il est de notre éthique de lutter contre cette désaffection de l'humain dans l'oeuvre collective dans laquelle nous sommes tous plongés.