Elle écrit un poème au dos d'une photo de Fortino Sámano, due à Agustin-Victor Casasola. Lieutenant de Zapata, faux-monnayeur, Fortino Sámano finit fusillé par les troupes fédérales, exigeant de garder les mains libres et les yeux sans bandeau, fumant, le dos au mur, son dernier cigare. On a pu dire qu'il paraissait attendre sa fiancée. (Une autre photo, non retrouvée, a été décrite : le peloton va tirer, Fortino a ôté son chapeau, redresse le torse et dévisage les soldats avec fierté.) Il vient ensuite lire le poème. Ce dernier, de même qu'il avait absorbé l'image, déborde sur la lecture qui se transforme à son gré. Il se laisse déborder. Ensemble, ils tentent de faire que poème et commentaire gardent chacun leur indépendance, sans pouvoir, malgré tout, se séparer. Ils seront donc partis d'une légende, comme l'épopée part d'un mythe. Une légende : ce qui est à lire, ce qui doit être raconté. Mais la légende du poème n'a que le sens de son passage de l'autre côté de la langue. Quoi raconter de cela ou de celui qui passe de l'autre côté ? Ainsi, progressivement, le poème aura débordé dans la lecture : il l'aura empêchée de gloser et l'aura obligée à éprouver le gel singulier de la langue dans une image (dans l'absence que l'image a ouverte). La poésie est toujours intraitable : la philosophie doit en attester.
Nombre de pages
126
Date de parution
09/09/2004
Poids
182g
Largeur
124mm
Plus d'informations
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EAN
9782718606521
Titre
FORTINO SAMANO
Auteur
Lalucq Virginie ; Nancy Jean-Luc
Editeur
GALILEE
Largeur
124
Poids
182
Date de parution
20040909
Nombre de pages
126,00 €
Disponibilité
Epuisé
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C'est ici la George Sand sociale que l'on verra s'exprimer, sur le mode de la polyphonie et de l'attention portée au monde du travail et de la misère. L'écrivain manifeste dans cet ouvrage les idéaux naissants d'un mouvement dont l'Histoire saura faire usage, pour le meilleur et pour le pire, après et parfois contre la pensée de la "Dame de Nohant".
Bernard Madoff, Jérôme Kerviel, Kweku Adoboli, ces trois noms sont associés à des fraudes financières de grande ampleur. Ces " affaires ", jugées et très médiatisées, ne sont que la face visible d'un système qui encourage plus ou moins ouvertement des cadres de la banque à jouer avec les règles et à les transgresser. Relativement peu évoquée en France et en Europe, cette criminalité en col blanc a pourtant joué un rôle prépondérant dans l'avènement de plusieurs crises financières, qu'il s'agisse de la crise des Savings and Loans dans les années 1980 ou de celle, plus récente, des subprimes, avec les conséquences catastrophiques que l'on sait sur toutes les économies du globe. Inventeur du concept de " fraude patronale ", William K. Black s'associe à Aurore Lalucq pour décrire les mécanismes de mise en place de la fraude, qui vont de la vente de produits frauduleux aux incitations perverses qui permettent aux courtiers d'améliorer leurs rémunérations. Enseigner ces mécanismes, donner aux régulateurs les moyens de faire leur travail, mettre en place des systèmes de lutte contre les conflits d'intérêts, protéger les lanceurs d'alerte sont autant de lignes directrices des réformes à envisager afin d'assainir la situation et de prévenir le développement de la fraude, et donc l'éclatement de nouvelles crises financières.
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...
Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.