Libre parole rassemble trois essais de style et de circonstance différents : la Conférence Hrant Dink sur la démocratie et la liberté d'expression par temps de violence, donnée en public à Istanbul en janvier 2018 ; les Thèses élaborées en 2015 sur "Liberté d'expression et blasphème", pour intervenir dans la discussion qu'ont relancée les assassinats par les membres de Daech de journalistes de Charlie Hebdo associés à la publication des "caricatures de Mahomet" ; enfin, le séminaire donné en 2013 et rédigé l'année suivante sur les formes de la parrésia selon Michel Foucault, où se trouve déployée à partir de l'exemple grec sa conception du courage de la vérité. Leur objectif commun est de problématiser les conditions et la fonction de la liberté d'expression en tant que droit aux droits, plus fondamental que jamais dans une période de régression des formes démocratiques, facilitée par les effets désagrégateurs de la mondialisation capitaliste, et surdéterminée par les effets de terreur et de contre-terreur que suscite une situation de guerre endémique à laquelle aucune région du monde n'échappe entièrement désormais. Il est aussi de montrer que, si la liberté d'expression institutionnellement garantie, et la libre parole qui en forme la contrepartie subjective, constituent une "propriété" inaliénable des individus et des groupes dont l'autonomie est (théoriquement) reconnue en démocratie, il faut s'élever à la conception d'un bien public de la communication si l'on veut en généraliser l'exercice, en prévenir les usages discriminatoires, et lui conférer par là-même toute sa normativité politique.
Nombre de pages
124
Date de parution
18/10/2018
Poids
216g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782718609782
Titre
Libre parole
Auteur
Balibar Etienne
Editeur
GALILEE
Largeur
135
Poids
216
Date de parution
20181018
Nombre de pages
124,00 €
Disponibilité
Epuisé
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D'où vient le " racisme " ? Et quel est son avenir ? Cet ensemble de travaux de philosophes, d'anthropologues et d'historiens vise à cerner les origines du phénomènes, les circonstances singulières de la construction de son concept, l'imbrication complexe de l'oppression de " race " avec la domination de " sexe " et de " classe ", le refoulement, la dénégation, dont il fait l'objet dans la tradition française, les conditions de son omniprésence souterraine dans l'Europe d'aujourd'hui.
Qu'appelons-nous « modernité »? Cette question est travaillée selon une triple orientation philologique, épistémologique et historique, en prenant pour fils conducteurs l'auto-énonciation du sujet, la constitution du « nous » communautaire, l'aporie de l'institution judiciaire. L'interprétation défendue pose que les processus opposés du devenir-citoyen du sujet et du devenir-sujet du citoyen en viennent à se recouvrir. C'est aussi le moment où le rapport du commun à l'universel devient un écart politique au sein de l'universel lui-même. Le « jugement des autres » doit être rapporté à un « jugement de soi-même » attestant pour chacun sa propre normalité. Dès lors, l'humain ne peut coïncider avec l'institution du politique qu'à la condition de se retrancher de soi-même, dans la forme des « différences anthropologiques ». Le citoyen-sujet ne peut se comprendre indépendamment de son envers, qui le conteste et le défie.
Couvrant une vingtaine dannées (1989-2009), les essais rassemblés dans cet ouvrage proposent une démocratisation de la démocratie comme seule alternative à la crise de lÉtat national-social, dramatiquement aggravée par la mondialisation néo-libérale. Sur le versant philosophique, ils incluent la réédition et les développements ultérieurs de lessai de 1989, « La proposition de légaliberté », dont les formulations relatives à linsurrection et à la constitution ont été associées dans le monde au point de vue « post-marxiste » défendu par lauteur en philosophie politique. Sur le versant pratique, ils tirent les leçons des crises graves déclenchées en France par laffaire des « foulards islamiques » et la révolte des banlieues pour élaborer les principes dune « citoyenneté partagée », appliquant à la résidence et à la circulation des migrants les principes dune démocratie sans exclusion. Leur point de rencontre est une problématique des antinomies de la citoyenneté, en tant quinstitution du politique dont le rapport essentiellement paradoxal à la démocratie oblige en permanence à repenser les conditions de légitimité et de transformation. Elle permet de situer au regard de lauteur quelques-uns des courants actuellement les plus significatifs en philosophie de la démocratie (Rancière et Esposito, Poulantzas, Arendt, Laclau).
Démocrite fut dans la Grèce antique un philosophe matérialiste fêté, qui parcourut le monde. Lors de son périple jusqu'en Inde, il a constaté la vilenie des hommes, à la suite de quoi il fit construire une petite cabane au fond de son jardin pour y finir en sage le restant de ses jours. Je nomme tentation de Démocrite et recours au forêt ce mouvement de repli sur son âme dans un monde détestable. Le monde d'avant-hier, c'est celui d'aujourd'hui, ce sera aussi celui de demain: les intrigues politiques, les calamités de la guerre, les jeux de pouvoir, la stratégie cynique des puissants, l'enchaînement des trahisons, la complicité de la plupart des philosophes, les gens de Dieu qui se révèlent gens du Diable, la mécanique des passions tristes ? envie, jalousie, haine, ressenti-ment le triomphe de l'injustice, le règne de la cri-tique médiocre, la domination des renégats, le sang, les crimes, le meurtre... Le repli sur son âme consiste à retrouver le sens de la terre, autrement dit, à se réconcilier avec l'essentiel: le mouvement des astres, la logique de la course des planètes, la coïncidence avec les éléments, le rythme des saisons qui apprennent à bien mourir, l'inscription de son destin dans la nécessité de la nature. Fatigué des misères de ce temps qui sont les ancestrales souffrances du monde, il faut planter un chêne, le regarder pousser, débiter ses planches, les voir sécher et s'en faire un cercueil dans lequel on ira prendre sa place dans la terre, c'est-à-dire dans le cosmos.
Que puis-je faire d'autre aujourd'hui, pour camper ici, dans ce Collège d'études mondiales en création, la question si générale de l'altérité - peut-être la plus générale de la philosophie - que d'indiquer en commençant d'où - par où - je l'aborde? Donc, pour éviter des vues trop vagues et les banalités qui déjà nous menacent, de vous inviter à entrer dans la singularité - modeste - de mon chantier? Que puis-je faire d'autre, autrement dit, pour débuter ce périlleux exercice de la "Leçon", que de me justifier dans ma nature hybride: de philosophe et de sinologue? J'ai dit souvent, quitte à provoquer un haussement d'épaule chez mon interlocuteur, que, jeune helléniste à la rue d'Ulm, j'ai commencé d'apprendre le chinois pour mieux lire le grec... Nous disons si volontiers, en effet, que nous sommes "héritiers des Grecs". Mais, justement, la familiarité n'est pas la connaissance. Ce qui est "bien connu", disait Hegel, n'est, de ce fait, pas connu, weil es bekannt ist, nicht erkannt. Il faut, dirons-nous, de l'autre pour y accéder. Mais pourquoi le chinois? Pourquoi la Chine? Je n'avais, par famille et par formation, vraiment rien à voir avec la Chine. Mais justement...