Rien n'est jamais trop étrange pour Krzyzanowski. Voilà qu'un de ses grands textes - tout petit en nombre de pages - que l'on croyait perdu à jamais vient de réapparaître aux archives à Moscou, restitué en 1995 par le FSB (ex-KGB) puis oublié au fond d'une réserve. S'il n'a pas valu à son auteur d'être arrêté, c'est peut-être parce que celui-ci portait par hasard le même nom qu'un grand révolutionnaire, ou parce qu'il était un écrivain à ce point invisible que l'absence de reconnaissance dont il a tant souffert lui a pour finir sauvé la vie. Et l'on ne sait toujours pas de quelle "affaire" relevait ce dossier. S'agissait-il du texte original confié à une dactylo qui aurait été arrêtée ? D'un exemplaire donné à lire à un écrivain qui se serait fait confisquer ses écrits ? Mystère... Quant à la rue Involontaire, elle existait réellement à l'époque : quelques coudes zigzaguant dans le quartier de l'Arbat où vivait Krzyzanowski avaient "involontairement" formé une petite rue. Celle-ci figure aujourd'hui encore sur les cartes, mais... est introuvable dans la réalité. Rue Involontaire est composé de sept lettres écrites par l'écrivain et son coauteur, la vodka. N'ayant personne à qui écrire, Krzyzanowski les adresse au premier venu ou à la fenêtre qui reste allumée la nuit, et les expédie par la fente de son vasistas. Avec une noirceur joyeusement désespérée, il approche à pas grincés de l'autobiographie. Ce récit est accompagné de deux petits textes ivres et foutraques, et d'extraits des carnets de l'écrivain.
Nombre de pages
58
Date de parution
06/03/2014
Poids
93g
Largeur
142mm
Plus d'informations
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EAN
9782864327561
Titre
Rue Involontaire
Auteur
Krzyzanowski Sigismund ; Perrel Catherine
Editeur
VERDIER
Largeur
142
Poids
93
Date de parution
20140306
Nombre de pages
58,00 €
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Ne seriez-vous pas tenté, citoyen, par l'acquisition d'un système philosophique ? Avec double perspective sur le monde : s'oriente à la fois sur le micro et le macrocosme. Conçu d'après une méthode stricte et sûre. Répond aux grandes questions... pour un petit prix. Vous hésitez, citoyen. Pourtant, cette conception du monde, que je suis également prêt à vous laisser à crédit, est tout ce qu'il y a de plus original ; jamais usée par aucune pensée. Vous seriez le premier à la concevoir. Moi, je ne suis qu'un simple constructeur, un assembleur de systèmes. C'est tout. Mais comprenez donc qu'en vous cédant cette conception, je m'en prive moi-même. N'eût été l'extrême nécessité... je vous le dis franchement : c'est un système idéaliste. Mais je ne prends pas cher. " Ce crève-la-faim de la littérature qui fait commerce de pensées, d'aphorismes ou de chiens volés, et qui sait que les mots l'emportent toujours sur la réalité, ressemble par bien des points à l'auteur des cinq nouvelles rassemblées dans ce volume.
Le baron de Münchhausen, officier allemand très réel (1720-1797) qui servit dans l'armée russe contre les Turcs, et dont les aventures extraordinaires inspirèrent romanciers et cinéastes (en France il est devenu le baron de Crac), est ici "réactivé" pour donner à comprendre la Russie des années vingt. Les puissances occidentales cherchent celui qui pourrait porter ses pas dans ce pays invraisemblable afin d'essayer d'en repérer les extravagances. En sa qualité de personnage de fiction, le baron est tout désigné. Ce qu'il dit de la Russie laisse le monde entier ébahi. Traduit du russe. Du même auteur : Le Marque page ; Le Club des tueurs de lettres ; Estampillé Moscou.
L'histoire que Max préférait quand il avait quatre ans était celle de Tic et Tac. Chevauchant le genou paternel, les paumes fourrées dans le veston au lainage imprégné de l'odeur du tabac, le petit commandait: - Raconte-moi Tac. Le genou oscillait au rythme du balancier qui tictaquait contre le mur, et le père commençait: - Alors, attaquons: il était une fois une horloge (avec un ressort dedans), et l'horloge avait deux fils: Tic et Tac. Pour apprendre à marcher à Tic et à Tac, l'horloge avait sa tactique: geignant et grinçant, elle se laissait remonter. Et l'aiguille noire - pour un prix convenu - se promenait avec Tic-Tac sur le cadran. Mais Tic et Tac ont grandi: des taquins, de vrais loustics. Ils ont quitté chiffres et cadran, ils ne reviennent pas. Et l'horloge les cherche à tâtons avec ses aiguilles, elle geint et appelle: «Tic-Tac, Tac-Tic, Tac!» Alors, elle est bien racontée, mon histoire? Et le petit Max, plongeant la tête la première sous le pan de la veste, clignait de l'oeil derrière les paupières de drap des boutonnières et répondait invariablement: - Non. Le chaud gilet paternel tressautait de rire, bruissait contre ses oreilles; visible par la fente de la boutonnière, une main secouait une pipe. - Et alors, comment faut-il la raconter? Je vous écoute, monsieur Max Sterer. Finalement Max Sterer avait répondu, mais trente ans plus tard. La première tentative de passer le seuil qui sépare les mots de l'action se situe vers la sixième année de la vie de Max. La maison où vivaient les Sterer jouxtait des champs de moutarde, dont les carrés verts descendaient loin vers un méandre de la Volga. Un soir - c'était en juillet - le gamin ne parut pas au dîner. Le domestique fit le tour de la maison en criant le nom du disparu. La place de Max demeura vide pendant tout le repas. Le soir devint nuit. Le père et le domestique partirent à sa recherche. La lumière demeura allumée toute la nuit dans la maison. On ne retrouva le fugitif qu'au matin: près de l'embarcadère, à dix verstes de la maison. Il avait tout d'un voyageur chevronné: baluchon sur le dos, bâton à la main, dans la poche un croûton de pain et quatre pièces de cinq kopeks. Aux cris furieux du père, qui exigeait un mea-culpa sincère, le fuyard répondit tranquillement: - Ce n'est pas moi, c'est Tac et Tic qui se sont sauvés. Et moi je suis parti les chercher.
Krzyzanowski Sigismund ; Jurgenson Luba ; Perrel C
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