Huit voyages dans l'espace et le temps, huit récits nourris d'imaginaire qui dessinent un espace culturel commun, celui de l'Europe élargie: le café, parcs et jardins publics, la grand place, la forêt, le château, rives, rivages et villégiatures, le presbytère, la gare. L'Europe est une entité culturelle façonnée par les civilisations grecque et romaine, le christianisme, les Lumières... De la Suède à l'Espagne, de la France à la Russie, sont explorés des lieux emblématiques qui révèlent des lignes de clivage et des points communs. Ces lieux sont évoqués à travers leur histoire politique, religieuse, sociale; chacun de ces lieux a sa charge symbolique, nourrit un imaginaire littéraire, cinématographique, pictural... Chacun de ces lieux dit quelque chose de l'Europe d'aujourd'hui. Le café est depuis deux siècles un lieu commun du débat littéraire, artistique et politique (Greco à Rome, Café Central à Vienne, Gerbaud à Budapest, etc.). Parcs et jardins publics ponctuent l'Europe: jardins Boboli à Florence, Sanssouci à Postdam, Bagatelle à Boulogne..., dans ces lieux se conjuguent la rationalité et la sensibilité. La grand place, lieu « vivant » et « animé », selon les guides touristiques, draine les foules en vertu d'habitudes ancrées dans la mémoire collective: les fêtards du Nouvel An convergent vers la Place Rouge à Moscou ou Trafalgar Square à Londres... La forêt est à la Mitteleuropa ce que le jardin est à l'Angleterre: un lieu emblématique. À travers l'Europe, les arbres incarnent le sacré. Goethe ne décrivait-il pas la cathédrale de Strasbourg en soulignant les affinités électives entre le bois sacré et l'art gothique? Le château, emblème des goûts et de la culture dans une Europe où les idées circulent, se reconvertit aujourd'hui en patrimoine, tantôt musée, tantôt hôtel luxueux, sous l'enseigne prestigieuse des paradores espagnols ou des Relais & Châteaux. Rives, rivages et villégiatures, les stations balnéaires chic et populaires, de Bath à Cabourg, ont aussi nourri l'imaginaire politique: la reine Victoria, puis le roi Édouard VII se plaisaient à entretenir leurs contacts diplomatiques dans les villes d'eaux tchèques... Le presbytère, lieu de formation pour nombre d'intellectuels européens (Nietzsche, Heidegger, dont le père était sacristain, les s?urs Brontë...), est devenu, dans la littérature et le cinéma, un lieu chargé de mystères et de fantasmes: que l'on songe à la fin apocalyptique du film de Bergman (lui-même fils de pasteur protestant), Fanny et Alexandre... La gare est le plus contemporain des lieux communs de l'Europe. Fille de la technique, de l'industrie, du chemin de fer et de l'Angleterre, elle exhibe la modernité des nations, devient la cathédrale des temps modernes. Elle abrite aujourd'hui une population vagabonde, exilée en pleine ville, lorsqu'elle n'est pas reconvertie en musée.
Résumé : L'oeuvre d'Alexis de Tocqueville (1805-1859) a apporté une contribution fondamentale à la compréhension de la modernité démocratique et de précieuses clés d'analyse pour appréhender les catastrophes du XXe siècle et les évolutions des sociétés contemporaines : crise du lien social, tyrannie de l'opinion et de la pensée dominante, fragilité de la liberté de penser et de dire. Cette biographie replace l'auteur de De la Démocratie en Amérique et L'Ancien Régime et la Révolution, dans son rôle de témoin capital et d'acteur du siècle des révolutions. Sa vie comme sa pensée, lucide mais passionnée, s'articulent autour d'expériences fondatrices : le voyage en Amérique puis les missions en Algérie ; l'engagement politique (député, il rédigea des rapports sur le système pénitentiaire, l'abolition de l'esclavage et la politique coloniale française, puis devint ministre des Affaires étrangères avant de démissionner après le coup d'Etat du 2 décembre 1851) ; enfin, le réseau d'amis et de correspondants qui assurent son rayonnement au sein des cercles intellectuels en France et à l'étranger.
Résumé : "La séance est ouverte !" Qu'elles aient emporté l'adhésion ou indigné leur auditoire, les plumes qui se succèdent dans ce volume - Lamartine, Tocqueville, Hugo, Césaire - furent aussi des voix, éloquentes, qui marquèrent l'histoire politique française. Sur la liberté de la presse, le bilan de la Seconde Guerre mondiale ou le colonialisme, douze écrivains prennent la parole dans l'hémicycle...
Un demi-siècle après l'effondrement du IIIème Reich, le passé nazi "ne passe pas". Outre-Rhin, l'espace public n'a jamais cessé d'être habité par les controverses sur la "voie singulière" et la "normalisation" d'un pays qui porte dans sa mémoire le crime de génocide résumé par Auschwitz. Le nazisme constitue un champ exemplaire de tensions et de discordances entre les impératifs de l'histoire et les injonctions de la mémoire. A bien des égards, l'acte de mémoire a partie liée avec l'acte d'écriture comme la mémoire, en effet, la littérature redessine la trame du temps et recompose les identités malmenées. De l'après-guerre à la réunification, en 1990, les soubresauts de l'histoire ont "engendré" une littérature à plusieurs voix, animée par le besoin impérieux de se libérer du passé en se réappropriant ses mémoires. Thomas Mann, Anna Seghers, Günter Grass, Christa Wolf, Marcel Beyer, Gila Lustiger... Témoins ou héritiers, trois générations d'écrivains passeurs de mémoires.
Comment les histoires que nous racontons - et celles que nous taisons - façonnent-elles notre perception du monde ? C'est la question que Ta-Nehisi Coates, l'un des écrivains américains majeurs de son époque, pose dans son nouvel essai, en arpentant trois lieux de conflits. A Dakar, au Sénégal, il explore la problématique de l'identité africaine et se réapproprie son histoire familiale ; à Columbia, en Caroline du Sud, il analyse les répercussions de la récente prise de conscience d'un pays marqué par l'héritage de la ségrégation ; en Palestine, enfin, il observe le contraste tragique entre l'histoire présentée par les récits nationalistes et la réalité du terrain. Essai vibrant et incarné, Le Message interroge intimement le pouvoir de la littérature et met en évidence la nécessité impérative de nous défaire de l'emprise destructrice des mythes. Il nous rappelle que, face à la frénésie guerrière qui agite le monde, il est urgent d'embrasser le pouvoir libérateur des vérités, même les plus difficiles à entendre.
Il n'y a plus de temps à perdre. Il n'y a plus le temps pour se contenter d'écouter les témoignages et les récits effroyables de toutes les victimes. Il est temps d'agir". Comment peut-on donner une date d'expiration à un crime qui hantera la victime jusqu'à la fin de sa vie ? Parce qu'elle en a vécu l'injustice dans sa chair, Elsa Levy prend ici la parole pour réclamer l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs. Dans un essai porté par une profonde indignation, elle s'attaque tour à tour aux fondements de la prescription et aux justifications que ses défenseurs brandissent. Ce faisant, elle nous rappelle les vécus tragiques qui se dissimulent derrière des termes juridiques en apparence neutres - proportionnalité des sanctions, maintien de la paix sociale... -, appelant les citoyens que nous sommes à nous élever contre la "loi de l'oubli". Avec un objectif en ligne de mire : condamner les pédocriminels à "l'intranquillité perpétuelle".
Créateur des célèbres concepts de la "ville du quart d'heure" et du "territoire de la demi-heure ", Carlos Moreno a fait de la proximité le coeur battant d'un urbanisme du soin et du bien-être. Des ruelles de Tokyo aux Utopías de Mexico, de Saint-Hilaire-de-Brethmas, dans le Gard, à Busan, en Corée, il nous emmène dans un voyage mondial au contact d'initiatives concrètes qui réinventent nos manières d'habiter. Nourri de quinze années de recherches et d'expérimentations aux quatre coins du monde, l'urbaniste nous révèle une vérité essentielle : le bien-être n'est pas un luxe réservé aux métropoles privilégiées, mais un droit accessible à tous, à condition de repenser nos espaces à l'échelle humaine. Des infrastructures sociales aux services de santé, de l'alimentation locale aux mobilités douces, il trace les contours d'une nouvelle urbanité fondée sur le lien, la solidarité et la proximité heureuse.
Une vision biomimétique de l'architecture et de l'urbanisme Selon un avis largement partagé, notre avenir est apocalyptique. En quête d'un antidote, et pour contrebalancer ces dystopies préjudiciables, j'ai pris le parti d'imaginer des futurs souhaitables. Je me suis autorisé à rêver de villes où l'on ne craint plus de respirer à fond, rendant la place aux parfums des plantes, aux chants des oiseaux, aux potagers et aux méandres des rivières. Mon travail utopique a trouvé un ferment dans les recherches biomimétiques. S'inspirer du Vivant pour innover m'a donné une indispensable assise dans le réel et m'a permis d'affermir mon imaginaire dans un contexte crédible. Grâce à mon métier d'architecte, j'ai tout d'abord dessiné des bâtiments destinés à voir le jour dans un temps proche, puis, conscient que toute réalisation commence par un plan, un dessin, j'ai cherché à concevoir, pour un futur lointain, un monde désirable et biomimétique, un avenir très différent de celui qui s'annonce. Par mes dessins, je propose de diluer la frontière entre l'artificiel et le naturel et de réconcilier l'Humain et son environnement dans une vaste relation d'interdépendance et de respect. - Luc Schuiten
Sitte Camillo ; Wieczorek Daniel ; Choay Françoise
L'Art de bâtir les villes (Der Städtebau nach seinen hünstlerischen Grundsätzen), publié par Camillo Sitte en 1889, demeure aujourd'hui 1er passage obligé de toute réflexion sur la ville. Il enregistre le début d'une mutation qui achève de s'accomplir sous nos yeux: la disparition de l'ancien statut de la ville comme entité isolable. D'autre part, il explore la dimension esthétique de l'urbanisme. Constatant sa laideur, il se demande s'il est possible de créer aujourd'hui un bel environnement urbain, et il interroge les "villes historiques" pour y chercher non des configurations déterminées mais des règles d'organisation, des relations constantes liant les pleins et les vides qui constituent le tissu urbain: affirmation des différences entre édifices, petits et grands, publics et privés, savants et populaires; articulation de tous les éléments bâtis, clôture des vides, jeu des échelles... Ce livre peut ainsi concourir, en cette époque où la ville est menacée, à recréer les conditions d'une réflexion sur ce que pourraient être aujourd'hui sa beauté et sa convivialité.