En avril 1903, dans la Russie tsariste, un pogrom déclenché par une accusation archaïque de crime rituel dévaste le quartier juif de Kichinev, aujourd'hui Chiinu, capitale de la Moldavie. En l'espace de trois jours, quarante-neuf Juifs sont tués, six cents violés ou blessés, et mille maisons pillées et détruites. Comme jamais auparavant dans l'Histoire, ce crime antisémite déclenche une émotion mondiale. Jusqu'à la Shoah, ce pogrom est resté le symbole des persécutions antijuives. S'appuyant sur des archives inédites, Steven Zipperstein explique ici comment cet événement a joué un rôle important dans l'histoire des Juifs au XXe siècle, entre socialisme et sionisme. A contrario, il montre que le pogrom de 1903 a provoqué la même année la première publication des Protocoles des Sages de Sion et influé grandement sur la propagande antisémite. Essai historique autant que livre d'histoire, cet ouvrage prend une importance singulière dans l'actualité européenne et proche-orientale.
Cet ouvrage présente une suite de quinze récits, qui illustrent les parcours d'une génération - la plupart nés entre 1860 et 1875 - fréquentant la Revue Blanche (1891-1903). Cette génération s'est révélée au tournant du XXe siècle, jusqu'à la Grande guerre, parfois bien au-delà. Elle manifeste l'originalité et l'intensité de la "Belle Epoque" en trois domaines : l'organisation de la paix face à la mondialisation ; l'exercice de la justice dans le respect de son indépendance, bafouée dans l'affaire Dreyfus ; une littérature et des arts engagés dans des voies d'une audace sans précédent. Au fil de ces récits, on rencontre, entre autres, Léon Blum, alors écrivain, militant - comme Péguy - aux côtés de Jaurès ; Félix Fénéon, anarchiste, "celui qui silence" (selon Jarry) ; Jules Renard, socialiste et dreyfusard véhément ; Pierre Bonnard metteur en images des épopées d'Ubu ; Thadée Natanson complice d'Octave Mirbeau ; enfin Misia, "reine de Paris", provocatrice et inspiratrice de grands créateurs, écrivains, peintres, musiciens, chorégraphes et stylistes.
La Commune, objet " chaud ", a longtemps divisé les historiens. Elle a eu sa légende noire, sitôt après l'événement, celle de la révolte sauvage des " barbares et bandits ". Elle a eu aussi sa légende rouge : toutes les révolutions et les insurrections socialistes du XXe siècle se sont dites filles de l'insurrection parisienne de 1871. Cette légende a pu se révéler redoutablement déformante mais, à présent, une histoire apaisée de la Commune de Paris est devenue possible. Replacée dans l'ensemble plus large d'une France provinciale, l'événement – ces soixante-treize journées de la révolution parisienne achevées dans une répression sanglante – n'en devient pas pour autant un objet froid.
La France de 1870 à 1914 entame un temps de la politique qui se confond largement avec la République. Après une première décennie marquée par la guerre étrangère et intérieure, la domination des monarchistes et des combats pour la liberté, celle-ci s'affirme comme une possibilité de démocratiser le pouvoir et la société. La dynamique politique qui s'instaure à partir de 1878 dans la jeune IIIe République ne se limite pas en effet à la vie des institutions, à la pratique gouvernementale ou à l'exercice du suffrage. Des questions nouvelles sont posées aux Français qui s'en emparent et imaginent leur République. Les ambiguïtés des républicains n'en demeurent pas moins fortes comme le montre la tentation de répression des mouvements sociaux, des avant-gardes intellectuelles ou des luttes civiques. Les oppositions nationalistes et même antisémites, restent elles aussi toujours vives et menacent à plusieurs reprises, comme durant la crise boulangiste et pendant l'affaire Dreyfus, ce processus fondamental de démocratisation qui irrigue une société, un pays, des univers, et que restituent discours, articles et ?uvres d'art. La République imaginée raconte et explique ce moment politique de la France qui, par sa richesse, sa profondeur et sa complexité, constitue un volet essentiel de la France contemporaine et de sa modernité sociale autant que culturelle. Bornée pourtant à l'origine par la guerre de 1870 et la Commune et à la fin par le conflit européen déclenché en 1914, la France de 1870 à 1914 est parvenue à s'extraire de ces engrenages, inaugurant une "Belle Epoque" qu'avait préparée une riche "fin de siècle". L'ouverture au monde - que ne résumait pas une colonisation impériale et destructrice - l'expérience politique, les engagements démocratiques, les expériences sociales, la découverte des espaces et des temps fondent une histoire à écrire et décrire ici. Elle est constitutive du présent et de l'avenir.
Quand, le 18 mars 1871, le peuple parisien s'insurge contre le gouvernement d'Adolphe Thiers et proclame la Commune, les cris de joie des ouvriers sont aussitôt relayés par le journaliste insurgé Jules Vallès. Dès le mois de mai, le soulèvement est écrasé dans un bain de sang et des milliers de communards sont conduits devant les tribunaux. Parmi eux, Louise Michel tient farouchement tête à ses accusateurs. Depuis Londres, Karl Marx soutient l'insurrection parisienne et, dans son adresse à l'Internationale ouvrière, La guerre civile en France, il tire les leçons de son échec. Des discours qui ont marqué l'Histoire, par des figures d'exception.