Argent : bien qu'une multitude d'objets diffusent le même éclat, la même blancheur, depuis les astres jusqu'aux poissons, c'est au métal que revient la charge de porter ce nom, ce générique argent. Et le minerais issu des profondeurs de la terre est à la croisée de deux chemins, celui de la matière et celui de la lumière. L'un des paradoxes du visible est que si la lumière rend visible les objets du monde, elle-même, dans sa constitution physique ondulatoire, nous ne la voyons jamais. Et pourtant l'expérience de la luminosité - ses éclats, ses fulgurances, ses scintillements - nous est constante, et irremplaçable. Loin d'être un simple rayon, nous reliant à sa lointaine source solaire ou lunaire, la lumière éclaire notre conscience du monde, elle baigne notre vision tout autant qu'elle se projette sur notre rétine. Elle est une familiarité avec le monde, une manière dont il use pour nous toucher et dont nous usons pour lui répondre. C'est dans nos propres yeux qu'elle brille. Mais le monde moderne a fait de la vision un sens objectivant, nous éloignant toujours plus des foyers de notre expérience. Si la lumière des choses leur est propre, que nous révèle l'éclat de blancheur ou de cendre dont nous dotons l'argent ? Comment cette lumière se distingue-t-elle de celle de l'or, à laquelle elle ne s'oppose pas mais dont elle se distingue profondément ? A travers l'expérience historique et anthropologique des qualités lumineuses du métal, depuis les intuitions des alchimistes et jusqu'à sa propre expérience des paysages de Laponie sous la lune, en passant par l'étude du travail de l'artiste contemporain Richard Wright, Tim Ingold propose ici, sur un mode parfois discrètement poétique, une magnifique étude de cette matière à laquelle nos sociétés ont voué un culte que l'on dirait de plus en plus mortifère. Comme s'il s'agissait de sauver ce qu'il reste de lumière. "La lumière jaillit du corps du saint comme le tronc d'arbre s'élève de la terre. C'est la lumière de la flamme, et la voir, c'est voir avec elle. [... ] En effet, la réduction de la lumière à des rayons, et du monde aux entités que ces rayons nous révèlent, est la conséquence du même mouvement d'objectivation, qui atteint son apogée dans la modernité, et qui sépare la lumière, en tant que radiation, des choses sur lesquelles elle se pose. Nous considérons souvent la vision comme un sens objectivant : chaque fois que nous utilisons nos yeux pour voir, ils nous révèleraient un monde extérieur, détaché de notre moi subjectif, où chaque chose serait à sa place et visible d'un seul coup d'oeil. En vérité, ce n'est pas la vision qui objective le monde, mais l'annexion de la vision par le projet moderne d'objectivation qui l'a privée de l'expérience de la lumière. Comment alors la faire renaître ? " T. I. Tim Ingold est anthropologue, il est professeur émérite à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, et a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels sont traduits en français : Correspondances : accompagner le vivant, Actes Sud, 2024 ; Syrinx, avec Joséphine Michel, Fario 2024 ; Machiavel chez les babouins, Asinamali, 2021 ; Faire : anthropologie, archéologie, art et architecture, Editions Dehors, 2019 ; Le dédale et le labyrinthe : la marche et l'éduction de l'attention, ESAAA, 2015 ; Marcher avec les dragons, Zones sensibles, 2013 ; Une brève histoire des lignes, Zones sensibles, 2011 ; Il est proche de l'anthropologue Philippe Descola, avec qui il a publié : Etre au monde. Quelle expérience commune ? Presses universitaires de Lyon, 2014.
Nombre de pages
52
Date de parution
17/10/2025
Poids
300g
Largeur
113mm
Plus d'informations
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EAN
9782385730383
Titre
Argent sous la lune
Auteur
Ingold Tim
Editeur
FARIO
Largeur
113
Poids
300
Date de parution
20251017
Nombre de pages
52,00 €
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Résumé : Il y aurait eu le temps des boomers, puis celui de la génération X à laquelle auraient succédé les Y, Z, et dernièrement Alpha, avant d'autres à venir. Cette manière de penser les générations comme des cohortes destinées à se supplanter est historiquement inédite : on a longtemps considéré que les vies s'enroulaient les unes autour des autres, telles les fibres d'une corde. En renouant avec cette conception, Tim Ingold opère un retournement simple mais vertigineux par ses effets. Il reconsidère sous ce prisme tous les grands enjeux actuels - changement climatique, création artistique, évolution du vivant, pédagogie... Dans cet essai qui tient du manifeste, le futur, à rebours d'une vision linéaire du progrès, se conjugue à tous les temps. Car si tout n'est jamais gagné d'avance et que les problèmes restent légion, il reste des raisons d'espérer.
Résumé : Une brève histoire des lignes Où qu'ils aillent et quoi qu'ils fassent, les hommes tracent des lignes - marcher, écrire, dessiner, tisser, etc. De la calligraphie chinoise aux tissus amérindiens en passant par l'architecture contemporaine, Tim Ingold analyse la présence de ces lignes dans l'activité humaine quotidienne et les divises en deux genres - les traces et les fils -, capables de fusionner ou de se transformer en surfaces et en motifs. Dans cette perspective anthropologique, il démontre surtout comment l'Occident a progressivement changé le cours de la ligne, celle-ci perdant peu à peu le lien qui l'unissait au geste et à sa trace pour tendre vers l'idéal de la modernité : la ligne droite. On n'en finit jamais de tracer des lignes, car quelque soit l'endroit où l'on va, on peut toujours aller plus loin.
D'où proviennent les formes ? Dans ce livre l'anthropologue Tim Ingold propose de déconstruire le modèle philosophique hylémorphique qui, depuis Aristote, pense l'acte de fabrication comme l'imposition d'une forme, ou d'un projet, à la matière inerte. Ce renversement théorique n'est possible qu'à la faveur d'une approche matérialiste de la fabrication qui révèle la correspondance des pratiques avec les matériaux, leur itinérance au sein de la matière pour engendrer des formes. Cette réflexion conduit Ingold à faire la proposition d'une pédagogie participante suggérant une nouvelle conception de l'enseignement fondée sur l'élucidation des pratiques constitutives des gestes de fabrication. L'anthropologie, l'archéologie, l'art et l'architecture ne sont pas ici considérées comme des disciplines académiques, mais comme des manières de faire qui explorent chacune, à leur façon, les conditions et les potentiels de la vie humaine au sein de son environnement.
O vestiges épars et sans vertu ! Pourquoi vous réunir ici, pourquoi ? Mais, on ne sait d'où venue, une obscure injonction n'a cessé de m'y contraindre, une exigence à quoi il importait mystérieusement d'obéir. Peut-être, prise à votre propre piège d'échos rompus et de reflets, cette longue suite d'années me sera-t-elle rendue, celles que j'ai pu vivre avant de sentir sous le même ciel, à travers les mêmes saisons, le coeur de l'univers paysan s'enfiévrer lentement jusqu'à l'inguérissable, son calme et beau visage perdre sa paix. Peut-être, par votre aide et sans qu'un miracle y participe, sinon cette lumière de septembre si pure qu'elle illumine au-delà de l'instant les plus lointaines profondeurs temporelles, peut-être la route nous sera-t-elle rouverte vers un monde qui était encore celui de la lenteur et du pas, du pas humain. Le vôtre, laboureurs et semeurs anciens, ô mes amis faucheurs de froments mûrs et d'herbages, oui, votre pas". G. R.
La Montée du nazisme réunit neuf textes que Joseph Roth a écrits entre 1924 et 1939 pour des journaux allemands (Der Drache, Das Neue Tage-Buchs, Pariser Tageblatt) parmi ceux, nombreux, auxquels il a collaboré jusqu'à sa mort. Car le grand romancier autrichien était aussi un grand journaliste. Dès les années Vingt, Roth fut attentif aux signes d'un bouleversement en marche dans la mentalité du peuple allemand. Ce dernier était gagné comme sous l'effet d'une infection proliférante par le nationalisme. Roth le dénonça au moyen d'une très fine observation du changement des moeurs et dans un style ironique souvent caustique. Quelques exemples : il s'intéresse au vote des femmes nationalistes dont il fustige la bêtise autant que la laideur. Roth s'inquiète également du comportement brutal d'une horde de "nationaux" en goguette le jour de Pâques, la matraque à la main, onanistes autant qu'antisémites. C'est dire ! Il dénonce aussi le meurtre par un brigadier de police de deux des trois ouvriers sur lesquels il a tiré parce qu'ils chantaient un lied écrit par l'écrivain juif Heinrich Heine, et non un chant patriotique. Après avoir annoncé la mort de la littérature allemande devenue, avec le nazisme et sur le modèle soviétique, exclusivement officielle ; après avoir dénoncé la mascarade wagnérienne qui masqua théâtralement l'hitlérisme et par laquelle le snobisme européen s'est laissé séduire ; après avoir évoqué le chêne de Goethe à Buchenwald, seul arbre de la forêt auquel on n'a pas pendu les déportés, Roth s'intéresse, dans la deuxième partie du livre, à la Chanson des Niebelungen, récit mythologique auquel s'est abreuvé le national-socialisme. Y sont glorifiés sournoiserie, trahison, perfidie et assassinat. Joseph Roth en relate les grandes lignes puis en dénonce, avec Goethe, le fondamental et radical paganisme. Comment l'Autrichien Roth aurait-il pu faire d'un pays se réclamant de telles valeurs, sa patrie ? En 1933, il s'exila à Paris où il mourut avant la déclaration de la Seconde Guerre mondiale.
Quelle langue pour la philosophie ? La distinction, voire l'opposition, discutable en elle-même, entre langue ésotérique et langue exotérique se décline de bien des façons : les philosophes appartiennent-ils à une caste privilégiée qui leur imposerait un sabir ou un jargon technique préservant leurs secrets ? De quoi se protègeraient-ils ? Comment conjuguer vérité et démocratie ? Car si l'on sait la vérité mise en péril dans les dictatures, le pluralisme autorisé ou prescrit par la démocratie ne fait-il pas courir à la vérité le risque de se fondre dans le registre de l'opinion ? Faut-il se soucier d'une vulgarisation qui porterait son inévitable lot de condescendance ? Quand ne pas s'en soucier laisserait un vide pour les simplificateurs et les marchands d'opium... Pour avoir été traversé par cette question et avoir opéré lui-même une révolution par le refus d'un formalisme académique dans laquelle il a pourtant grandi et évolué, Günther Anders sait qu'il n'existe pas de réponse simple, évidente, au choix d'une langue. S'il s'est écarté de la carrière universitaire, sans renoncer en rien pour autant à la rigueur, ce fut pour décider d'empoigner des questions de et pour son temps. On mesure à travers ces textes sur l'expression de la pensée philosophique que ce choix ne s'est pas fait aisément et qu'il est le fruit tant d'une nécessité intérieure que des enjeux d'une époque. L'analogie qu'Anders explore avec les questions rencontrées aujourd'hui par le poète est sur ce point remarquablement éclairante. Les textes assemblés ici témoignent directement de cette recherche et de la singularité de la réponse andersienne : dialogues fictifs et mise en scène troublent le jeu. Sur cette scène des personnages apparaissent. Et s'il est très explicitement question des options d'Heidegger quant à la langue, la figure d'Adorno n'est pas loin, avec laquelle les comptes, on le devine, demeurent en suspens. "Nous avons donc trouvé un troisième style dans la poésie. Il me semble que notre tâche consiste à trouver quelque chose d'équivalent en philosophie. Par pitié, pas une imitation directe de Kafka ou de Brecht. Mais en tout cas une tentative pour trouver un ton direct. Un ton qui se tient autant à distance du langage courant dépravé que du langage technique élevé. Si cette tentative réussit, alors nous aurons fait un grand pas. Qu'on nomme encore ou non cette tentative "philosophie", quelle importance ? A propos de Whitman ou de Brecht, on a aussi douté que leur oeuvre était de la "poésie", on a dit que le premier écrivait des hymnes religieux, et qualifié le second de didacticien. Et aujourd'hui, sait-on si les ponts sont des oeuvres d'art ou bien des équipements techniques ? Les questions de classification ne devraient jamais nous faire peur. Si les choses réussissent, elles contribueront d'elles-mêmes à modifier après-coup les classifications". G. A.
Résumé : Qui, s'il en avait le choix, ne frissonnerait à l'idée de revenir sur Terre dans un millier d'années ?, se demandait Maeterlinck vieux. Qui, si on le lui proposait, souhaiterait son transfert immédiat à vingt ans d'ici dans l'avenir ? Et qui, si c?était possible, ne souscrirait aussitôt à prendre ses vacances dans le monde d'il y a quarante ou cinquante ans ...