Toute oeuvre est comptable d'une configuration historique et sociale, qui participe a sa mise en forme esthétique autant qu'a son processus de signification. Dirigée par Jean-Pierre Bertrand et Pascal Durand, la collection "Situations" accueille, dans un double esprit de rigueur et d'ouverture, des travaux novateurs relevant de la sociologie de la littérature et de l'art, de l'histoire sociale des pratiques culturelles et de la sociocritique des discours. Autrices et auteurs contemporains ne se reconnaissent plus guère dans les postures manifestaires des avant-gardes ni dans le modèle de rengagement sartrien. Beaucoup continuent pourtant à parler du monde social, selon des modalités moins "engagées" qu'"impliquées". Au vocabulaire de la critique et de la politique se serait substitué celui de l'éthique et du soda, le texte qui dénonce et attaque à partir d'une position de surplomb ayant fait place à un régime critique plus ouvert, avec gestualités immersives, émotionnelles, individuelles, etc. Contre ce modèle et ce vocabulaire, les études rassemblées ici se concentrent sur la critique sociale telle qu'elle se perpétue et se ressource en littérature. Elles s'intéressent aux dialogues entre concepts critiques et production littéraire : théories du contrôle dans l'oeuvre d'Alain Damasio, pensée queer chez Edouard Louis enquête et épistémologie des savoirs situés dans le travail d'Anne Ernaux. Elles intéressent d'autre part aux médiations spécifiques de cette portée critique : oeuvres (Nathalie Quintana, Arno Bertin, Antoine Volodine, Eric Arlix), éditeurs (P.O.L, Questions théoriques), outils et supports (des bandes magnétiques utilisées par Bernard Heidsieck au vocodeur employé dans le rap), protocoles d'écriture (manifeste, recherche-création), méthodes d'enseignement et pratiques d'évaluation. Avec des textes de Benoit Auclerc, Jean-Pierre Bertrand, Frédéric Claisse, Sonya Florey & Judith Emery-Bruneau, Jean-Marie Gleize, Christophe Hanna & Nancy Murzilli, Justine Huppe, Julien Lefort-Favreau, Sian Lucca, Jean-Charles Massera, Magali Nachtergael, Pierre Schoentjes, Sylvie Servoise, David Vrydaghs et Maric-Jeanne Zenetti.
Qu'est-ce que la littérature à l'époque néolibérale ...Il est devenu presque impossible de dire que la littérature est inutile ou sans effet sur le monde social. Plus question de valoriser sa distance au réel sans prendre le risque de conforter les pensées les plus utilitaristes ou poujadistes. Aussi les tentatives de politisation de la littérature se multiplient-elles depuis le début du siècle, en s'attachant tantôt aux textes comme terrain d'exploration éthique, tantôt à leur capacité d'ouvrir les yeux aux lecteurs et lectrices sur des réalités cachées, tantôt à leur façon de construire des contre-récits au storytelling ambiant. Chacun à sa manière, ces paradigmes entendent rappeler que la littérature est une question foncièrement politique. Mais qu'est-ce à dire ...Tel est le problème que voudrait clarifier cet essai. S'appuyant sur des ?uvres récentes et prenant pour prétexte le mot de Pascal (« Cela n'est pas volontaire, vous êtes embarqué »), il arrime tout texte littéraire aux situations et aux rapports de force dans lesquels il est pris jusqu'au cou : c'est la littérature embarquée. Il s'emploie à décrire les conditions économiques et sociales qui stimulent et contraignent la littérature française contemporaine, entre sentiment d'impuissance et récupérations néolibérales. Enfin, il esquisse une proposition théorique fondée sur la condition des auteurs en tant que producteurs ? suivant l'adage emprunté à une banderole du mouvement Art en grève : « artistes 2 merde, politisez-vous. »
Quand une sainte ne saigne pas, elle écrit." Et parfois aussi elle : triomphe dans un procès, tient tête (et yeux et dents), se bat en armure, prend la pose, parle avec les animaux, emporte nos superstitions, donne du courage aux malades, protège les putes, fume le cigare, expose sa pilosité, trouve de l'or dans le fumier du...
Demoulin Laurent ; Huppe Justine ; Provenzano Fran
Je voudrais également terminer en disant qu'il y a certes pour moi dans cette question de l'influence de l'intérêt intellectuel, littéraire, philosophique, vous l'aurez deviné. Mais il y a peut-être aussi de l'intéressement psychologique, affectif, social aussi (comprenne qui pourra) : c'est que l'influence - et la littérature nous l'enseigne au mieux - touche à notre identité, à ce dont nous sommes faits, à ce qui nous constitue au : cours d'une existence, à savoir ce mixte et cette pluralité de voix qui parlent en nous, d'images qui nous façonnent, de conduites qui nous construisent, de modèles qui nous habitent. Occasion pour moi de saluer quelques-uns parmi vous ici présents qui ont immanquablement joué ces rôles d'influenceurs, qu'ils soient parents, amis, professeurs, collègues." C'est par ces mots que, le 7 mars 2019, Jean-Pierre Bertrand terminait sa leçon inaugurale à la Chaire Francqui décernée par l'université de Namur, et consacrée à "l'influence en littérature", le grand chantier de recherche qu'il ouvrait alors. Son décès inopiné, en mars 2022,a laissé ce projet inachevé et nous a plongés dans un état de tristesse et de sidération. Ce volume voudrait rendre hommage à Jean-Pierre Bertrand et poursuivre ses réflexions, en reprenant avec lui les idées et les manières de faire auxquelles il nous a fait tenir. Les contributions ici rassemblées proviennent de collègues et d'amies qui l'ont connu, et ont voulu cultiver son influence. Sous forme d'influx, en s'inspirant de ses hypothèses de travail pour les mettre à l'épreuve de nouveaux terrains. Sous forme de reprises, en essayant de prolonger des pistes qu'il a ouvertes. Sous forme d'échos, en renouant les liens humains, toujours vivants, qui rendent son travail si personnel, et si attachant.
Qui sont ces femmes et ces hommes qui font vivre les savoir-faire d'exception français ? Comment des gestes hérités de plusieurs siècles résistent-ils à la mondialisation ? Et s'ils détenaient une des clés de l'avenir de nos territoires ? Dix-sept années durant, Philippe Huppé a arpenté les ateliers français, des filatures de Mazamet aux lissiers d'Aubusson, des cristalleries aux compagnons de Notre-Dame de Paris. Ancien élu, Philippe Huppé connaît ce monde de l'intérieur. Il en livre ici le grand récit : artisans et entrepreneurs, maîtres et apprentis, vocations et reconversions composent une fresque vivante, nourrie de rencontres et de scènes vécues dans les ateliers comme dans les coulisses du pouvoir. Derrière ces gestes séculaires se dessine aussi la France de demain. Une France qui crée, innove et transmet, où la richesse des savoir-faire devient un formidable levier pour redonner vie à nos territoires. Une déclaration d'amour passionnée à notre pays qui a de l'or dans les mains. Ancien député de l'Hérault et président de l'association Ville et Métiers d'Art, Philippe Huppé est docteur en histoire du droit. Rédacteur de trois rapports remarqués sur les métiers d'art et les indications géographiques des produits industriels et artisanaux, il est également l'auteur de plusieurs ouvrages d'histoire sur le patrimoine héraultais.
Des dictionnaires de mots-valises, il en existe déjà. Le procédé, peu connu par son nom, est exploité dans les domaines les plus divers, pour son humour ou son efficacité. Le présent ouvrage offre en ouverture une série de réflexions sur le concept avant d'en explorer un maximum de possibilités.
Avec J.-P. Coutard, D. Cliquet propose ici un volume consacré aux environnements des occupations humaines pléistocènes en Normandie et à leur chronologie. A l'échelle régionale, les données contextuelles sont rassemblées, par disciplines, pour offrir un vaste panorama, non pas des occupations humaines elles-mêmes et des matériaux archéologiques qui leur sont associés - nul article consacré au débitage et à l'outillage en silex ici, ni à la grande faune chassée - mais de leurs environnements. L'ouvrage s'ouvre sur l'historique de la recherche en Préhistoire dans la région ; il se clôt sur une synthèse consacrée aux hommes et à leurs milieux (au pluriel) ; entre les deux, une série de contributions donnent l'état de la connaissance des reliefs, roches, végétaux, micro-organismes, etc. C'est donc tout le cadre de vie des hommes durant le Pléistocène qui est reconstitué ici, pour la Normandie, résultat des travaux entrepris par les auteurs et leurs prédécesseurs depuis plusieurs décennies.