Entre le moment où Boubakar Ly, le grand sociologue sénégalais dont le témoignage figure en exergue de cet ouvrage, suivait les cours de Georges Gurvitch en Sorbonne, et celui que nous vivons, plus de cinquante ans se sont écoulés. Un laps de temps suffisamment long pour que l'on se réinterroge de nouveau, comme l'avait fait Gurvitch, dans La vocation actuelle de la sociologie, sur les enjeux de la sociologie, sans se limiter, ainsi qu'on le faisait dans les années cinquante du siècle dernier, à l'espace occidental. Car la sociologie aujourd'hui n'existe pas uniquement dans celui-ci. Elle a maintenant droit de cité en Afrique. En dépit de tous les obstacles liés d'abord à la période coloniale, ensuite à l'instauration de régimes autoritaires ainsi qu'aux problèmes sociaux et économiques, l'enseignement et la recherche se sont développés de manière significative dans presque tous les pays francophones. Mais cette réussite a ses exigences. La croissance du nombre des étudiants rend nécessaire une réflexion sur la possibilité de les professionnaliser en dehors de l'enseignement et de la recherche. La multiplication de terrains africains dans un contexte de développement oblige à réfléchir à la manière dont peuvent s'articuler et se compléter recherche pure et recherche appliquée, et d'une façon plus générale, sur ce que peut être la contribution de la sociologie ou, même, si l'on accepte de ne pas s'enfermer dans les frontières disciplinaires, de la "socioanthropologie" à la dynamique sociale. En ce qu'il fait un état des lieux de la sociologie en Afrique francophone et tente de répondre aux questions cruciales qui se posent aujourd'hui aux sociologues, cet ouvrage, dont les auteurs sont à la fois des sociologues africains et des sociologues francophones de divers pays, constitue une référence indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à la sociologie et à son rôle dans le monde actuel.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.