Entre le moment où Boubakar Ly, le grand sociologue sénégalais dont le témoignage figure en exergue de cet ouvrage, suivait les cours de Georges Gurvitch en Sorbonne, et celui que nous vivons, plus de cinquante ans se sont écoulés. Un laps de temps suffisamment long pour que l'on se réinterroge de nouveau, comme l'avait fait Gurvitch, dans La vocation actuelle de la sociologie, sur les enjeux de la sociologie, sans se limiter, ainsi qu'on le faisait dans les années cinquante du siècle dernier, à l'espace occidental. Car la sociologie aujourd'hui n'existe pas uniquement dans celui-ci. Elle a maintenant droit de cité en Afrique. En dépit de tous les obstacles liés d'abord à la période coloniale, ensuite à l'instauration de régimes autoritaires ainsi qu'aux problèmes sociaux et économiques, l'enseignement et la recherche se sont développés de manière significative dans presque tous les pays francophones. Mais cette réussite a ses exigences. La croissance du nombre des étudiants rend nécessaire une réflexion sur la possibilité de les professionnaliser en dehors de l'enseignement et de la recherche. La multiplication de terrains africains dans un contexte de développement oblige à réfléchir à la manière dont peuvent s'articuler et se compléter recherche pure et recherche appliquée, et d'une façon plus générale, sur ce que peut être la contribution de la sociologie ou, même, si l'on accepte de ne pas s'enfermer dans les frontières disciplinaires, de la "socioanthropologie" à la dynamique sociale. En ce qu'il fait un état des lieux de la sociologie en Afrique francophone et tente de répondre aux questions cruciales qui se posent aujourd'hui aux sociologues, cet ouvrage, dont les auteurs sont à la fois des sociologues africains et des sociologues francophones de divers pays, constitue une référence indispensable pour tous ceux qui s'intéressent à la sociologie et à son rôle dans le monde actuel.
Décrit le système de contraintes qui a résulté, pour tous les enseignants, du développement de la scolarisation de masse depuis les années soixante, et propose une analyse de leurs comportements professionnels.
De toutes les mutations qui ont affecté nos sociétés depuis la fin du XIXe siècle, l'une des plus manifestes, mais aussi des plus difficiles à penser dans sa diversité, est celle qui concerne le rapport des hommes à l'espace. Ni nomades, ni sédentaires au sens habituel de ces termes, nos contemporains expérimentent de nouvelles formes d'ancrage et de mobilité qui, loin de s'opposer, se conjuguent les unes avec les autres. Ainsi s'invente peut-être sous nos yeux un nouveau mode de spatialisation, c'est-à-dire, la production d'un espace qui n'est plus l'espace vécu des sociétés traditionnelles, mais qui n'est pas non plus cet espace indifférencié, homogène, déréalisé que certains avaient cru voir se dessiner.
La sociologie française s'est constituée et développée autour de ses propres maîtres dans la mouvance des affrontements idéologiques et politiques nationaux. Elle entretient des rapports ambigus avec les grands penseurs étrangers et le sort qu'elle leur fait reflète ses orientations dominantes et ses tensions internes. Tel est bien le cas de Max Weber. La splendide ignorance de Durkheim et de ses disciples, le refus épidermique de Gurvitch, le silence du marxisme de l'après-guerre contraste avec l'intérêt de Raymond Aron, l'enthousiasme de Julien Freund, l'adhésion de Raymond Boudon. Ces exemples et d'autres (notamment Pierre Bourdieu, Alain Touraine, Michel Crozier...) ainsi qu'un regard porté sur les sociologies spécialisées permettent de reconstruire un itinéraire qui illustre fortement l'histoire intellectuelle et institutionnelle de la sociologie française. L'actuelle redecouverte de Max Weber s'inscrit dans un renouvellement des cadres de référence d'où pourrait bien surgir une autre façon d'envisager et de comprendre la réalité sociale.
Durkheim et Weber ont en commun d'avoir contribué à la reconnaissance de la sociologie dans le monde académique et d'avoir eu l'ambition de faire oeuvre scientifique tout en restant à l'écoute de leur temps. Mais, héritiers de traditions différentes, ils n'avaient pas la même formation intellectuelle et n'ont pas participé aux mêmes débats d'idées. Leurs choix théoriques, leurs modes de conceptualisation, leurs procédés d'analyse en portent la marque et constituent ainsi pour la sociologie deux paradigmes distincts, voire opposés. Un siècle plus tard, les auteurs allemands et français qui ont participé à cet ouvrage collectif tentent de réaliser le dialogue qui n'a pas eu lieu entre Weber et Durkheim. Dans un esprit qui n'est ni celui de l'annexion, ni celui de l'affrontement, ils dissipent ainsi les malentendus, soulignent l'apport toujours actuel de ces deux pères-fondateurs de la sociologie et montrent la cumulativité du savoir sociologique.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.