Le chamanisme et la possession n'appartiennent pas au passé, bien au contraire. Partout, que ce soit en Sibérie, en Asie du Sud-Est, en Afrique ou aux Amériques, l'idée d'une alliance possible avec la surnature est vivante. Le désenchantement annoncé du monde tarde, car, lorsque le malheur frappe et ébranle les certitudes, le recours aux spécialistes des esprits demeure privilégié. En quoi le vaudou haïtien ou le chamanisme coréen permettent-ils de faire face à l'infortune, de surmonter l'adversité? Comment le tambour du chamane bouriate ou le couteau ensanglanté du possédé marocain peuvent-ils faire refluer la maladie? Confrontant sa connaissance approfondie des cultes de possession au Maroc - en particulier celui des Gnawa - avec d'autres études, Bertrand Hell met en évidence le fondement anthropologique de ces pratiques. Pour cela, il nous invite à comprendre la place extraordinaire réservée, dans chaque société, à l'allié des esprits. Alors se dessine la figure universelle d'un maître du désordre associé a l'ambivalence, à la transgression et au "bricolage". Rompant avec les à priori réducteurs, cet ouvrage livre un éclairage original sur l'efficacité symbolique du chamanisme et de la possession.
Nombre de pages
392
Date de parution
14/05/1999
Poids
410g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782082115742
Titre
POSSESSION ET CHAMANISME. Les maîtres du désordre
Auteur
Hell Bertrand
Editeur
FLAMMARION
Largeur
135
Poids
410
Date de parution
19990514
Nombre de pages
392,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Le chamanisme et la possession n'appartiennent pas au passé,bien au contraire. Partout, que ce soit en Sibérie, en Asie duSud-Est, en Afrique ou aux Amériques, l'idée d'une alliancepossible avec la surnature est vivante. Le désenchantementannoncé du monde tarde, car, lorsque le malheur frappe etébranle les certitudes, le recours aux spécialistes des espritsdemeure privilégié. En quoi le vaudou haïtien ou lechamanisme coréen permettent-ils de faire face à l'infortune,de surmonter l'adversité? Comment le tambour du chamanebouriate ou le couteau ensanglanté du possédé marocainpeuvent-ils faire refluer la maladie? Confrontant saconnaissance approfondie des cultes de possession au Maroc,en particulier celui des Gnawa, avec d'autres études, BertrandHell met en évidence le fondement anthropologique de cespratiques. Pour cela, il nous invite à comprendre la placeextraordinaire réservée, dans chaque société, à l'allié desesprits. Alors se dessine la figure universelle d'un maître dudésordre associé à l'ambivalence, à la transgression et au«bricolage». Rompant avec les a priori réducteurs, cet ouvragelivre un éclairage original sur l'efficacité symbolique duchamanisme et de la possession.
Confrérie populaire du Maroc pratiquant un culte de possession, les Gnawa ont acquis leur notoriété en Occident par le biais de leur musique : ils ont inspiré Santana, Led Zeppelin, certains se produisent aux Francopholies de La Rochelle, aux Eurockéennes de Belfort ou accompagnent la chanteuse Sapho en France, le pianiste Randy Weston aux Etats-Unis... Au-delà de cette désacralisation à laquelle le tourisme et l'industrie du disque ne sont pas étrangers, les Gnawa constituent pour l'anthropologue un terrain d'investigation riche. Comment comprendre les phénomènes de possession et le dialogue que les Gnawa établissent avec l'invisible ? Sacrifice, danse, effluves, musique, couleurs, saveurs : en orchestrant, sous la forme d'un journal de bord, tous les éléments qui constituent ce rite sacré, Bertrand Hell nous fait pénétrer dans le monde de ceux qui sont "ravis" et connaissent les secrets des Génies.
Ce livre n'est pas le fruit d'une simple rencontre de circonstance. Il résulte des très nombreux échanges noués dans la durée par un psychiatre psychothérapeute et un anthropologue du chamanisme, qui privilégie une approche de terrain basée sur l'empathie et l'interaction afin de mieux comprendre l'efficacité symbolique des rituels. Un constat a en particulier frappé les auteurs : les turbulences de la modernité et l'évolution des sociétés n'ont pas totalement fait disparaître les racines fondamentales d'Homo sapiens. L'approche comparative des cures chamaniques et thérapeutiques révèle certaines aspirations profondes de l'homme, et plus particulièrement montre que la maladie est indissociable de la présence d'un invisible. Construite à partir de la demande de soins cette étude témoigne en définitive de l'universalité des liens unissant l'Homme au vivant, à l'harmonie et au sacré. Cet ouvrage d'adresse aux psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, anthropologues et à toute personne qui se questionne sur l'acte thérapeutique.
Le possédé est-il un comédien ou un fou ? Telle est l'alternative qu'ont tenté de dépasser en leur temps Roger Bastide, Michel Leiris et Alfred Métraux. Ces trois anthropologues rejettent en effet l'approche psychiatrique de la possession où la transe est conçue comme un état psychopathologique ou une libération incontrôlée de pulsions ; ils acceptent en revanche à différents degrés l'aspect joué de la possession. Dès 1938, Leiris anticipe les développements sur le " vestiaire de personnalités " qui aboutissent à la publication de La possession et ses aspects théâtraux chez les Éthiopiens de Gondar. Bastide plaide plutôt pour la vérité de la possession - qui peut être authentique sans être pathologique - dans son ouvrage sur Le Candomblé de Bahia. Le jeu d'acteur est pour lui plutôt un signe de dégénérescence que de vitalité religieuse. Quant à Métraux, auteur d'un grand ouvrage sur Le Vaudou haïtien, il tangue entre l'empathie qui porte à ajouter crédit à la réalité de la possession et l'ironie voltairienne qui n'y voit qu'une supercherie. On peut aujourd'hui reprendre ce débat en des termes nouveaux pour au moins deux raisons. La première est d'ordre épistémologique, les sciences sociales d'aujourd'hui n'étant plus celles des années 1950: les données ethnographiques sont plus abondantes, les théories se sont renouvelées et de nouveaux courants sont apparus et se sont développés récemment, en particulier les approches cognitives, pragmatiques, les gender studies, les performance studies ainsi que la théorie littéraire. La deuxième raison est liée aux transformations du monde contemporain auxquelles n'échappent pas les cultes de possession. La mise en spectacle, la marchandisation de la culture, l'accélération et la généralisation de la communication électronique sont des processus qui caractérisent la surmodernité et qui ont des effets notables sur l'endorcisme rituel. On se propose ainsi de revisiter l'anthropologie de la possession en différents lieux : à Mayotte, au Brésil, au Maroc et en Argentine. On verra que la possession y devient parfois un spectacle global.
Qu'est-ce que la nostalgie sinon une mélancolie humaine rendue possible par la conscience de quelque chose d'autre, d'un ailleurs, d'un contraste entre passé et présent ? Et cette nostalgie n'est-elle pas aussi provoquée essentiellement par l'irréversibilité du temps ? Car on ne saurait remonter le cours du temps, tel est l'obstacle insurmontable qu'il oppose à nos entreprises. C'est notre impuissance devant cette impossibilité qui fait toute l'amertume de la nostalgie et l'absurdité des chimères du rajeunissement. La nostalgie n'est pas le mal du retour : on peut toujours revenir à son point de départ, à son lieu natal (l'espace se prête docilement à toutes nos allées et venues) mais il est impossible de redevenir celui qu'on était au moment du départ. Mais si le temps s'oppose irréductiblement à la rétrogradation il ouvre devant nous une carrière infinie à la liberté. L'homme peut s'ouvrir à l'idée du futur et confirmer ce que le temps affirme. Se servant d'exemples tirés de la vie quotidienne aussi bien que d'oeuvres poétiques, philosophiques ou musicales, Vladimir Jankélévitch démontre en fin de compte que l'irréversible n'admet qu'un seul remède : le consentement joyeux de l'homme à l'avenir, au futur.