Nous souhaitons faire crédit à Lévinas, lui accorder la puissance que l'Université lui refuse en le canonisant: celle d'échapper, dans l'exercice de la pensée, au moins ponctuellement, à la philosophie. C'est lui rendre justice tant il aspirait à une telle puissance qu'il s'efforçait d'actualiser de livre en livre. C'est donc la question de l'actualité de Lévinas que nous soulevons, et nous la soulevons avec lui, dans sa trace. Car il arriva à Lévinas, en 1935, dans la tourmente, de se demander ce que signifiait l'actualité d'une pensée: celle de Maïmonide. L'actualité d'une pensée, c'est sa capacité à être actualisée par le lecteur. Elle désigne la façon dont on peut respirer dans un texte, y construire sa propre pensée, ce qui ne saurait signifier en répéter inlassablement les thèses sans les interroger, mais souffler sur les braises selon le dire de Rabbi Eliézer que Lévinas aimait à citer. L'actualité d'une pensée est son incandescence, sa possibilité, moyennant le souffle du lecteur, de redevenir feu. Nous voudrions montrer comment Lévinas fut conduit au bord de la philosophie, dans les marges de l'histoire, comment sa pensée procéda avant tout d'une percée hors de l'histoire, avant d'examiner plusieurs des voies par lesquelles il accomplit un pas hors de la philosophie.
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Nombre de pages
185
Date de parution
11/10/2012
Poids
243g
Largeur
141mm
Plus d'informations
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EAN
9782864326991
Titre
ECHAPPER A LA PHILOSOPHIE ? LECTURE DE LEVINAS
Auteur
Hanus Gilles
Editeur
VERDIER
Largeur
141
Poids
243
Date de parution
20121011
Nombre de pages
185,00 €
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Au seuil d'une carrière universitaire que tout laissait présager brillante, et alors qu'il venait, refusant finalement le baptême, de retrouver son être (en l'occurrence son être-juif), Franz Rosenzweig prit la décision étonnante de renoncer à ladite carrière sans renoncer cependant au savoir. Il ne s'agissait pas pour lui de se retirer dans la solitude monacale du penseur indépendant, mais bien plutôt de créer un lieu inédit qui favorisât un penser nouveau et contribuât à l'éclosion d'une forme de pensée commune qui ne fût ni école, ni secte. Le nom de ce lieu ? Freies jüdisches Lehrhaus : libre maison d'étude juive. Son but ? Renouer avec l'étude (Lernen) en la renouvelant en profondeur; retrouver par-delà les questions imposées du savoir universitaire, l'intensité des questions véritables; accomplir le trajet qui, du savoir académique, mènerait à l'intensité d'une pensée qui fût une vie. Il nous a semblé opportun de scruter aujourd'hui ce pas en retrait, dont nous pensons qu'il est susceptible d'inspirer à nouveau tout rapport exigeant au savoir.
Parmi les livres dont la vocation est d'exposer le mouvement de pensée d'Emmanuel Lévinas, Visage continu fait date. Paradoxalement, cependant, les thèses de ce livre sont généralement ignorées. L'oeuvre de Lévinas, complexe, mérite d'être explicitée. Il faut en examiner les plis, les écarts, afin de mettre en pleine lumière ce qui s'y donne dans un clair-obscur susceptible d'alimenter les équivoques. Visage continu propose un tel éclairage : Benny Lévy y procède à l'élucidation de l'arrière-fond d'intuitions pré-philosophiques qui, de l'aveu même de Lévinas, est nécessaire au déploiement de sa philosophie. Que la philosophie implique autre chose qu'elle-même, voilà ce qui est, semble-t-il, difficile à admettre. C'est pourtant là que réside toute la tension de la pensée lévinassienne. Ressaisir cette tension en son coeur : tel est le principe de la lecture exigeante de Benny Lévy, à laquelle il importe de revenir. La lecture de Visage continu n'est certes pas aisée, tant la manière de Benny Lévy est nouvelle, inhabituelle. Mais le dérangement des habitudes n'est-il pas l'exigence première de la pensée, ce sans quoi jamais elle ne naîtrait? Il faut donc s'efforcer de lire.
Laure Murat, autrice et professeure à l’UCLA, définit dans ce court ouvrage les termes de récriture, de réécriture et/ou de censure en littérature pour que le débat soit fécond. Une base très intéressante pour nourrir votre réflexion.
Léonor a quatre ans lorsque son père, le peintre Félix de Récondo, lui raconte l'exil d'Espagne en 1936 ; il avait quatre ans lui aussi, et fuyait avec sa mère et ses frères la guerre civile et les franquistes. En 2015, à la mort de son père, la question de la nationalité espagnole surgit, alors que la violoniste se mue en écrivaine : lui suffirait-il d'entreprendre les démarches, longues, pénibles, pour panser par le droit le sens de la filiation ? Habitée par les images de Goya (Les Désastres de la guerre) et celles de son père, qui y font écho (Prison), Léonor de Récondo lit et relie les mots et les souvenirs, l'art, la littérature et l'histoire. Entre la musicienne et le peintre, une mémoire, enfouie, trouée, se fait jour. Léonor de Récondo est née en 1976. Elle est l'autrice notamment de Amours (Sabine Wespieser, 2015), La Leçon de ténèbres (Stock, 2020) et Marcher dans tes pas (L'Iconoclaste, 2025).
Dans un Paris dévasté par une catastrophe (accident nucléaire, cataclysme naturel, guerre de religion ?), un groupe de jeunes gens arpentent les rues, tentent de survivre en mangeant ce qu'ils trouvent, chantent des airs de John Holiways et fuient la violence de leurs ennemis en cherchant un ailleurs. Car ce monde en lambeaux, il s'agit malgré tout de l'habiter, de s'y vêtir et d'y trouver des raisons d'espérer. Comment tenir ? Comment trouver en soi de quoi réjouir la vie quand tout a sombré? Ce sont les questions que se posent, avec humour et cruauté, les protagonistes de cette aventure.
Chalamov Varlam ; Benech Sophie ; Fournier Catheri
Les Récits de Varlam Chalamov, réunis pour la première fois dans une édition intégrale, retracent son expérience des camps de la Kolyma où se sont écoulées dix-sept années de sa vie. Ils représentent une construction complexe, qui s?échafaude à travers différents recueils. Ce sont des fragments, qui doivent se lire comme les chapitres d?une oeuvre unique, un tableau de la Kolyma. Chaque récit s?ouvre sur une scène du camp. Il n?y a jamais de préambule, jamais d?explication. Le lecteur pénètre de plein pied dans l?univers du camp. Les premiers recueils, écrits peu après la libération, portent en eux toute la charge du vécu. A mesure que le narrateur s?éloigne de l?expérience, le travail de la mémoire se porte aussi sur la possibilité de raconter le camp. Certains thèmes seront alors repris et transformés. La circulation des mêmes motifs entre différents récits, différentes périodes, constitue à elle seule un élément capital pour le décryptage de la réalité du camp ; on y retrouve la grande préoccupation de Chalamov : comment traduire dans la langue des hommes libres une expérience vécue dans une langue de détenu, de crevard, composée de vingt vocables à peine ? Les récits s?agencent selon une esthétique moderne, celle du fragment, tout en remontant aux sources archaïques du texte, au mythe primitif de la mort provisoire, du séjour au tombeau et de la renaissance. On y apprend que le texte est avant tout matière : il est corps, pain, sépulture. C?est un texte agissant. A l?inverse, la matière du camp, les objets du camp, la nature de la Kolyma, le corps des détenus, sont en eux-mêmes un texte, car le réel s?inscrit en eux. Le camp aura servi à l?écrivain de laboratoire pour capturer la langue des choses. Le camp, dit Chalamov, est une école négative de la vie. Aucun homme ne devrait voir ce qui s?y passe, ni même le savoir. Ce thème fait écho à la Connaissance inutile de Charlotte Delbo : il s?agit en fait d?une connaissance essentielle, mais acquise à prix trop élevé, une connaissance sur l?être, sur l?état ultime de l?homme. C?est désormais un savoir que l?art ne saurait évincer.