En raison, notamment, de leur poids démographique et de leur volonté de revendiquer un statut de citoyens actifs, les jeunes sont apparus de façon spectaculaire dans l'espace public africain depuis les années 1990. Bien qu'ils soient un élément essentiel à la compréhension des dynamiques sociales face à l'érosion des engagements de l'Etat et aux transformations de la famille, il apparaît incontournable d'étudier les jeunes en relation avec les autres groupes d'âge. C'est ainsi que l'analyse des dynamiques intergénérationnelles en Afrique prend toute son importance afin de rendre compte des changements qui ont cours depuis la moitié du XXe siècle. Ce livre s'inscrit donc dans une tendance récente de la recherche qui montre un regain d'intérêt pour l'étude des générations et de l'intergénérationnel en Afrique. La notion de génération n'est toutefois pas nouvelle dans l'analyse des dynamiques sociales en Afrique, notamment si l'on se réfère à l'écrit fondateur de Karl Mannheim, Le problème des générations (1928), dans lequel il invite à mettre en évidence "tous les changements dus à la dynamique historico-sociale" pour bien cerner les éléments de changements liés au facteur de génération. La perspective adoptée dans ce livre est de voir comment les apports intergénérationnels se modifient, comment la légitimité des aînés peut être rediscutée et comment les jeunes tentent d'échapper aux difficultés et aux contraintes. Ce regard a conduit les auteurs à trouver de nouveaux lieux pour observer les jeunes mais aussi des espaces communs aux différentes générations. Dans cet ouvrage, ils mettent en avant les continuités et les discontinuités des lieux de conflits et de négociations, ainsi que les stratégies de coopération qui marquent les rapports entre les générations. Pour cela, ils rendent compte des dynamiques intergénérationnelles, tant à l'échelle macro (société civile) qu'à l'échelle micro (espaces privés, tranches de vie), et croisent divers thèmes dans une optique pluridisciplinaire. Les contributions sont le fruit de recherches menées sur le terrain dans différents pays.
Face aux changements politiques (colonisation, décolonisation, autoritarismes et démocratisation), socioéconomiques (libéralisation, mondialisation des échanges, flexibilité et précarisation de l'emploi, bouleversements au sein de la famille) et religieux (montée de la piété, médiatisation du religieux, émergence de nouvelles autorités) en Afrique, les femmes ont inlassablement et profondément posé leur marque. En écho à ces différents contextes, ce livre s'inscrit dans plusieurs tendances de la recherche : faire état de l'hétérogénéité du militantisme politique féminin et des recompositions des rapports de genre au cours du XXe siècle ; revisiter les concepts d'empowerment et de religious agency et démontrer leur efficience et leurs limites sur le terrain empirique ; analyser les conditions dans lesquelles s'inscrivent les migrations internationales des femmes et leurs effets sur leur statut, leur vie de couple, leur vie familiale et leurs aspirations. La perspective de cet ouvrage est de faire état de processus émancipatoires distincts et ambivalents, voire contradictoires de femmes non seulement à travers leurs luttes et prises de position politiques ainsi qu'à travers leurs choix d'activités professionnelles, mais aussi en fonction du rapport au corps, des hiérarchies et normes sociales contraignantes, des référents culturels souvent normatifs et des nouvelles opportunités existantes et ce, à différentes échelles (couple, famille, sphère publique, scènes locale, nationale, sous régionale et internationale, zone urbaine/rurale). Aussi, il s'agit d'analyser les forces et limites de ces processus émancipatoires, leurs avancées et leurs reflux pour montrer en quoi ils sont en cours de construction, fragiles et lents. Cette lecture nuancée de ces dynamiques a été menée selon une optique pluridisciplinaire et un souci de mener des recherches empiriques dans plusieurs pays du continent.
Constitués en dehors ou au sein des confréries musulmanes reconnues, des courants islamiques spécifiques revendiquent une place centrale du sacré dans la sphère du social, de l'économique et du politique. Ces courants sont identifiés dans cet ouvrage par l'expression d'islam politique. Ils ont toujours joué un rôle significatif, surtout parmi les jeunes et les femmes. Apparu dès le XIXe siècle, cet islam politique a connu une nouvelle dynamique depuis les années 1980 qui s'est accélérée dans les années 1990. Ce phénomène s'explique d'abord par les évolutions des sociétés africaines en quête d'identité. Le prosélytisme islamique des pays arabes et notamment du Golfe est seulement intervenu comme un facteur d'accélération. L'étude des discours des leaders de l'islam politique contribue par ailleurs à démontrer tant la complexité que la pluralité de cette tendance, dans la mesure où les relations avec l'Etat, l'islam traditionnel ou confrérique ont considérablement évolué. L'analyse des luttes d'intérêt au sein de certaines communautés musulmanes permet aussi de s'interroger sur les possibles capacités de l'islam politique à recomposer le paysage religieux et social et sur ses perspectives d'avenir. Car bien que minoritaire, l'islam politique marque de plus en plus profondément les sociétés subsahariennes et la politique des Etats. Sur la longue durée, cet ouvrage se propose de donner plusieurs éclairages de cette tendance de l'islam, à travers l'étude de différents pays. Les contributions sont le fruit de recherches menées sur le terrain et se basent sur l'analyse de sources écrites (des groupes se réclamant de l'islam politique et des administrations...). Certaines de ces contributions ont été sélectionnées suite à un colloque international tenu en octobre 2002 à l'université Paris 7-Denis Diderot, sous l'égide du laboratoire de recherche Sociétés en développement dans l'espace et dans le temps (SEDET).
Débusquer, dans les villes d'Afrique, des lieux spécifiques où s'exprime " l'aptitude générale d'une population à vivre intensément les relations publiques " (Maurice Agulhon). Tel est le projet de cet ouvrage novateur qui se penche sur l'histoire singulière des espaces de sociabilité urbaine, des mosquées aux églises, des bars populaires aux salles de concert, des cinémas aux galeries d'art... Ces lieux ouverts sur le monde se constituent à la frontière, poreuse et fluctuante, entre espace public et espace privé. Ils constituent des interstices, des scènes ambivalentes - détournées parfois de leur vocation première - où se jouent plaisir et contrainte, rencontre et exclusion, religieux et profane, loisir individuel et pression collective, pouvoir et contre-pouvoir. On y invente de nouvelles pratiques, on y redéfinit les rapports entre hommes et femmes, entre groupes sociaux, entre citadins et ruraux. Véritables laboratoires d'expérimentation sociale, certains de ces espaces urbains contribuent à l'émergence d'une identité citadine plurielle. Il n'est donc guère surprenant, dans une Afrique largement dominée par des régimes autoritaires, que les pouvoirs en place cherchent à les réglementer, ainsi que les multiples formes de sociabilité qui s'y expriment. Cet ouvrage collectif découle d'un colloque international organisé par le laboratoire SEDET (Université Paris Diderot-Paris 7) et par le laboratoire CEAN (Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux). Il rassemble, dans une approche interdisciplinaire, les contributions d'historiens, d'historiens de l'art, d'anthropologues, de géographes et de politistes dont les contributions couvrent une grande partie du continent africain, de Tunis au Cap et de Lagos à Zanzibar.
Entre la fin de la renaissance et le début du XIXe siècle, les arts antiques de l'architecture ont été profondément transformés par la révolution scientifique. Cet ouvrage retrace le processus du remplacement des fondements mystiques et numérologiques, de l'utilisation du nombre et de la géométrie en architecture, par les motivations plus techniques et plus fonctionnelles, qui prévalent dans la théorie et la pratique architecturale aujourd'hui.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.
Cent ans ont passé depuis la fondation de la République de Turquie. Les différents partis politiques qui se sont succédé au pouvoir, au rythme des élections et des coups d'Etat, ont imposé leurs politiques mémorielles. Dans le même temps, on a assisté à la publication quasi ininterrompue de mémoires des chefs du Comité Union et Progrès qui prirent le pouvoir dans l'Empire ottoman à la veille du Premier conflit mondial et furent les principaux responsables du génocide des Arméniens. Aujourd'hui, plus que jamais, ces livres constituent des succès de librairie, et leurs auteurs sont largement considérés en Turquie comme des héros, pères fondateurs de la nation. Duygu Tasalp propose de considérer ces ouvrages comme supports de la construction d'une mémoire publique en Turquie. La mise en contexte des différentes vagues de publications au cours du XXe siècle, associée à une analyse de discours, permet de repérer trois tournants - dans les années 1920, 1940 et 1990 correspondant à l'avènement de trois grands régimes mémoriels : kémaliste, inönüiste et, enfin, islamiste, qui se succèdent et se superposent. Le rôle fondamental des mémoires d'unionistes dans l'élaboration du discours officiel sur le passé témoigne de la force et de la persistance du négationnisme au fil des décennies. Au-delà de la Turquie, ce livre apporte une réflexion de sciences sociales sur les notions de secret et de mensonge, comme sur les effets durables des violences exterminatrices sur leurs auteurs et leurs descendants.