Débusquer, dans les villes d'Afrique, des lieux spécifiques où s'exprime " l'aptitude générale d'une population à vivre intensément les relations publiques " (Maurice Agulhon). Tel est le projet de cet ouvrage novateur qui se penche sur l'histoire singulière des espaces de sociabilité urbaine, des mosquées aux églises, des bars populaires aux salles de concert, des cinémas aux galeries d'art... Ces lieux ouverts sur le monde se constituent à la frontière, poreuse et fluctuante, entre espace public et espace privé. Ils constituent des interstices, des scènes ambivalentes - détournées parfois de leur vocation première - où se jouent plaisir et contrainte, rencontre et exclusion, religieux et profane, loisir individuel et pression collective, pouvoir et contre-pouvoir. On y invente de nouvelles pratiques, on y redéfinit les rapports entre hommes et femmes, entre groupes sociaux, entre citadins et ruraux. Véritables laboratoires d'expérimentation sociale, certains de ces espaces urbains contribuent à l'émergence d'une identité citadine plurielle. Il n'est donc guère surprenant, dans une Afrique largement dominée par des régimes autoritaires, que les pouvoirs en place cherchent à les réglementer, ainsi que les multiples formes de sociabilité qui s'y expriment. Cet ouvrage collectif découle d'un colloque international organisé par le laboratoire SEDET (Université Paris Diderot-Paris 7) et par le laboratoire CEAN (Institut d'Etudes Politiques de Bordeaux). Il rassemble, dans une approche interdisciplinaire, les contributions d'historiens, d'historiens de l'art, d'anthropologues, de géographes et de politistes dont les contributions couvrent une grande partie du continent africain, de Tunis au Cap et de Lagos à Zanzibar.
Les métropoles d'Afrique du Sud et du Nigeria sont réputées dangereuses, bidonvillisées et dominées par l'économie informelle. Peu est su en revanche de la manière dont les populations y sont triées, catégorisées et policées, en droite ligne avec les méthodes de réification ethnique et sociale de l'apartheid et de la période coloniale.À Johannesburg, au Cap, à Lagos et à Ibadan, les quatre villes où l'auteur a enquêté, un gouvernement du tri et de l'exclusion assigne des droits, des peines et des interdits à des catégories considérées comme problématiques (délinquants, jeunes, migrants, femmes seules, vendeuses de rue) ; des organisations non étatiques surveillent au quotidien les quartiers populaires, les gouvernent la nuit et usent de violence contre les jeunes ou les étrangers.De la rue au marché, de la gare routière au guichet de l'administration, s'instaure un maquis de petits arrangements qui contournent exclusions et discriminations. L'accès à ces lieux est en permanence contesté et négocié auprès d'individus en posture d'autorité (fonctionnaires, responsables syndicaux, parrains politiques, gouverneurs) par des habitants à la recherche d'un service, d'une autorisation, d'un document, d'un soutien, d'une place sur un marché ou à l'université.Dans cette réalité urbaine imprévisible qui échappe à la planification, individus et groupes sociaux modifient des pans essentiels de l'action publique par l'exclusion et la violence autant que par la négociation.
La multiplication des actes de piraterie au large de la Somalie ou du Nigeria suscite une attention grandissante des grandes puissances. De nouveaux dispositifs internationaux de gouvernement maritime se mettent en place à leur initiative. Face à ces évolutions, comment les États africains exercent-ils leur souveraineté sur les zones marines? Quels rapports cette gouvernance maritime entretient-elle avec l'évolution des Etats et des sociétés ?Pour répondre à ces questions, ce dossier analyse l'expansion du gouvernement de la mer à plusieurs échelles et sous divers angles: les accords de pêche internationaux et les rapports entre Etats et pêcheries ; l'économie politique des espaces portuaires ; le problème de la piraterie et son traitement global. Il avance l'hypothèse que, derrière la multiplication des conflits sur les espaces marins, se jouent des processus de pouvoir inédits qui redéfinissent non seulement les rapports entre public et privé, mais aussi entre frontières spatiales et représentations de la souveraineté.
Répressions violentes, engagements guerriers, mutineries, coups d'Etat : les "corps habillés" apparaissent régulièrement avec fracas dans l'actualité africaine. Avec la multiplication des programmes de "réforme du système de la sécurité" (RSS), les professionnels de l'ordre font désormais l'objet d'une grande attention sur la scène internationale. On sait pourtant peu de choses des militaires, des policiers ou des gardes forestiers qui exercent leur métier en uniforme ou en civil, dans la rue ou dans un bureau. Quels sont les savoirs, les pratiques et les conflits propres à ce champ professionnel ? En se défaisant de la perspective du "professionnalisme" qui marque les expertises de la RSS, ce dossier montre que les forces de l'ordre sont à la fois des instruments centraux de la surveillance et de la répression des populations, et de la contestation du pouvoir d'Etat. A partir d'études de cas au Sénégal, au Nigeria et en Sierra Leone, il invite à penser les rapports des métiers de l'ordre à l'Etat en étudiant ensemble leur fonctionnement ordinaire et les expressions les plus spectaculaires de l'action politique.
Ce travail d'histoire urbaine a placé au centre de son analyse la notion d'espace. Partir de l'espace permet de saisir les logiques de contrôle et de ségrégation mises en ?uvre par l'administration coloniale dans deux villes moyennes de la périphérie de l'empire français et de faire surgir des groupes sociaux, des clivages religieux, des compétitions commerciales, des enjeux fonciers, des lieux de pouvoir et de contre-pouvoir, autrement imperceptibles. De fait, les différentes échelles étudiées (du voisinage à la ville, de la cour à la rue) font apparaître une multiplicité de territoires et une complexité de la ville africaine.