Chez Mario Giacomelli, les oiseaux ne sont jamais de simples motifs : ils sont l'un des territoires où se joue sa vision du monde, à la fois lyrique, abrupte et bouleversée par la fragilité du vivant. Des paysages agricoles des Marches aux plaines balayées par le vent, Giacomelli révèle leur présence comme une écriture faite de traces, de surgissements et d'effacements. Souvent saisis en plein vol, parfois réduits à des silhouettes d'encre sur un ciel surexposé, les oiseaux deviennent des signes graphiques, presque calligraphiques, où se lit le dialogue constant entre l'ordre naturel et le désordre du geste humain. Dans ces images, le noir et blanc extrême ? caractéristique de son style ? renforce la tension entre apparition et disparition. Le contraste violent n'est pas un effet esthétique, mais la traduction d'un rapport intense au réel : pour Mario Giacomelli, photographier consiste à faire advenir une émotion brute, débarrassée de toute tentation documentaire. Les oiseaux, pris dans une vibration presque picturale, évoquent alors des présences primitives, des totems fragiles en équilibre dans un monde rural en mutation. À leur manière, ces images prolongent l'un des grands thèmes du photographe italien : l'inscription du passage du temps sur la terre. L'oiseau, figure de liberté mais aussi de précarité, devient ainsi le miroir de l'existence humaine, fugace, répétitive, toujours recommencée. Les lignes obliques du paysage, les sillons tracés par la charrue, les ombres portées qui strient les champs composent une partition où le vol des oiseaux introduit une respiration, un rythme, une forme de grâce inattendue. C'est cette puissance d'invention ? presque visionnaire ? qui fait de son travail un jalon essentiel de la photographie européenne du xxe siècle.
Nombre de pages
88
Date de parution
09/04/2026
Poids
560g
Largeur
212mm
Plus d'informations
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EAN
9782365114721
Auteur
Giacomelli Mario ; Rieffel Jean-Noël
Editeur
ATELIER EXB
Largeur
212
Date de parution
20260409
Nombre de pages
88,00 €
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On connaît principalement de lui les images de cette Italie qu'il n'a pratiquement jamais quittée. Elles ont fait le tour du monde. Des images graves, silencieusement nostalgiques. Cet enfant trop adulte qui passe dans un chemin trop blanc, ces jeunes prêtres qui jouent dans la neige, ces vieillards au seuil de la mort, ces paysages qui se dressent comme des murailles brûlées sont comme les souvenirs d'un temps déjà vécu, un temps d'irrémédiable solitude. Qu'il fût poète et peintre n'étonnera pas. Mario Giacomelli, le maître de Senigallia, disparu en 2000, était aussi un exceptionnel photographe.
In Mario Giacomelli's work, birds are never mere motifs: they are one of the territories where his vision of the world plays out, at once lyrical, abrupt and shaken by the fragility of life. From the agricultural landscapes of the Marches to the windswept plains, Giacomelli reveals their presence as a form of writing made up of traces, sudden appearances and disappearances. Often captured in flight, sometimes reduced to ink silhouettes against an overexposed sky, the birds become graphic, almost calligraphic signs, revealing the constant dialogue between the natural order and the disorder of human action. In these images, the extreme black and white ? characteristic of his style ? reinforces the tension between appearance and disappearance. The violent contrast is not an aesthetic effect, but the translation of an intense relationship with reality: for Mario Giacomelli, photography consists of bringing about a raw emotion, stripped of any documentary temptation. The birds, captured in an almost pictorial vibration, evoke primitive presences, fragile totems balancing in a changing rural world. In their own way, these images extend one of the Italian photographer's major themes: the inscription of the passage of time on the earth. The bird, a symbol of freedom but also of precariousness, thus becomes a mirror of human existence: fleeting, repetitive, always beginning anew. The oblique lines of the landscape, the furrows traced by the plough, the shadows streaking across the fields compose a score in which the flight of birds introduces a breath, a rhythm, a form of unexpected grace. It is this power of invention ? almost visionary ? that makes his work an essential milestone in 20th-century European photography.
Costa Helouise ; Legrand Marer Marcella ; Chareyre
Dans les années 1940, le Brésil est en pleine transformation : il se modernise, multiplie les échanges à l'international, attire de nombreux émigrants européens et fait rêver. Témoins de cette révolution, les artistes du courant moderniste et, parmi eux, les photographes dont les images racontent l'entrée du pays sur la scène artistique cosmopolite. Dans le sillon qui voit naître l'architecture d'Oscar Niemeyer, et sa vision de la cité moderne, le cinéma Novo ou encore la Bossa Nova, cinq figures favorisent l'éclosion d'une nouvelle photographie : Geraldo de Barros, German Lorca, Gertrudes Altschul, José Oiticica Filho et Thomaz Farkas. Se saisissant des potentiels politiques, sociaux et esthétiques de la photographie, ils vont donner à voir de nouveaux sujets : l'architecture moderniste et ses lignes souples, des motifs botaniques où contrastent ombres et lumières, des expérimentations inventives et des jeux de perspectives teintés d'un goût pour l'abstraction. Autre phénomène qui participe à l'émergence et au rayonnement d'une nouvelle photographie, les clubs amateurs de Foto Clubes Carioca de Rio de Janeiro et le Foto Clube Bandeirante de São Paulo, qui démocratisent l'usage du médium et nouent des contacts avec leurs homologues européens et américains. D'une incroyable diversité et originalité, tant formelle qu'esthétique, la photographie moderniste de ces pionniers stimule toute une génération et inscrit définitivement le Brésil sur la scène des avant-gardes. Largement méconnue, la photographie moderniste brésilienne est ici présentée à travers plus d'une vingtaine de personnalités, dont certaines ?uvres sont conservées dans de prestigieuses institutions internationales, comme le MoMA à New York, la Tate Modern à Londres ou encore le Photo Elysée à Lausanne. Des textes d'historiens du médium replaceront cette production dans le contexte social et visuel de l'époque, et évoqueront les nombreux échanges entre institutions et photoclubs à travers le monde.
En 2024, Alain Willaume passe six mois en résidence à la villa Kujoyama, à Kyoto. La découverte d'un boro d'enfant ? petite veste rapiécée par les mères d'une génération à l'autre ?, sur un marché aux puces suscite interrogation et fascination : la beauté de l'usure du vêtement témoigne à la fois de l'affection maternelle et de l'esthétique japonaise du wabi sabi, notamment du goût pour la patine du temps. Willaume entame alors un voyage exploratoire, traversant les régions de Kyūshū, de Noto, du Kansai et de Chūgoku. Photographe fasciné par l'errance, il saisit des paysages énigmatiques peuplés d'apparitions fantomatiques. La puissance trouble et l'extrême fragilité suscitées par sa rencontre avec le boro transparaissent au fil des pages. Le fort grain noir et blanc des images, ponctué de rares images aux couleurs sourdes, immerge le lecteur dans les faibles lumières de l'hiver japonais. Le sensible se fait texture : atmosphères humides de profondes forêts, dunes immenses où se détachent de fragiles silhouettes humaines, rues battues par les vents, vestiges de maisons ravagées par le tsunami, Alain Willaume tisse un univers qui oscille entre rêve et réalité. La nature est soumise à des forces telluriques, tout semble vacillersous nos yeux. Dans cet album relié à la suisse ? pour une ouverture optimale ?, chaque photographie est reproduite en double page, offrant une déambulation filmique, rythmée de quelques images présentées en diptyque où filtrent alors quelques blancs. Alain Willaume montre l'état éphémère des choses, mais aussi leur puissance d'émerveillement. Ses images se déploient tel un récit imaginaire scandé de secousses et de failles, elles révèlent un Japon d'une inquiétante étrangeté, mais d'une profonde poésie. Un Japon sans soleil et où les contours du réel s'estompent. Pour accompagner cette déambulation, l'écrivaine Ryoko Sekiguchi posera son propre regard sur ce corpus avec un texte inédit abordant les thèmes qui lui sont chers, à savoir l'impermanence des choses et les présences fantomatiques.