La première édition de ce livre est parue en 1970, la deuxième en 1998. L'édition proposée ici, revue et corrigée, n'est pas une mise à jour mais le "film" du regard qu'un jeune chercheur tente, à l'époque, de poser sur une des énigmes qui se présente à l'historien, le quasi - silence des esclaves. Ce n'est pas pour recueillir leurs paroles qu'ont été achetés des êtres humains, mais pour en tirer un profit ou un plaisir. Le silence a fait tache d'huile, silence de l'esclave, et sur l'esclave. Le " groupe écrivant" n'a guère produit que sur les aspects économiques et " criminels " des esclaves, s'attardant sur l'indigence ou l'atrocité d'une sous - humanité considérée comme tantôt bouffonne, tantôt criminelle. L'oralité tient une grande place dans la mémoire des esclaves - rebelles. Dans le chant, la danse, les proverbes, les contes, pointe la révolte. Elle s'affirme dans le marronnage, la magie, le suicide et le complot - parfois le meurtre. L'auteur cherche à rompre le " silence " des intéressés, en suivant les traces qu'eux-mêmes, par une de leurs rares actions volontaires, ont laissées ; et il s'efforce de les saisir dans leur totalité d'êtres semblables à tout autre, refusant les chaînes, le mépris, l'avilissement. Ce " texte d'une puissance et d'un intérêt rares" (Mohammed Aïssaoui, journaliste au Figaro littéraire) marque toujours les études sur l'esclavage, et mérite amplement cette nouvelle édition. Recruté l'année de ses vingt ans dans la Mission d'Etude et d'Aménagement du Niger, l'auteur a depuis consacré l'essentiel de ses travaux à l'esclavage et à ses suites. Universitaire, a agrégé d'histoire et docteur d'Etat reçu pour sa thèse (à paraître aux Indes savantes) "L'esclavage et son ombre. L'île Bourbon aux XIXe ET XXe siècle " le prix du Comité pour la Mémoire de l'esclavage présidé par Maryse Condé. Il a publié aux Indes savantes deux roman inspirés par son sujet de prédilection. : Lia et La Négresse de paradis ainsi qu'une étude remarquée sur Martin Luther King.
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Nombre de pages
203
Date de parution
06/06/2013
Poids
256g
Largeur
143mm
Plus d'informations
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EAN
9782846543118
Titre
Les Esclaves noirs. Pour une histoire du silence
Auteur
Gerbeau Hubert
Editeur
INDES SAVANTES
Largeur
143
Poids
256
Date de parution
20130606
Nombre de pages
203,00 €
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On s'étonnera peut-être que le titre de la thèse, qui s'applique à deux siècles d'histoire, ait privilégié le terme "Bourbon" plutôt que celui de "Réunion" . L'île ne s'appelle Bourbon que sous l'Ancien Régime et pendant une partie du XIXe siècle mais l'usage peut en être préféré à celui de Réunion encore au siècle suivant. (...) Si l'usage peut justifier cette appellation, la principale raison du choix de cette dernière est autre : la société bourbonnaise, pendant les quelques décennies du XIXe siècle où elle portait officiellement ce titre, était une société d'esclavage hantée par la liberté, espoir pour les uns, menace pour les autres. Après 1848, la société réunionnaise, société de liberté, nous semble marquée par de tels archaïsmes que le nom de Bourbon, plus que tout autre, marque peut-être la fixation sur un passé de servitude vécu par ses membres. Ombre d'un esclavage, dont les uns gardent la nostalgie et dont les autres, portent le poids, réel ou fantasmatique, poids de chaînes, de misère, de mépris, de léthargie ou de fureur. [... ] Ces sociétés, qui avaient connu ou connaissaient l'esclavage et paraissaient avoir abandonné le problème, n'exigeaient-elles pas de leurs membres qu'ils oublient des pans entiers, voire la totalité de l'esclavage, sauf à n'en mémoriser que les affabulations dont elles étaient porteuses ? Loi du silence. (...) Silence des uns et des autres : ne pouvait-on penser qu'il y avait un lien entre ces deux formes de silences, et que finalement ils se rejoignaient ? Triviale était sans doute l'explication initiale du silence servile : ce n'était pas pour les entendre qu'on avait acheté des esclaves mais pour en tirer un profit ou un plaisir. L'absolue domination que semblait légitimer un voisinage dangereux entraînait-elle à des excès que l'on voulait taire ? (...) Les maîtres avaient défendu l'esclavage quand il était menacé ; leurs descendants, s'en accommodant bien ou mal, recevraient le souvenir du combat - voire le combat lui-même - en héritage. Dans les limites de cette pugnacité, le silence pouvait être rompu, la mémoire recevoir droit d'exercice. Restait à savoir si, par la parole ou l'écriture, les souvenirs étouffés avaient été - étaient - susceptibles de surgissements ; si cette société qui paraissait avoir beaucoup oublié, qui s'affirmait trahie par sa mémoire, aurait à en supporter de plus cruelles trahisons, une fois décryptés certains signes. " Hubert Gerbeau
Après avoir lu le manuscrit du roman La Négresse de paradis, J M G Le Clézio, prix Nobel de littérature 2008, a écrit à l'auteur : " Le thème de l'esclavage est crucial, et vous le traitez avec originalité (...). L'alternance des voix donne une force musicale à votre livre, dont j'aime aussi la langue puissante et inventive. Par instants l'on se sent transporté au théâtre. (...) J'attends avec impatience de lire la suite de ce que vous écrirez ". Ce roman de cruauté, d'amour et d'aventures a pour cadre l'île Bourbon du XVIIIe siècle. Le point de départ en est le carnet secret et la chronique officielle rédigés par un Lazariste. Seuls quelques lambeaux de ces documents, conservés dans un grenier de Bourbon, ont été retrouvés. Ils figurent ici, en contrepoint de l'histoire du Conseiller de Fontpuisaye qui vit en famille sur une plantation cultivée par des esclaves que Puy Cochon, un jeune régisseur, est chargé de faire travailler. Dans les hauteurs de l'île sont fixés des marrons, esclaves révoltés qui, lors de leurs contacts avec les habitants de la plantation, terrifient les uns, fascinent les autres. Le titre du roman rend hommage à la beauté d'une somptueuse enfant livrée aux caprices de l'adolescence, le temps de devenir adulte. Comme un oiseau de paradis, elle promène son insolence parmi ceux de son monde et ceux du monde qui lui est interdit. Oiseau parmi les habitants d'un paradis insulaire que les premiers Européens qui y abordèrent aimèrent tant qu'ils le baptisèrent Isle d'Eden. Recruté, l'année de ses vingt ans, dans la Mission d'Étude et d'Aménagement du Niger, H Gerbeau a, depuis cette époque, consacré l'essentiel de ses travaux à l'esclavage et à ses suites. Poète et romancier, il est aussi universitaire, agrégé d'histoire et docteur d'État. Le Comité pour la Mémoire de l'Esclavage, présidé par Maryse Condé, lui a attribué à l'unanimité le prix 2005 pour sa thèse intitulée L'esclavage et son ombre. L'île Bourbon aux XIXe et XXe siècles.
Cet ouvrage est le troisième de quatre volumes, dont les deux premiers sont parus en 2019 et 2020. Le premier, intitulé "l'Inde entrevue" , est consacré aux deux Compagnies, celle de Colbert et celle de Law, aux comptoirs et à leur commerce, à la politique de Dupleix et à la rivalité franco-britannique, qui se termine par la mainmise de l'East India Company et à l'éviction complète des intérêts français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, des officiers napoléoniens qui administrent le royaume sikh du Punjab et des missionnaires catholiques entretiennent une présence française dans un pays où la France ne joue plus aucun rôle. Elle végète dans ses misérables comptoirs jusqu'au Second Empire quand, grâce aux progrès du libre-échange au Royaume-Uni, grâce à l'essor de l'émigration indienne aux colonies à sucre, grâce à son industrie textile, Pondichéry connaît un spectaculaire renouveau. Le second volume traite de la politique d'assimilation de la Troisième République dans ses comptoirs, dont tous les habitants sont dès 1871 proclamés citoyens et électeurs sans distinction de couleur, de religion ni de caste. Imposée sans concertation préalable par le pouvoir central, cette politique qui se veut décentralisatrice produit des effets désastreux, conférant le pouvoir à un parti indien réactionnaire et anti-français, puis, à partir de 1906, à de véritables maffias politiques. Les effets de l'assimilation se font sentir jusqu'au dernier moment : héritière de sa devancière, la IVe République ne peut céder ses établissements à l'Inde de Nehru sans consulter leurs habitants qui sont des citoyens français. Or, le parti du Congrès ne veut pas d'un référendum. Le troisième et le quatrième volumes sont consacrés aux regards et aux influences croisés. Les représentations de l'Inde en France, l'image et l'influence de la France en Inde, les perceptions du nationalisme indien en France et les relations bilatérales après l'indépendance de l'Union indienne jusqu'à nos jours. Le quatrième volume " Les relations bilatérales " est la suite du troisième et reprend la bibliographie et un index général. Jacques Weber, professeur émérite d'Histoire contemporaine à l'université de Nantes, membre de l'Académie des Sciences d'outre-mer, grand spécialiste de l'Inde à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages, et de l'histoire coloniale. Il a publié aux Indes savantes : Les Relations entre la France et l'Inde de 1673 à nos jours ; Littérature et Histoire coloniale (ouvrage collectif) ; Le Siècle d'Albion. L'empire britannique au XIXe siècle (1815-1914) ; Les Elections législatives et sénatoriales outre-mer (1848-1981) avec L. Jalabert et B. Joly".
L'auteur raconte l'histoire culturelle du travail selon les variations du regard que l'homme porte sur sa propre nature du milieu du XVIIe siècle au milieu du XIXe siècle. Il indique les voies par lesquelles cette vision de l'homme et de son labeur sont devenus des normes juridiques. Le foisonnement des doctrines pour définir le travail mais encore pour instaurer un ordre social qui face sa place à celui-ci est tel qu'il est difficile de trouver des césures chronologiques claires, étant posé une fois pour toute que la Grande Révolution ne fut pas un bloc. En deux siècles, le travail change de base aussi sûrement que l'homme change ses propres assises.
Biographie de l'auteur Pierre-Henri Simon (1903-1972), membre de l Académie française, est l écrivain le plus pénétrant auquel les Charentes ont donné naissance. Il réussit là un roman d une intense vigueur, qui marie la modernité à la raison classique. Il s y montre ici d une clairvoyance extrême sur ce qui fonde toute vie intelligemment conduite : le tiraillement entre un humanisme jamais assez conciliant et sa nécessaire mise en doute.