Si l'année 2007 voit le centenaire de la mort de Joris-Karl Huysmans (le 12 mai), elle voit également le bi-centenaire, infiniment plus obscur, d'une naissance (le 7 avril) : celle de Pierre-Michel Vintras, dit aussi Pierre-Michel ou l'Organe, voire même le nouvel Élie. Né en 1807, enfant vite abandonné par sa mère, il vit d'expédients, de menues escroqueries et d'embauches passagères jusqu'en 1839. Cette année-là, l'apparition, à Tilly-sur-Seulle (Calvados) où il gère une cartonnerie, puis à Paris, d'un mystérieux vieillard en qui il voit la figure de saint Joseph sonne l'envoi d'une hallucinante carrière de visionnaire apocalyptique, de pontife sectaire et de prophète marial. Âme de l'?uvre de la Miséricorde disséminée partout en France en de multiples " septaines ", proche des milieux naundorfistes, il s'emploie avec ses disciples à une régénération mariolâtrique de l'Église catholique et à une annonce joachimite du règne de l'Esprit. L'apparition d'hosties sanglantes à partir de 1841, à Tilly-sur-Seulle, marque le fort d'une geste hérétique que freine un séjour de six ans en prison sous l'inculpation d'escroquerie et une condamnation romaine. Libéré en 1848, Vintras, dorénavant pontife d'amour et réincarnation d'Élie, se voue à ses disciples, groupés dès lors en " carmels éliaques ", ce malgré un second exil, londonien, décrété par le Second Empire. Rentré en France en 1862, il mourra à Lyon en 1875, le sulfureux abbé Boullan (ami de Huysmans) échouant à lui succéder. Rendu célèbre par son évocation dans " Là-Bas " de Huysmans (1891) puis dans " La Colline inspirée " de Maurice Barrès (1913), Vintras a surtout été l'objet de cette monographie jamais rééditée de Maurice Garçon. Publiée en 1928 chez Nourry, basée sur des documents d'archives publics et privés, enrichie de témoignages, elle reste la meilleure approche d'une des plus fabuleuses figures de " la marginalité religieuse " contemporaine.
Nombre de pages
222
Date de parution
22/06/2007
Poids
249g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782841372096
Titre
Vintras. Hérésiarque et prophète
Auteur
Garçon Maurice
Editeur
MILLON
Largeur
130
Poids
249
Date de parution
20070622
Nombre de pages
222,00 €
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Dans ces deux ouvrages, Maurice Garçon (1889-1967), magistrat célèbre, mais aussi savant arpenteur du corpus démonologique, dresse le portrait de deux anti-héroïnes. L'une, Guillemette Babin, sorcière poitevine du temps des guerres de Religion, relève du champ de la fiction, tandis qu'appartient à l'histoire la chronique de l'abbesse de Cordoue, Magdeleine de la Croix, fausse sainte et vraie possédée. Cette Supérieure des Clarisses, gratifiée de roses en hiver et de visitations d'anges au douteux plumage, trompa trente-huit années les plus hautes autorités civiles et religieuses par ses miracles falsifiés. Les doubles vies de la fermière de Ligugé et de la religieuse espagnole ont suscité l'intérêt de Maurice Garçon. Sur sa piste, le lecteur découvre les sinuosités de rivières souterraines existentielles, Indes Noires de toutes les transgressions. À la langue gargantuesque, diaprée d'insolentes truculences de Guillemette Babin, fait contraste la sobriété stylistique de Magdeleine de la Croix. Mais par-delà les différences formelles, les oeuvres sont liées par la communauté spirituelle des protagonistes. Le burin de l'érudition révèle la consanguinité de ces deux silhouettes sur fond de sabbats, incubat et sortilèges. Magdeleine et Guillemette, soeurs dans la nuit.
Maurice Garçon (1889-1961) fut béni par les Muses. On connaît l'illustre avocat, mais il fut aussi diariste (son Journal promet d'être l'un des plus importants de sa génération), parolier, aquarelliste, historien spécialiste du Diable, et de bien d'autres sujets encore. Ce sont ses plaidoyers que j'ai tenu à célébrer ici et, pour commencer, ceux qu'il consacra aux Arts et aux Lettres, avec en premier lieu, celui, fameux autant qu'inattaquable, intitulé Contre la censure où il assura la défense d'un libraire poursuivi pour outrage aux bonnes moeurs. On y trouvera la marque d'une élégance de style et d'une érudition hors de pair. Un modèle d'éloquence d'une parfaite modernité loin des rodomontades que l'on prête, pas toujours à tort, aux grands ténors du barreau. Jean-Claude Zylberstein, avocat à la Cour.
Husserl Edmund ; Pestureau Jean-François ; Mazzù A
L'existence des " Manuscrits de Bernau " de Husserl sur la conscience intime du temps fut révélée pour la première fois publiquement par Heidegger, en 1928 dans sa préface aux célèbres Leçons sur la phénoménologie de la conscience intime du temps. Ces Manuscrits, écrits par Husserl à Bernau (Forêt Noire) en 1917/18, sur la base d'une compilation faite par Edith Stein, sont restés inédits du vivant du philosophe, bien qu'ils aient été confiés, dans les années trente, à Eugen Fink en vue de la publication. Pour plusieurs raisons, dont la complexité des textes n'est pas la moindre, Fink n'en vient pas à bout, et après la guerre, y renonça. Husserl considérait en effet ces manuscrits comme son " ouvrage principal " qui, restés dans les cartons des Archives de Louvain, sont entrés dans la légende pour le milieu des phénoménologues , puisqu'ils étaient censés contenir les clés de l'oeuvre entière. Il aura fallu le travail persévérant de Rudolf Bernet et Dieter Lohmar pour que l'ouvrage (une sélection parmi la masse des manuscrits) paraisse enfin, en 2001, dans la collection des Husserliana. Cette édition critique est celle qui est publiée ici en traduction française. L'importance considérable de ces textes tient à ce qu'ils constituent proprement l'acte de naissance de la phénoménologie génétique, et conduisent par là à réexaminer et relativiser les analyses structurales et statiques auxquelles on a trop souvent réduit la phénoménologie, en en faussant l'" esprit ", en la figeant dans une scolastique. Car les " Manuscrits de Bernau " sont avant tout un exercice aigu du sens critique, de la pensée aux prises avec des problématiques aporétiques, de l'art de pratiquer des distinctions nuancées jusqu'au plus subtil, de la rencontre de choses essentiellement mobiles, bref, de la pratique de la philosophie telle qu'elle doit se donner à entendre aujourd'hui.
Au Ve siècle avant notre ère, l'avènement des mages en Grèce ne se fait pas sans bruit. Présentés d'abord comme conseillers de rois, sacrificateurs et interprètes des songes, dans cet ailleurs qu'est l'empire perse, ils se retrouvent rapidement au c'ur de la cité athénienne, où ils sont accusés de charlatanerie et de tromperie. Avec eux, apparaît une notion nouvelle, qui a connu une fortune durable dans la culture occidentale : la magie. Rares sont les voix qui ont invité à questionner les évidences de ses origines. Peut-on continuer à postuler une contiguïté, sinon une coïncidence, entre la notion grecque de magie telle qu'elle apparaît à la fin du Ve siècle et la conception moderne de la magie, qui en fait une catégorie universelle, un type de mentalité ou de pensée ? Comment les Grecs ont-ils conçu cette notion nouvelle ? Quelle significations lui ont-ils attribués ? Dans une perspective d'histoire culturelle, ce livre analyse le contexte qui a favorisé l'émergence de la magie, au c'ur des débats qui animaient les cités grecques. Il montre également comment elle a été conçue dans le creuset culturel grec et explore les représentations mobilisées à cet effet. A travers cette étude, ce sont plusieurs facettes de la culture grecque qui se révèlent, des dieux qui " médusent " à l'écriture qui enchaîne, de la puissance poétique à la figure de Socrate.