Le bleu des anges. Le rêve français de Heinrich Mann
Flügge Manfred
GRASSET
18,95 €
Sur commande, 2 à 4 jours
EAN :9782246811190
Extrait Il a tout fait pour s'éloigner de ses débuts, de sa famille, de sa ville natale, mais son passé refait surface de temps en temps. Les retours aux origines restent strictement littéraires. Rien ne l'incite à revoir les lieux de sa jeunesse. Il n'était pas sérieux quand il avait 17 ans. Florence, décembre 1903. Devant le théâtre, à l'heure de l'entracte. Heinrich Mann sort du bâtiment. Cet écrivain allemand de 32 ans vient de publier La chasse à l'amour, son troisième roman en trois ans. Que veut-il au juste à cet instant précis ? Fumer une cigarette ou chercher à apercevoir l'énigmatique Graziella, maîtresse fugitive, qui lui a réécrit récemment («Mio carissimo Enrico») ? Méditer sur la lettre hostile de son frère cadet Thomas qui lui reproche l'excès d'érotisme de ses romans et surtout sa productivité abondante ? Trouver une inspiration sans même la chercher ? Plus tard il dira que la scène avait eu lieu pendant une représentation d'une pièce de Goldoni, Le café, dans laquelle une ballerine fait tourner la tête aux hommes. On aurait préféré que cela fût pendant un opéra de Puccini. Celui qui ne croyait qu'aux rêves et aux souvenirs inventés nous accorderait-il cette licence ? Pourquoi pas Manon Lescaut ? L'histoire d'une femme égarée qui finit dans le désert (à l'écart de la bonne société). Le public bourgeois se délecte de la passion déchaînée, de la musique, des vulgarités. Et pourquoi l'amour, cette belle chose, peut-il (faire) tomber si bas ? Heinrich en sait quelque chose, lui qui a été initié à 17 ans, dans sa ville de Lübeck, dans un discret établissement à deux pas de la petite église Saint-Gilles, l'une des sept tours de la vieille ville hanséatique. Dix marks la passe. Ou bien a-t-il été séduit peu auparavant par une cousine plus âgée que lui ? Sur le dessin qu'il réalisa plus tard de cette scène, on voit un jeune homme écrivant à une table, tout surpris que sa cousine l'attrape par-derrière et le presse contre elle. Dans un coin de la pièce se trouve le petit théâtre de marionnettes qui fut si important dans son enfance. Par la fenêtre on voit le jardin de la belle maison parentale ; au loin on devine une façade lübeckoise typique, un pignon en escalier. À moins que ce dessin ne soit le fruit d'une de ses rêveries ultérieures. Certains rêvent d'un avenir plus beau, pendant que d'autres rêvent d'enjoliver leur passé. Toute sa vie il n'a cessé d'inventer des souvenirs pour embellir l'image qu'il voulait donner de lui. Toute sa vie il a aimé faire des dessins érotiques. Toujours des femmes grosses et grasses à la Rubens, dans des postures indécentes. C'est à ces femmes-là qu'il doit ses émotions les plus intenses. Il fut ravi en découvrant dans une lettre de Flaubert cet aveu : «[...] j'aime la prostitution et pour elle-même, indépendamment de ce qu'il y a en dessous. Je n'ai jamais pu voir passer aux feux du gaz une de ces femmes décolletées, sous la pluie, sans un battement de coeur [...]».
Entre 1918 et 1940, une charmante petite ville située près du Cap Sicié, le point le plus au sud de la Côte d'Azur, devient un véritable centre artistique européen. Des peintres, des écrivains, des journalistes originaires de plusieurs pays s'y donnent rendez-vous. Les écrivains anglophones sont parmi les premiers: Katherine Mansfield, D. H. Lawrence, Aldous Huxley, Sybille Bedford. Après les peintres comme André Masson, Moïse Kisling, Rudolf Levy, Walter Bondy, des auteurs allemands et autrichiens viennent chercher refuge, notamment après 1933, à l'ombre de la tour médiévale qui constitue le noyau historique de Sanary-sur-Mer. Avec des noms prestigieux - Thomas Mann, Bertolt Brecht, Lion Feuchtwanger, Franz Werfel, Alma Mahler-Werfel, Franz Hessel... - Sanary se transforme pour un temps en "capitale de la littérature allemande en exil", selon l'expression de Ludwig Marcuse, qui écrit à propos de ce lieu symbolique de l'exil devenu sa patrie d'adoption: "Tout revêtait la couleur bleu azur, excepté notre âme. Nous étions au paradis, mais par contrainte et nécessité."Amer azur est un retour sur les artistes et les ?uvres qui ont fait la légende du Petit Littoral.
Spécialiste de la vie culturelle à Paris sous l'Occupation et de la littérature française au XXe siècle, l'écrivain berlinois Manfred Flügge écrit pièces de théâtre, des essais, des biographies, des romans dont Le Tourbillon de la vie. La véritable histoire de Jules et Jim (Albin Michel, 1994). Traducteur et critique littéraire, il suit également le parcours de Stéphane Hessel depuis près de 30 ans.
Résumé : Auteur du magnifique Promenades dans Berlin, traducteur de Proust, Stendhal et Balzac, Franz Hessel est l'une des voix les plus originales de la littérature allemande. Traduit pour la première fois en français, préfacé par Walter Benjamin, ce roman pourrait être l'esquisse du célèbre Jules et Jim d'Henri-Pierre Roché dont Hessel fut, avec sa femme Helen, la figure inspiratrice. Wendelin, Karola et Clemens : dans le Berlin bohème qui bat au rythme des Années folles malgré le poids de la crise, les destins de trois personnages s'entrelacent. Wendelin, jeune séducteur, rêve de quitter Berlin. Karola, l'épouse de Clemens qui est l'ami de Wendelin, voudrait le suivre, mais l'amour de son fils la retient? En vingt-quatre heures, Franz Hessel noue et dénoue la relation tourmentée de ce trio amoureux, entre tragédie et marivaudage. Mais le roman est avant tout un fascinant portrait de Berlin dont Hessel dévoile, dans une très belle langue et par petites touches, tout le mystère.
Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L'enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d'argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l'oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l'ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady. Voici venu le temps d'écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d'une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires. Magnifique portrait d'une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d'hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat - jusqu'à la transgression ultime - pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.
Mince, pâle et tendue, Farkass court pour dealer. Cette adolescente solitaire trouve dans le trafic de drogue une source d'argent facile. Pour subvenir aux besoins de sa mère, avec qui elle vit dans une cité délaissée, elle vend de la cocaïne après les cours. Au lycée, elle est repérée par son professeur de sport pour ses qualités d'endurance. Rejoignant son club d'athlétisme, elle découvre un exutoire, bientôt une passion : la course. Sur la piste, elle découvre des sensations nouvelles ; elle ne pense à plus rien d'autre qu'à son corps, à cette tension enivrante, et elle excelle. Cette nouvelle occupation devient vite incompatible avec les nouvelles tâches qui lui sont confiées par son supérieur. Trahisons, règlements de compte et tueries se multiplient. Que choisira Farkass à choisir : la course, ou le trafic ? D'une addiction à l'autre, un roman étonnant, dans la double ligne du célèbre La solitude du coureur de fond d'Alan Sillitoe et du Mean Streets de Scorsese.
Le Livre de Kells est le douzième roman de Sorj Chalandon a puisé dans son expérience personnelle pour raconter un épisode de sa vie. A 17 ans, après avoir quitté le lycée, Lyon et sa famille, il arrive à Paris où il va connaître, durant presque un an, la misère, la rue, le froid, la faim. Ayant fui un père raciste et antisémite, il remonte l'existence sur le trottoir opposé à celui de ce Minotaure sous le nom de Kells, en référence à un Evangéliaire irlandais du IXème siècle. Des hommes et des femmes engagés vont un jour lui tendre une main fraternelle pour le sortir de la rue et l'accueillir, l'aimer, l'instruire et le réconcilier avec l'humanité. Avec eux, il découvre un engagement politique fait de solidarité, de combats armés et d'espoirs mais aussi de dérapages et d'aveuglements. Jusqu'à ce que la mort brutale de l'un de ces militants, Pierre Overney, pousse La Gauche Prolétarienneà se dissoudre. Certains ne s'en remettront jamais, d'autres chercheront une issue différente à leur combat. Ce fut le cas pour l'auteur, qui rejoignit " Libération " en septembre 1973. Le livre de Kells est une aventure personnelle, mais aussi l'histoire d'une jeunesse engagée et d'une époque violente. Sorj Chalandon a changé des patronymes, quelques faits, bousculé parfois une temporalité trop personnelle, pour en faire un roman. La vérité vraie, protégée par une fiction appropriée...
J'en arrive au principal, à la raison pour laquelle nous sommes au tribunal : le "passionnément antisémite". Allons au fond des choses. L'éventuel antisémitisme de La France insoumise et de son chef serait un problème crucial pour les juifs de ce pays mais, bien au-delà, pour nous tous, catholiques, musulmans, athées ; l'antisémitisme étant toujours, en Europe, un avertissement d'incendie, pour citer le philosophe Walter Benjamin. Alors, de quelle base factuelle disposons-nous pour justifier ce "passionnément antisémite" ? " . R. M.
Dumas, c'est la vie " écrivait George Sand. Né en juillet 1802, il est l'écrivain d'un éternel été. Passer des vacances avec lui c'est rendre visite à un ami, à un conteur ébouriffant qui nous tient en haleine et nous amuse, à un homme d'épée et de coeur. Orphelin de père à 4 ans, Alexandre Dumas a connu deux empires, trois rois et autant de révolutions ; il a subi l'exil et la faillite ; vécu des histoires d'amour trop nombreuses pour être sincères mais trop éphémères pour n'être pas douloureuses. Ses lecteurs, innombrables, connaissent-ils sa part méconnue, eux qui n'ont retenu de lui que l'épopée des Mousquetaires et la vengeance d'Edmond Dantès ? Savent-ils que ses grands romans n'ont occupé que trois années de sa vie ? Ont-ils idée de la masse de ses autres livres, de son théâtre et surtout de ses impressions de voyage, qui sont la plus belle partie de son oeuvre ? Jean-Christophe Rufin considère comme son frère d'arme et de plume. " En vous accompagnant tout l'été avec Dumas, j'ai le sentiment de m'acquitter d'une dette. Il a toujours été pour moi plus qu'un modèle, un grand frère qui marchait devant et me guidait sur le chemin de l'écriture. Il nous a fait à tous tant de bien qu'il mérite assez que, le temps d'un été, nous fassions honneur à sa cuisine littéraire. "
Léonor a quatre ans lorsque son père, le peintre Félix de Récondo, lui raconte l'exil d'Espagne en 1936 ; il avait quatre ans lui aussi, et fuyait avec sa mère et ses frères la guerre civile et les franquistes. En 2015, à la mort de son père, la question de la nationalité espagnole surgit, alors que la violoniste se mue en écrivaine : lui suffirait-il d'entreprendre les démarches, longues, pénibles, pour panser par le droit le sens de la filiation ? Habitée par les images de Goya (Les Désastres de la guerre) et celles de son père, qui y font écho (Prison), Léonor de Récondo lit et relie les mots et les souvenirs, l'art, la littérature et l'histoire. Entre la musicienne et le peintre, une mémoire, enfouie, trouée, se fait jour. Léonor de Récondo est née en 1976. Elle est l'autrice notamment de Amours (Sabine Wespieser, 2015), La Leçon de ténèbres (Stock, 2020) et Marcher dans tes pas (L'Iconoclaste, 2025).
Si Madame Bovary, roman phare de Gustave Flaubert, a traversé les époques sous la bannière de classique littéraire, les multiples archétypes qu'incarne Emma Bovary - éternelle adolescente, aventurière du désir, pornstar, rebelle opprimée ou encore victime crédule de la culture de masse - constituent une galerie de personnages à nulle autre pareille. François Aubart met en perspective les impressions laissées par cette héroïne sur le plan artistique pour analyser la façon dont, éclairant d'un jour nouveau notre rapport à la mélancolie autant qu'à l'imagination, elles permettent d'envisager les questions de classe et de genre.