Le bien des pauvres, ce sont leurs vêtements, leurs bijoux, leurs ustensiles de cuisine, leur vaisselle de table ou encore leur literie. Bref, tout ce monde banal qui composait le cadre de la vie quotidienne sous l'Ancien Régime. Si nous connaissons assez bien le patrimoine des riches, celui des pauvres dans sa globalité reste largement inconnu. Ce livre vise à réparer cette distorsion de l'historiographie. Il explore un fond massif, les archives du mont-de-piété d'Avignon, institution unique dans la France des temps modernes : de 1600 à 1800, on conserve la trace du passage de plus de 600 000 Avignonnais et du dépôt de près d'un million d'objets. Jeanne Carême est la première femme de cette longue cohorte. Son portrait introduit au portrait de groupe, celui des gens de peu : portefaix du Rhône, jardiniers de l'intra-muros, artisans de la soie, courtières et fripiers juifs. Tous participent à une économie souterraine où le mont tient une place centrale, à la fois institution d'assistance transformée en établissement de crédit et centre d'échanges de fripe et de brocante. Derrière les objets il y a surtout les femmes qui jouent un grand rôle dans la naissance de la consommation populaire. Il y a encore des gestes, des manières de vivre et de sentir, de cuisiner, de dormir, de s'éclairer. Il y a enfin des manières de s'habiller et de paraître. Ce livre montre comment le jeu des apparences se met en place, subtilement à travers des petits riens, des retouches dans les formes, des jeux d'accessoires. Les tissus changent et se renouvellent ainsi que les formes et les coupes. Avec les indiennes et le piqué s'esquisse ce qui deviendra le costume provençal. Et la mode ne touche pas seulement le domaine vestimentaire : c'est toute la culture matérielle d'autrefois qui, sur deux siècles, évolue tantôt rapidement tantôt subrepticement. Avec l'émergence d'une consommation populaire, il convient de s'interroger à la veille de la Révolution, le luxe et le superflu ne seraient-ils donc plus réservés aux riches ...
Date de parution
01/10/2004
Poids
454g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782876734043
Titre
LE BIEN DES PAUVRES
Auteur
FERRIERES MADELEINE
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
155
Poids
454
Date de parution
20041001
Disponibilité
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Les façons de s'approvisionner, les manières de manger, la nourriture enfin, tout oppose la table du riche et la table du pauvre. Mais si la table du riche est bien connue, celle du pauvre a été largement ignorée : l'histoire dit peu de choses de la nourriture ordinaire destinée aux plus pauvres - soit l'essentiel des mangeurs.Ce sont ces nourritures "canailles", pain noir, bouillons et tripes, plutôt que pain blanc et viandes blanches, que l'auteur étudie, en France et en Europe, à travers les siècles, jusqu'à l'émergence de notre société d'abondance - ces nourritures canailles que l'on retrouve aujourd'hui sur les tables bourgeoises.
Au-delà de la peur de manquer, de la famine, angoisse prégnante en Occident jusqu'à une période encore récente, il y a la crainte de manger du corrompu, du malsain, de l'immonde. En même temps que l'Occident a cherché à réduire la pénurie, il a progressivement mis sous surveillance l'ensemble de la chaîne alimentaire. Notre comportement contemporain vis-à-vis de la nourriture a donc une longue histoire que Madeleine Ferrières s'attache à reconstituer et à analyser. Des règlements médiévaux de boucherie aux perspectives géniales de Giovanni Lancisi, médecin de la cour pontificale au début du XVIIIe siècle ; du conflit entre symbolique faste ou néfaste des aliments et médecine et hygiénisme, mais aussi, plus tard, avec la chimie et les sciences vétérinaires, à la peur des poisons, levures, plantes ou légumes importés d'autres horizons ; de la suspicion à l'endroit du cuivre ou des conserves à la mise en cause de l'air vicié des villes, l'Occident invente, avec précaution et prévention, un ordre alimentaire illustré de manière éloquente au début du XXe siècle par le Pure Food and Drug Act américain. Mais cette invention n'est pas allée sans une autre : celle du consommateur. Rassasié, revendiquant une " bonne bouffe ", prudent, voire savant ou se croyant tel, il appartient à l'utopie de l'abondance et de la sécurité. Miroir formidable de notre Occidental way of life que cette histoire des peurs alimentaires !
Qui peut croire que le menu traditionnel d'une brasserie (lapin en gibelotte, tripes, fricassée de champi-gnons, etc.) remonte à la Renaissance, où il constituait alors le quotidien des miséreux? Ce que l'on considère comme la bonne cuisine bourgeoise est en réalité, à ses origines, la cuisine du pauvre. Les goûts changent: de populaires, certains plats deviennent raffinés, tandis que d'autres disparaissent des cartes et des cuisines. D'autres encore, telle la poule au pot, entrent dans la légende. Madeleine Ferrières propose ici, à partir de sources culinaires inédites, une généalogie des racines de la cuisine française. Elle restitue une culture de table pour partie oubliée. Plus qu'une simple histoire des habitudes alimentaires, c'est une analyse - toute de saveurs et d'odeurs - de notre cuisine nationale qui est menée.
Notre comportement alimentaire a une longue histoire que Madeleine Ferrières s'attache ici à reconstituer. Des règlements médiévaux de boucherie à l'abattage systématique des animaux au temps de Louis XIV, de la peur des poisons à la suspicion à l'endroit des nourritures nouvelles comme la pomme de terre, l'Occident a mis sous surveillance l'ensemble de la chaîne alimentaire et inventé la figure du consommateur. Rassasié, prudent, voire savant ou se croyant tel, il appartient à l'utopie de l'abondance et de la sécurité. L'histoire des peurs alimentaires n'est ainsi rien d'autre que l'histoire de l'Occidental way of life.
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...