Le corps miroir, premier livre de Jean-Pierre Faye aux éditions Nous et annoncé par l'auteur comme son dernier livre, révèle la puissance de pensée de cette figure majeure de la philosophie contemporaine. C'est un livre fascinant, composé d'une chaîne de récits et de réflexions sur le temps, sur les langues, sur l'homme ? mais aussi sur le corps, sur le visage en tant que reflets du monde. Le volume s'ouvre par une préface de Michèle Cohen-Halimi, qui retrace le parcours de l'auteur et interprète la place de ce livre en son sein. Ce dernier livre de Jean-Pierre Faye porte à son comble certaines des questions soulevées ailleurs dans son oeuvre : celle du montage des récits, celle de l'écoute ou de la lecture de ce montage et, plus radicalement que jamais, celle du statut du sujet narrateur. Dans cette méditation, il s'agit également de repérer les surgissements de certains vocables, de certaines expressions dans l'histoire, leurs bougés, leur impact, leur "frappe", de les déchiffrer et d'en analyser les transformations. Tous les vocables repérés et poursuivis par Jean-Pierre Faye dans ce livre composent le grand récit de la déraison narrative de l'histoire du XXe siècle : la disqualification de la "métaphysique", sa mise en équivalence par Heidegger avec le "nihilisme", la genèse du totalitarisme nazi à partir de la circulation du syntagme "Stato totalitario" prononcé par Mussolini, l'invention du "logocentrisme" par Ludwig Klages. Enfin, magistralement, le premier surgissement dans la langue d'Homère du mot qui, à partir de l'idée de la confluence des fleuves, va dessiner les premiers contours de la 'conscience'.
Nombre de pages
192
Date de parution
19/06/2020
Poids
254g
Largeur
151mm
Plus d'informations
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EAN
9782370840806
Titre
Le corps miroir
Auteur
Faye Jean-Pierre ; Cohen-Halimi Michèle
Editeur
NOUS
Largeur
151
Poids
254
Date de parution
20200619
Nombre de pages
192,00 €
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Poème est action de poésie et ce qui se marque sur horizon, ou sur le proche, le toucher, et le non visible touché au fond, le goût même dans la douleur, et son histoire, il est marqué de temps et instantané, il demande à ce qui écoute, il est cette histoire même.
Le siècle XX a emprunté un mot terrible et vague, apparemment technique et plein de secrets, à son prédecesseur, le XIXe. Le terme Idéologie, réservé alors à quelques initiés, devient ensuite le véhicule des grandes ondes d'histoire et de pensée. Et, porté par de vastes masses, il devient lui-même une onde matérielle, voire une succession violente de raz-de-marée. Et pourtant il appartient à la philosophie : par ses deux composantes, provenant en droite ligne de la pensée grecque, bien qu'elles se soient rencontrées dans la langue française. Mais de lourds appareils d'Etat lui ont réservé des appartements particuliers, dans l'Histoire. La langue russe, la langue chinoise, et bien d'autres ont donné son nom à des fonctions chargées des plus grandes énergies et du plus grand danger. D'autres appareils l'ont retraduite en un équivalent non moins redoutable, emprunté aussi aux philosophes, la Vision-du-monde. Weltanschauung et Idéologie se sont aussi, un moment, partagé l'univers de la violence et de la répression. Nous sommes ici aux confins de la sagesse et de ses folies. Nous rencontrerons des figures qui sont des monstres. Mais elles feront aussi référence à d'autres messages, qui sont les animateurs de messages de finesse, de précision, et d'ironie. Comment saisir ces paradoxes, et singulièrement ceux du quadrilatère Hitler-Staline et Nietzsche-Marx ? Car ces deux derniers noms sont à la fois impliqués dans la référence par contrainte, ou le culte d'idéologues - et dans le démontage virulent qui s'exerce sur les deux autres. Il nous faudra donc passer par tous ces chemins. Qui préparent pour nous la cartographie du siècle à venir. Même dans le cas où nous aurions, par cécité idéologique précisément, refusé de le savoir. JEAN-PIERRE FAYE.
A la question socratique, celle qui, face à l'avocat de la violence, fait surgir la philosophie en contrechamp, ne s'agirait-il pas désormais de répondre en termes plus ironiques encore? Se tenir au plus près de ce mot inventé dans le champ magnétique de la mer Egée - philosophie - est en effet une tâche qui s'oriente au plus loin. "C'est au temps du grand danger qu'apparaissent les philosophes", énonçait Nietzsche, renouant avec Héraclite l'Ephésien autant il est vrai que la prise de Milet fut le premier défi adressé par l'histoire à la pensée, autant il s'impose, face au péril de notre aujourd'hui, de penser les bords d'une nouvelle révolution copernicienne. Pour demainJusqu'ici les philosophes n'ont fait que mettre en examen les récits à la lumière du concept et de sa raison. Il est temps d'examiner cette "raison" sous le regard de la puissance narrative qui en dessine le littoral: là où elle aborde. Il revient à la tentative philosophique, et à elle seule sans doute, d'opérer cette traversée dans le multiple des langues et langages que nous attendons et sans laquelle plus une tour ne restera debout. Tel doit être son discours - se mêlant au mouvement même de son archive - sous peine de définitif oubli d'elle-même. La philosophie, désormais? L'apprentissage des mouvements qui rendent possibles toutes transformations - dangereuses ou secourables, et nécessaires
Pasolini Pier Paolo ; Chiesi Roberto ; Atzei Patri
La rage est un poème filmique en prose et en vers, un essai polémique mêlant radicalité et lyrisme. On y trouve le Pasolini le plus âpre et le plus clairvoyant. Traduit en français pour la première fois, La rage est le texte littéraire le plus explicitement politique de Pasolini. En interrogeant les événements et la société de son temps, avant l'avènement définitif de l'uniformisation, La rage éclaire aussi, d'une façon saisissante, notre temps. La joie de l'Américain qui se sent identique à un autre million d'Américains dans l'amour de la démocratie : voilà la maladie du monde futur ! Quand le monde classique sera épuisé - quand tous les paysans et les artisans seront morts - quand l'industrie aura rendu inarrêtable le cycle de la production et de la consommation - alors notre histoire prendra fin. La classe propriétaire de la richesse. Parvenue à une telle familiarité avec la richesse, qu'elle confond la nature et la richesse. Si perdue dans le monde de la richesse qu'elle confond l'histoire et la richesse. Si touchée par la grâce de la richesse qu'elle confond les lois et la richesse. Si adoucie par la richesse qu'elle attribue à Dieu l'idée de la richesse.
Dire cela est une traversée dans l'oeuvre de Robert Creeley, un nouveau choix de poèmes qui met en lumière tout un versant secret chez l'auteur américain. Les poèmes, dont certains n'avaient jamais été traduits en français, sont accompagnés d'entretiens inédits de l'auteur avec Jean Daive.
Dans un monde déclaré sans dehors, enfermé dans l'interconnexion généralisée, la philosophie ne peut apparaître que comme une hérésie. Parce qu'elle est dangereusement atopique - hantée par quelque chose de l'ordre d'un sans-lieu lui permettant ses déplacements improbables. Cette atopie n'est pas propre à la philosophie : elle constitue le coeur sombre et lointain de toute pensée, de toute parole, de toute existence. Nous aimons, nous créons, nous refusons, nous nous coalisons parce que nous sommes voués au dehors. Contre les pensées en termes d'objets, contre les géolocalisations identitaires assistées par ordinateur, contre un monde saturé d'immanence, ce livre propose un existentialisme radicalisé attentif aux désastres psychiques et écologiques qui ravagent le monde.