L'?uvre que nous proposons ici montre comment l'approfondissement scientifique, disciplinant la passion, peut se traduire en un travail d'analyse minutieusement et précisément documenté, sans que la charge d'idéaux propre au tempérament juvénile en soit affectée. C'est en soi une bonne raison pour insérer La situation de la classe ouvrière en Angleterre dans la "bibliothèque jeunes" de notre maison d'édition, mais certainement pas la seule. De ce point de vue, le texte d'Engels est le premier d'une longue série d'?uvres marxistes centrées sur différents aspects ou sur des moments successifs de l'évolution de la formation économico-sociale capitaliste. Ce texte porte sur une profonde transformation sociale, celle pour laquelle l'auteur forge la définition de "révolution industrielle", consacrée par la suite comme catégorie historiographique universelle. Dans la préface de 1892, Engels note que l'état de choses décrit dans l'ouvrage appartient au passé de l'Angleterre, et esquisse en quelques pages les profonds changements suscités en cinquante ans, précisément par la "révolution" que lui-même avait décrite dans sa jeunesse. Il estime toutefois que l'ouvrage mérite d'être reproduit intégralement, pour des raisons qui, en substance, coïncident avec celles qui motivent la présente publication. La "situation de la classe ouvrière", en Angleterre et en général dans les pays avancés de l'Occident, a aujourd'hui beaucoup changé, mais ce qu'a décrit Engels est un processus typique des premières phases d'industrialisation. L'Angleterre des débuts du XIXe siècle s'est reproduite maintes et maintes fois, à mesure que les phénomènes d'exode rural, de prolétarisation, d'urbanisation, de passage de l'artisanat au système de l'usine, analysés dans ce pays, se sont étendus à de nouvelles parties du globe. Aujourd'hui, de nouvelles Manchester parsèment par centaines les cartes des pays émergents ou récemment émergés; par de nombreux aspects, elles ressemblent de façon surprenante à l'originale anglaise du XIXe siècle, elles en diffèrent profondément par d'autres, à commencer par une échelle démographique agrandie d'un facteur dix ou cent. Pour des jeunes qui, comme Engels en son temps, préfèrent "connaître la réalité de la vie" plutôt que de dissiper la leur en "conversations mondaines et cérémonies ennuyeuses", La situation de la classe ouvrière en Angleterre est plus qu'un modèle. Elle ne fait pas seulement qu'inciter à l'étude et à la compréhension des Manchester du XIXe siècle, mais fournit aussi d'excellents instruments pour s'y appliquer. D'un côté, des indications fondamentales de méthode, de l'autre une grande masse de données et d'observations pratiques indispensables pour ces comparaisons qui sont au c?ur de la méthode marxiste elle-même. Si le marxisme est la recherche de la loi du changement social, il est essentiel de distinguer ce qui change de ce qui persiste, d'identifier ce qui est typique et ce qui est spécifique, de séparer ce qui est fortuit de ce qui, dans le changement, constitue précisément une règle. Disposer d'une analyse aussi approfondie et détaillée de ce qui arrivait à notre classe dans l'Angleterre d'il y a deux siècles est une base solide pour l'étude de la "situation" du prolétariat d'aujourd'hui dans de vastes zones de l'Asie, de l'Amérique latine et de l'Afrique. Après Engels, plusieurs générations de révolutionnaires ont continué à enrichir le laboratoire marxiste d'outils conceptuels et de recherches empiriques, le dotant ainsi d'un patrimoine théorique dont il tire avantage dans la compréhension des phénomènes inédits liés à l'émergence de nouvelles puissances, de dimensions continentales. Le point de vue théorique général de La situation de la classe ouvrière en Angleterre est encore embryonnaire par rapport au marxisme. C'est Engels lui-même qui l'affirme en 1892, prenant comme exemple la "grande importance" attribuée au fait que le communisme n'est pas seulement la doctrine du parti ouvrier mais une théorie "dont le but final est de libérer l'ensemble de la société, y compris les capitalistes eux-mêmes, des conditions sociales actuelles qui l'étouffent". Ceci est vrai dans l'abstrait, note Engels, mais dans la pratique la bourgeoisie s'oppose de toutes ses forces au changement, et "la classe ouvrière se verra contrainte d'entreprendre et de réaliser seule la révolution sociale".
Ce texte d'Engels trace un parallèle entre la situation des premiers chrétiens et celle des premiers communistes de la première internationale, au siècle dernier. Mais il retourne aussi aux textes sources pour rediscuter l'interprétation des premiers temps de cette religion qui allait devenir la religion officielle de l'Etat romain. Ce texte a paru dans le journal LE DEVENIR SOCIAL, organe théorique de la IIe internationale en langue française.
TABLES DE MATIERES Préface à la première édition de 1884 Préface à l'édition de 1891 Chapitre Premier : Les stades préhistoriques de la civilisation Chapitre II : La famille Chapitre III : La gens iroquoise Chapitre IV : La gens grecque Chapitre V : Genèse de l'Etat athénien Chapitre VI : La gens et l'Etat à Rome Chapitre VII : La gens chez les Celtes et les Germains Chapitre VIII : La formation de l'Etat chez les Germains Chapitre IX : Barbarie et civilisation Appendice S'il fallait résumer ce livre par une seule phrase, ce serait bien « Marx et Engels considèrent les femmes comme la première classe opprimée ».
Résumé : Dans la préface de juillet 1920 aux éditions allemande et française, Lénine met l'accent sur la double signification politique et stratégique de son texte L'impérialisme, stade suprême du capitalisme, écrit en 1916. Cet essai était né de l'exigence de la lutte politique contre les idéologies pacifistes et contre l'optique illusoire de la "démocratie mondiale" qui empêchaient la minorité révolutionnaire du prolétariat international de trouver une perspective indépendante et de rompre avec leur subordination à l'idéologie de la classe dominante dans ses multiples variantes. Le second point capital sur lequel Lénine insiste avec force est le caractère impérialiste de la guerre ; une guerre mondiale pour un nouveau "partage du monde" et une redéfinition des sphères d'influence, entre les six grandes puissances de l'époque.
Dans la préface de 1867 à la première édition du Capital, Karl Marx avertit le lecteur : "Dans toutes les sciences le commencement est ardu. Le premier chapitre, principalement la partie qui contient l'analyse de la marchandise, sera donc d'une intelligence un peu difficile." Ce "premier chapitre", comme on le lit dans la même préface, est le résumé d'un écrit antérieur dont le Capital est le prolongement. Il s'agit précisément du présent livre, Critique de l'économie politique, que nous proposons de nouveau, cent cinquante ans après la première édition de 1859, dans la "bibliothèque jeunes" de notre maison d'édition. Le choix d'insérer dans cette collection un texte que Marx lui-même considérait comme un des plus ardus de son élaboration s'explique en lui-même. La "bibliothèque jeunes" se fonde sur le présupposé qu'il existe, parmi les nouvelles générations, aujourd'hui plus que jamais, une faim de théorie qui ne se satisfait pas d'aliments prémâchés. Le succès rencontré par les titres importants déjà publiés nous a confortés dans cette conviction. Les "lecteurs qui veulent apprendre quelque chose de neuf et par conséquent aussi penser par eux-mêmes" — vers lesquels Marx se tourne expressément — sont présents parmi les jeunes d'aujourd'hui en nombre beaucoup plus grand que ne le soupçonne le conformisme paresseux de nombreux sociologues à la mode. La crise des relations globales actuelle a produit, entre autres, une énième "redécouverte de Marx". Ces fondements théoriques de la doctrine économique marxiste se devaient d'être présents dans la "bibliothèque jeunes". Car c'est précisément dans l'"analyse de la marchandise" que réside l'explication ultime du phénomène typiquement capitaliste de la crise.
La prochaine décennie de crises, de guerres et de tensions inédites posera à la nouvelle génération de jeunes et de prolétaires, en France, en Europe et dans le monde, des questions fondamentales sur l'avenir que leur promet cette société dominée par le capital. Des milliers et des milliers de jeunes et de prolétaires, littéralement, cherchent et peuvent trouver un ordre scientifique dans le marxisme, pour comprendre et se battre dans la crise de l'ordre qui marque la confrontation mondiale entre les puissances, et qui tenaille la politique de la classe dominante. Ces Œuvres choisies de Marx et Engels pour la " Bibliothèque jeunes " se veulent l'une des armes pour cette bataille. Il s'agit certes d'une première approche des textes décisifs, nécessairement limitée aux plus importants, par ailleurs reproduits, dans certains cas, seulement sous forme d'extraits. Ou bien de textes sélectionnés en tant que témoignage de filières de réflexions menées par Marx et Engels dans des séries entières d'articles ou dans leur correspondance. C'est le témoignage de décennies de travail d'approfondissement, d'enrichissement et souvent de révision des jugements sur des questions théoriques stratégiques ou historiques, telles que les luttes de classes en Allemagne, en France et en Angleterre, la révolution de 1848 et les questions nationales, la loi de la révolution permanente, les guerres nationales et l'approche de la nouvelle ère des guerres impérialistes, la révolution en Russie, et bien plus encore. Tous ces sujets sont toujours abordés dans la perspective du développement du parti international : un travail méthodique d'étude commencé au début des années 1840, et seulement interrompu par la mort d'Engels en 1895. Ainsi, il a forcément fallu faire des choix. Le cas le plus clair est celui du Capital, qui n'est présenté ici qu'à travers des extraits tirés du livre I. Ce n'est donc qu'une indication pour l'étude, car il est impossible de transmettre le sens et la complexité de l'oeuvre en en résumant certaines parties dans cet ouvrage. Pour autant, on ne pouvait pas l'ignorer : Le Capital fut défini par Marx comme " le plus redoutable missile qui ait jamais été lancé à la tête des bourgeois ". D'ailleurs, le fil rouge qui relie les textes que nous avons rassemblés est précisément celui-ci : ni Marx ni Engels ne se sont jamais considérés, et n'ont jamais été autre chose, que des militants révolutionnaires engagés dans une bataille politique pour l'émancipation du prolétariat. Par conséquent, la toile de fond que nous avons voulu mettre en évidence est celle de la réflexion théorico-politique sur la stratégie du parti international. Comme l'écrit Arrigo Cervetto, théoricien, principal dirigeant politique et fondateur de Lotta Comunista, dans Luttes de classe et parti révolutionnaire (1964), " le parti est déjà contenu dans Marx ; il est, pourrions-nous dire, typique du marxisme ".
L'idéologie bourgeoise a produit deux caricatures de la figure et de la pensée de Lénine qui, d'une façon ou d'une autre, survivent encore aujourd'hui. D'une part, il a été momifié et érigé en champion du socialisme national, porte-drapeau du capitalisme d'Etat, par la contre-révolution stalinienne et tous ses épigones, jusqu'aux courants qui voudraient, encore aujourd'hui, le mettre au service de tous les mouvements indépendantistes et du localisme réactionnaire. D'autre part, il a été dépeint par les libéraux comme un Robespierre impitoyable et brillant de la révolution prolétarienne, une sorte d'épouvantail jacobin pour tous les petits-enfants de la primauté de la volonté, désormais enfoncés dans les sièges confortables du modérantisme. Autant d'interprétations qui souffrent de la tare historique de la pensée bourgeoise, l'idéalisme, associé à la tare de sa pratique sociale quotidienne, l'individualisme. La primauté de l'idée devient la primauté de la politique, de la volonté et même de la violence. La primauté de l'individu devient la primauté de la personnalité et de l'action individuelle. Depuis deux siècles, toute la théorie bourgeoise rebondit, en perpétuel mouvement, suivant des trajectoires qui changent continuellement, entre les murs étroits de l'idéalisme et du subjectivisme. Le communisme scientifique sort l'action individuelle des brumes du libre arbitre et la ramène au social. Pour le matérialisme dialectique, les individus sont des éléments actifs dans l'histoire, ils réfléchissent et agissent, ils luttent avec passion et intelligence, mais dans des conditions qu'ils ne peuvent pas choisir et dont - spontanément - ils n'ont même pas conscience. Ces conditions sont données par le développement des rapports de production hérités des générations précédentes, tout comme l'on hérite de tout le matériau de pensée issu de la tradition, avec lequel chacun doit continuellement composer. Le premier combat du jeune Lénine fut justement celui de la restauration de la théorie marxiste, du matérialisme dialectique, contre la sociologie subjectiviste et contre l'objectivisme économiste.
Ce livre est une réflexion sur le destin apocalyptique de l'humanité. Celle-ci, devenue capable d'autodestruction, soit par l'arme nucléaire, soit par l'altération des conditions de survie, se doit de regarder avec sérieux les menaces qui pèsent sur elle. Il nous faut croire à la réalité de la catastrophe et non à sa simple éventualité pour la prévenir efficacement.L'impossible de demain, l'improbable futur, se font présent et la " précaution " ne suffit pas : elle décide pour le présent dans l'incertitude des conséquences futures, mais elle ne va pas jusqu'à penser l'impossible comme certain, jusqu'à nous en donner l'évidence.S'appuyant sur l'exemple de la dissuasion nucléaire, Jean-Pierre Dupuy donne ici une réflexion fondamentale sur le changement d'attitude vis-à-vis de l'avenir qui devrait être le nôtre si nous ne voulons pas sombrer dans la catastrophe.
« En résumé, nous n'avons pas moins mais plus de raisons que Marx de penser que le mode de production capitaliste est historiquement condamné. À quoi cédera-t-il la place ? Le pire reste possible. Mais précisément, avec Marx, nous devons nous rappeler que les hommes font eux-mêmes leur propre histoire. » D. C. Sommaire Avant-propos 1. Marx en son temps 2. De la démocratie radicale à la critique de l'économie politique : la philosophie de la praxis 3. La valeur et le fétichisme de la marchandise : genèse et figures de l'idéologie 4. L'échange et l'exploitation capitaliste : le procès de travail et la production de la survaleur 5. La dynamique du mode de production capitaliste 6. L'émancipation, le communisme 7. Une théorie générale de l'histoire ? 8. Politique et dépérissement du politique 9. L'héritage marxiste 10. L'actualité de la pensée de Marx Bibliographie Deux siècles après la naissance de Marx, le capitalisme semble partout avoir eu raison du marxisme. Et pourtant la critique du capitalisme est partout ravivée par la crise écologique, l'explosion des inégalités et la maltraitance des travailleurs. Cette contradiction n'est qu'une apparence, car la pensée de Marx n'a rien à voir avec la vulgate étatiste et productiviste des partis communistes défaits par l'histoire. Ce livre tord le cou à bien des idées reçues et nous restitue l??uvre authentique de Marx, le philosophe humaniste, penseur de l'émancipation des individus et de la démocratie réelle. Conçu comme une initiation didactique à la pensée d'un grand auteur, il en couvre toutes les dimensions philosophiques, économiques, politiques et il nous montre comment cette ?uvre reste un outil précieux pour penser le présent. Denis Collin , né en 1952, docteur et agrégé de philosophie, enseigne la philosophie en classes préparatoires. Il a consacré à Marx plusieurs ouvrages, dont sa thèse de doctorat qui porte sur la théorie de la connaissance chez Marx. Sa lecture de Marx intègre aussi bien l'approche de Michel Henry que l'héritage de l'école de Francfort. Il a consacré également plusieurs ouvrages à la philosophie morale et politique et à la philosophie des sciences.
Arendt Hannah ; Fradier Georges ; Ricoeur Paul ; A
Comment l'humanité, qui était au sommet du progrès technique, a-t-elle pu se laisser happer par la barbarie totalitaire et finir par y sombrer ? Telle est la question de Condition de l'homme moderne. Cette faillite est la conséquence de l'oubli par l'homme moderne d'un monde de valeurs partagées et discutées en commun avec autrui, dès lors qu'il n'a plus envisagé les choses qu'au travers du prisme de leur utilité pour son bonheur privé. Indifférent aux autres, l'homme moderne ne forme plus avec eux qu'une foule d'individus sans lien véritable et sans défense contre la voracité des dictateurs et des leaders providentiels. Seule une " revalorisation de l'action ", nous dit Arendt, cette intervention consciente avec et en direction d'autrui, permettra à l'homme moderne d'échapper aux dangers qui pèsent toujours sur sa condition.
Thompson Edward Palmer ; Dauvé Gilles ; Golaszewsk
En France, peu d'historiens ont joué un rôle politique et intellectuel équivalent à celui qu'a tenu Edward Palmer Thompson en Grande-Bretagne et, plus largement, dans le monde. Peu de livres ont exercé une influence aussi profonde sur l'écriture de l'histoire contemporaine que cette somme publiée une première fois en anglais en 1963, traduite en français vingt-cinq ans plus tard. Ce livre foisonnant et engagé, d'une richesse exceptionnelle, qui tente de tisser ensemble de multiples fils afin de restituer l'expérience vécue par les contemporains de la " révolution industrielle " demeure d'une extraordinaire actualité. Comme l'écrit Thompson lui-même dans sa préface : " Certaines causes perdues de la révolution industrielle peuvent nous éclairer sur des plaies sociales encore ouvertes aujourd'hui ". En reconstituant la vie des pauvres tisserands à bras, des artisans " utopistes ; et radicaux, des luddistes brisant les machines, en s'efforçant de les " sauver de l'immense condescendance de la postérité ", Thompson a écrit un chapitre décisif de notre passé. Près de cinquante ans après, la lecture de ce grand livre peut encore nous aider à nous orienter face aux bouleversements et aux incertitudes du présent.