MADAME DE DURAS ET OURIKAIl est difficile de parler d'Ourika sans parler d'abord de la duchesse de Duras, tant elle est méconnue aujourd'hui.Si certains se souviennent qu'elle a été l'amie de Chateaubriand, qui pourtant a lu ses oeuvres? Un seul de ses livres est en vente: Olivier, publié par les éditions Corti; quant au reste, la moitié n'a jamais été imprimée, et l'autre ne survit que dans les bibliothèques.Pourtant, Ourika avait été fort appréciée, non seulement par Chateaubriand qui comparait la duchesse de Duras à Mme de Staël pour l'intelligence et à Mme de La Fayette pour la sensibilité, mais aussi par Goethe ainsi qu'en témoigne cette lettre d'Humboldt adressée à la duchesse le 13 décembre 1826: «J'entre chez Goethe: "Je sais, me dit-il, que vous connaissez la duchesse de Duras, l'auteur d'Ourika et d'Edouard. Que vous êtes heureux! Elle m'a fait cependant bien du mal. À mon âge, il ne faut pas se laisser émouvoir à ce point... Parlez-lui de mon admiration..."»Quelle était donc cette femme si pleine de talent, dont la position sociale était considérable, dont les oeuvres ont inspiré Stendhal et Fromentin, et qui est demeurée si discrète qu'elle est presque tombée dans l'oubli...C'est précisément lorsqu'une femme a tout en main pour faire une grande carrière littéraire et qu'elle ne la fait pas, qu'il est intéressant de s'interroger sur les causes de cet échec.Claire Louise Rose Bonne Lechat de Kersaint, née à Brest en 1777, était comme Germaine Necker la fille d'un homme intelligent et libéral, Guy de Coëtnempren, comte de Kersaint. Il avait épousé Claire Louise Françoise de Paul d'Alesso d'Eragny, la cousine du duc de Praslin; le mariage avait été convenu; le ménage était mauvais; la Révolution permit le divorce le 31 mai 1792. Peu de temps après, l'amiral de Kersaint, qui appartenait à cette noblesse avancée caractéristique du XVIIIe siècle, et n'avait pas hésité à soutenir la cause de la Révolution, député girondin qui s'était opposé à la condamnation de Louis XVI et avait renoncé volontairement à son immunité parlementaire, se faisait lui-même guillotiner. Claire de Kersaint n'oubliera jamais ce père révolutionnaire.Pour l'instant, elle a quinze ans, elle sort à peine du couvent du Panthémont et elle est chef de famille: sa mère, éteinte peut-être par ce mari trop brillant, n'a jamais eu la moindre initiative et il s'agit d'aller récupérer à la Martinique les biens de l'amiral. C'est peut-être ce voyage qui lui donnera l'idée plus tard d'une héroïne noire.Mais bientôt la voilà aux États-Unis où elle retrouve son amie de couvent, Anne de La Tour du Pin, devenue fermière dans les Massachusetts et vendant elle-même ses produits... On comprend qu'une telle jeunesse ait rendu Claire de Kersaint assez peu conformiste. Elle a toujours eu soif de sentiments véritables, et, à côté d'Anne de La Tour du Pin qu'elle verra jusqu'à sa mort, on peut lui compter au moins trois amitiés féminines qui ne se sont jamais démenties: Joséphine de Damas, marquise de Sainte-Maure (autre amie de couvent), Rosalie de Constant (la cousine de Benjamin Constant) à qui elle écrira encore pendant ses derniers jours, et Mme Swetchine, l'amie de Joseph de Maistre.Une grande partie des informations que nous donnons ici ont été puisées dans ces correspondances.«En femmes - écrivait Mme de Duras - je vois tous les jours Mme de Sainte-Maure, l'amie de mon enfance. Puis je vois encore bien d'autres femmes que vous ne connaissez point.»Mais revenons à sa jeunesse: Claire de Kersaint ne se mariera qu'à son retour en Europe, une fois sa fortune rétablie par ses propres soins: en 1797, elle épouse à Londres Amédée Bretagne Malo Durfort de Duras. Si l'on s'étonne de ces singuliers prénoms, l'explication est simple: le jeune duc avait été parrainé par les États de Bretagne. Elle a vingt ans. Son mari est aussi un orphelin de la Révolution. Claire se jette avec passion dans le mariage; elle est mère aussitôt, de Félicie en 1797 et de Clara en 1799.Aimant son mari et surtout ses filles avec passion, il semble qu'elle ait connu à cette époque quelques années de bonheur.Mais ce sont les chagrins de Claire de Duras plus que ses joies qui ont marqué ses oeuvres: Ourika, Olivier, Edouard, et ce sont eux qui l'ont amenée à mourir avant l'âge, en 1828.Quels sont donc ces chagrins dans une vie qui, de loin, paraît si pleine et si heureuse...Il y a dans la vie de Mme de Duras deux blessures dont on trouve la trace dans Ourika: son amitié insatisfaite pour Chateaubriand et son amour déçu pour sa fille Félicie.
MADAME DE DURAS ET OURIKAIl est difficile de parler d'Ourika sans parler d'abord de la duchesse de Duras, tant elle est méconnue aujourd'hui.Si certains se souviennent qu'elle a été l'amie de Chateaubriand, qui pourtant a lu ses oeuvres? Un seul de ses livres est en vente: Olivier, publié par les éditions Corti; quant au reste, la moitié n'a jamais été imprimée, et l'autre ne survit que dans les bibliothèques.Pourtant, Ourika avait été fort appréciée, non seulement par Chateaubriand qui comparait la duchesse de Duras à Mme de Staël pour l'intelligence et à Mme de La Fayette pour la sensibilité, mais aussi par Goethe ainsi qu'en témoigne cette lettre d'Humboldt adressée à la duchesse le 13 décembre 1826: «J'entre chez Goethe: "Je sais, me dit-il, que vous connaissez la duchesse de Duras, l'auteur d'Ourika et d'Edouard. Que vous êtes heureux! Elle m'a fait cependant bien du mal. À mon âge, il ne faut pas se laisser émouvoir à ce point... Parlez-lui de mon admiration..."»Quelle était donc cette femme si pleine de talent, dont la position sociale était considérable, dont les oeuvres ont inspiré Stendhal et Fromentin, et qui est demeurée si discrète qu'elle est presque tombée dans l'oubli...C'est précisément lorsqu'une femme a tout en main pour faire une grande carrière littéraire et qu'elle ne la fait pas, qu'il est intéressant de s'interroger sur les causes de cet échec.Claire Louise Rose Bonne Lechat de Kersaint, née à Brest en 1777, était comme Germaine Necker la fille d'un homme intelligent et libéral, Guy de Coëtnempren, comte de Kersaint. Il avait épousé Claire Louise Françoise de Paul d'Alesso d'Eragny, la cousine du duc de Praslin; le mariage avait été convenu; le ménage était mauvais; la Révolution permit le divorce le 31 mai 1792. Peu de temps après, l'amiral de Kersaint, qui appartenait à cette noblesse avancée caractéristique du XVIIIe siècle, et n'avait pas hésité à soutenir la cause de la Révolution, député girondin qui s'était opposé à la condamnation de Louis XVI et avait renoncé volontairement à son immunité parlementaire, se faisait lui-même guillotiner. Claire de Kersaint n'oubliera jamais ce père révolutionnaire.Pour l'instant, elle a quinze ans, elle sort à peine du couvent du Panthémont et elle est chef de famille: sa mère, éteinte peut-être par ce mari trop brillant, n'a jamais eu la moindre initiative et il s'agit d'aller récupérer à la Martinique les biens de l'amiral. C'est peut-être ce voyage qui lui donnera l'idée plus tard d'une héroïne noire.Mais bientôt la voilà aux États-Unis où elle retrouve son amie de couvent, Anne de La Tour du Pin, devenue fermière dans les Massachusetts et vendant elle-même ses produits... On comprend qu'une telle jeunesse ait rendu Claire de Kersaint assez peu conformiste. Elle a toujours eu soif de sentiments véritables, et, à côté d'Anne de La Tour du Pin qu'elle verra jusqu'à sa mort, on peut lui compter au moins trois amitiés féminines qui ne se sont jamais démenties: Joséphine de Damas, marquise de Sainte-Maure (autre amie de couvent), Rosalie de Constant (la cousine de Benjamin Constant) à qui elle écrira encore pendant ses derniers jours, et Mme Swetchine, l'amie de Joseph de Maistre.Une grande partie des informations que nous donnons ici ont été puisées dans ces correspondances.«En femmes - écrivait Mme de Duras - je vois tous les jours Mme de Sainte-Maure, l'amie de mon enfance. Puis je vois encore bien d'autres femmes que vous ne connaissez point.»Mais revenons à sa jeunesse: Claire de Kersaint ne se mariera qu'à son retour en Europe, une fois sa fortune rétablie par ses propres soins: en 1797, elle épouse à Londres Amédée Bretagne Malo Durfort de Duras. Si l'on s'étonne de ces singuliers prénoms, l'explication est simple: le jeune duc avait été parrainé par les États de Bretagne. Elle a vingt ans. Son mari est aussi un orphelin de la Révolution. Claire se jette avec passion dans le mariage; elle est mère aussitôt, de Félicie en 1797 et de Clara en 1799.Aimant son mari et surtout ses filles avec passion, il semble qu'elle ait connu à cette époque quelques années de bonheur.Mais ce sont les chagrins de Claire de Duras plus que ses joies qui ont marqué ses oeuvres: Ourika, Olivier, Edouard, et ce sont eux qui l'ont amenée à mourir avant l'âge, en 1828.Quels sont donc ces chagrins dans une vie qui, de loin, paraît si pleine et si heureuse...Il y a dans la vie de Mme de Duras deux blessures dont on trouve la trace dans Ourika: son amitié insatisfaite pour Chateaubriand et son amour déçu pour sa fille Félicie.
Vers 1785, Édouard, fils d'un avocat distingué de Lyon, tombe amoureux d'une jeune veuve, Natalie, duchesse de Nevers. Celle-ci l'aime aussi, mais Édouard comprend que, dans la société telle qu'elle est, il risque d'abaisser Natalie en l'épousant. Il s'exile en Amérique. Quand il apprend que Natalie, épuisée de chagrin, s'est laissée mourir, il se fait tuer. Cette histoire romantique, admirablement écrite par la duchesse de Duras, devait inspirer un grand nombre d'autres ?uvres parmi lesquelles Le Rouge et le Noir de Stendhal. Pourtant la duchesse de Duras est rarement citée dans les travaux d'histoirelittéraire et Édouard est introuvable depuis longtemps.
Il me seroit impossible de vous peindre l'effet que produisit en moi ce peu de paroles; l'éclair n'est pas plus prompt : je vis tout; je me vis négresse, dépendante, méprisée: sans fortune, sans appui. sans un être de mon espèce à qui unir mon sort, jusqu'ici un jouet, un amusement pour ma bienfaitrice, bientôt rejetée d'un monde où je n'étois pas faite pour être admise. . C. de D.. . . Claire de Duras (1777-1828) est née à Brest. Fille d'un aristocrate libéral intéressé par les idées révolutionnaires, elle est elle-même sensible aux grandes revendications de son temps : ses romans, Olivier, Ourika et Edouard, qui traitent tous les trois du sentiment d'exclusion, témoignent de la modernité de sa pensée. Amie de Mme de Staël et de Chateaubriand, elle tient, sous la Restauration. un salon qui est l'un des centres de la vie littéraire parisienne.
Refonte en version poche de Mémoire de mon enfance bretonne (978273735992-7). Roland Colin est le fils d'un émigré breton élevé au pays par Marig ar Rouz, son étonnante grand-mère qui a vécu trois guerres (1870, 1914-1918, 1939- 1945), découvert Buffalo Bill et ses Indiens à Brest en 1889, et est morte à presque 90 ans. Près d'elle, son petit-fils reçoit le précieux viatique de la langue et de la culture des racines. Pour le jeune adolescent, la guerre en Bretagne est une bouleversante épreuve, tempérée par la magie de la vie du terroir. A la Libération, Roland Colin monte à Paris, en quête d'un engagement social et professionnel dans un monde à rebâtir. Il entre à l'Ecole de la France d'Outremer où Senghor est son professeur. Négritude et Celtitude se comprennent alors comme alliance entre les identités et les solidarités nouvelles à construire. Ce livre est l'histoire d'un parcours fertile en expériences rejoignant les problèmes les plus vifs du temps présent.
1954, dans un hôpital militaire de Hanoi, Yann, un soldat breton, est soigné par Mai. Ils tombent amoureux, mais le père de la jeune fille l'a promise à un autre. Elle s'insurge, elle est bannie de la famille... Ils se marient en toute hâte, avant que Yann rejoigne la cuvette de Diên Biên Phu. Après la défaite de l'armée française, Yann est emmené dans un camp d'internement. Dans une langue poétique, avec grâce et pudeur, Hoai Huong Nguyen peint le Vietnam d'hier et un amour qui affronte la violence d'une guerre. L'histoire bouleversante de Mai et de Yann laisse percer la lumière des humbles héros qui croient à la liberté et à l'absolu malgré les vicissitudes de l'Histoire. Tout est là : l'Histoire, l'histoire, la manière de les faire s'imbriquer, la netteté de l'écriture, la volonté de trouver une parole adéquate à la tragédie, la complexité des psychologies... "Un instant de littérature pure." Yann Moix, Le Figaro littéraire.
Après avoir raconté, dans le premier tome de ses Mémoires, son enfance dans le Maroc d'avant-guerre et son arrivée en France en 1945, Driss Chraïbi reprend le fil de son récit autobiographique. Au début des années 50, il découvre une autre planète, l'Alsace, et s'y installe avec sa femme dans une sorte d'ermitage amoureux voué à l'écriture. Puis ses premiers succès d'écrivain le ramènent à Paris et la communauté maghrébine trouve en lui l'une de ses premières voix dans le milieu littéraire. Défilent ensuite les années France Culture, les années canadiennes, les années à l'Ile d'Yeu, les amis et les rencontres (François Mitterrand, Lucien Bodard...), les paysages, les livres et les femmes de sa vie.
Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs." Le corps d'un homme est retrouvé au pied de la digue Nord du Havre, avec, dans sa poche, griffonné sur un ticket de cinéma, un numéro de téléphone, celui de la narratrice. Convoquée par la police, elle prend le train pour Le Havre, ville de son enfance, de sa jeunesse, qu'elle a quittée il y a longtemps. Durant ce jour de retour, cherchant à comprendre ce qui la lie à ce mort dont elle ignore tout, elle va exhumer ses souvenirs mais aussi la mémoire de cette ville traumatisée par la guerre, ce qui a disparu, ce qui a survécu, et raviver les vestiges d'un amour adolescent.