Le succès des Lettres persanes, cette "espèce de roman" qu'on a pu juger mal composé, hétérogène et irrévérencieux, ne s'est jamais démenti depuis sa parution. Aucune apologie plus ou moins adroite ne saurait pleinement rendre compte de tous les effets que l'ouvrage produit sur son lecteur; aucune interprétation unifiante n'épuise toutes les ressources d'une écriture et d'une pensée qui se livrent à l'ivresse de la comparaison et de l'interrogation, au vertige de l'ironie, au mouvement exaltant d'un esprit qui, dans un dispositif fictionnel polyphonique, s'essaie à une diversité de rôles, de discours et de points de vue, sans s'enfermer dans une nouvelle parole d'autorité ou arrêter un sens définitif. Ni mise en récit formant une histoire achevée, ni démonstration philosophique cohérente et univoque par le biais d'une fiction, les Lettres persanes, dans une série de combinaisons nouvelles jouant avec modèles et topique, croisement des voix, des genres de discours, raisonnement et suggestions par images et analogies, organisent la mobilité de la réflexion et de l'imagination, dans un moment de déstabilisation et de mutation. Réunissant les contributions de spécialistes français et étrangers de Montesquieu et du XVIIIe siècle, ce volume propose, après une synthèse des principales interprétations du roman, des études relevant de la stylistique, de l'argumentation, de l'analyse du discours, de la narratologie, mais aussi de l'histoire littéraire et intellectuelle. Conceptions renouvelées de l'intertexte et des influences, jeux du regard et des voix, rapports entre savoir et autorité, pensée et discours de la crise et du changement dans un écrit qui fut "convaincu d'impiété", telles sont les grandes lignes d'un volume qui entend offrir, avec des lectures inédites ou marquantes, des clefs pour s'approprier l'"état de l'art" sur un texte abondamment commenté.
Nombre de pages
204
Date de parution
08/11/2013
Poids
401g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782753528154
Titre
Lectures de Montesquieu. Lettres persanes
Auteur
Dornier Carole
Editeur
PU RENNES
Largeur
155
Poids
401
Date de parution
20131108
Nombre de pages
204,00 €
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Curieuse destinée que celle de l'Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut. Promu au rang de chef-d'?uvre sulfureux, le roman séduit et agace. On reconnaît son charme insidieux mais c'est pour mieux s'en défendre. Prévost fait l'unanimité en attendrissant ses lecteurs et c'est bien là ce qui inquiète. Qu'un lecteur cultivé, avisé et esthète éprouve les mêmes sentiments pour les deux héros que les laquais ou portières suffit à donner mauvaise conscience au public raffiné. Ce n'est peut-être pas, comme l'a prétendu Montesquieu, à cause du motif de l'amour, que ce roman nous attache à la pitoyable destinée d'«un fripon» et d'«une catin». Le miracle, mais aussi le scandale, du roman réside probablement dans cette alliance de la beauté et de la pureté du style avec ce qu'on considérait comme la bassesse du sujet.
Considérées comme le chef-d'?uvre de Duclos par les lecteurs du XVIII° siècle, les Considérations sur les m'urs de ce siècle ont été éclipsées, de nos jours, par l'intérêt pour les romans de leur auteur. C'est par un malentendu que l'ouvrage est lu comme un recueil de moraliste, alors qu'il rompt avec la perspective universalisante et atemporelle de la maxime, avec une écriture fragmentaire qui vise au seul démasquage des faux-semblants. Machine de guerre contre les valeurs de la société aristocratique, support de la promotion d'une morale de l'utile, qui tente de s'imposer contre la culture de l'homme de cour, les Considérations appartiennent à un courant de pensée longtemps négligé dans la tradition française, Après les projets de l'abbé de Saint-Pierre, avant De l'Esprit d'Helvétius, le livre de Duclos tente de promouvoir des critères d'évaluation des conduites et des institutions: bonheur du plus grand nombre, utilité, bien public. C'est la mondanité qui devient alors la cible de ses critiques, comme culture et fonctionnement social marqués par les intérêts particuliers, la futilité, la tyrannie des modes et de la crainte du ridicule. Duclos revendique, pour des groupes sociaux en quête de légitimité, de nouvelles sources de domination symbolique, de nouvelles formes de reconnaissance: il faut fixer "le prix réel des choses".La série Littératures publie des ?uvres de toutes littératures et de tous siècles, connues ou peu connues, qui ont marqué l'histoire littéraire, la culture ou l'évolution des idées. Ces ?uvres sont éditées dans la tradition des Editions Champion: le texte publié est celui faisant autorité au regard des spécialistes qui ont procédé à son complet réexamen en s'appuyant sur les dernières avancées de la recherche. Littératures propose ainsi une édition sûre, des textes parfois inédits et toujours accompagnés du meilleur environnement critique et explicatif (bibliographie, index, dossiers complémentaires, etc.).
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.
Epiphénomènes d'une mutation sociétale, fruit de l'économie numérique, les tiers-lieux interpellent les décideurs publics territoriaux sur l'attitude à adopter, de l'intérêt bienveillant à une tutelle complète. L'ouvrage réunissant une équipe pluridisciplinaire de chercheurs présente un matériau empirique original sur cette réalité émergente, encore mal connue : celle de la multiplication des tiers-lieux dans les villes et hors des centres métropolitains. Il pose de nouvelles questions, encore peu traitées dans la littérature, en s'intéressant à la trajectoire sociale des fondateurs d'espaces de coworking, aux nouvelles manières des jeunes générations de travailleurs du numérique de conjuguer leurs aspirations de liberté et d'épanouissement dans les domaines professionnel et privé, ainsi qu'à leurs nouveaux rapports à la collaboration, au travail, au territoire, à la mobilité et aux questions écologiques.