TOUT CE QUI FAIT LE TIMBRE D'UNE VOIXLa seule littérature nécessaire est toujours réponse à ce qui n'a pas encore été demandé.Peu d'écrivains à première vue aussi gaiement à contre-courant de leur époque et insensibles à l'air du temps qu'elle respire. Se rangeant du côté d'André Breton et du surréalisme au moment même où Sartre déclare qu'ils n'ont «plus rien à nous dire», appelant Claudel et une littérature du oui à la rescousse contre le non d'une littérature militante quand celle-ci tient le haut du pavé, contestant fermement qu'une oeuvre littéraire transmette un message ou qu'elle puisse être éclairée par une quelconque science de la littérature. Et enfin: «On demande aujourd'hui à l'homme d'État d'être constamment en prise, en état de dialogue familier et immédiat avec les citoyens. On le demande aussi à l'écrivain avec son public, alors que son travail essentiel est d'écrire des livres - de qualité si possible - et non de "causer dans le poste", de parader sur les estrades télévisuelles, ou de discuter de ses livres avec les bambins des classes élémentaires. Cela n'a pas grand sens, ni grande portée, et on a le droit de s'en abstenir.» C'est l'écrivain de 90 ans qui parle ici et qui ne demande que le droit de mener son existence d'écrivain à sa guise: écrire en toute liberté, lire selon ses humeurs et décider seul de sa voie vers le public. Ce sont sans doute de telles prises de position - qu'il n'est pourtant pas seul à défendre - et la persévérance têtue à s'y tenir qui l'ont fait entrer dans la légende. Mais ni Gracq, qui n'avait de goût pour aucun piédestal, ni son oeuvre rebelle à toute tentative d'embaumement ne s'y trouvent vraiment à l'aise.*Pendant que j'écris, le soleil qui descend en face de moi jaunit et dore cette page, et ma plume y fait courir une ombre longue et aiguë de cadran solairePeu d'oeuvres aussi aisément reconnaissables dans leur timbre, leur climat, les figures de leur imaginaire et à ce point diverses dans leurs rythmes, expressions et formes. La variété des genres est grande: récits, théâtre, poésie, essai, pamphlet, notes de voyage et de lecture. Genres aménagés avec souplesse dans un jeu libre avec leurs règles et leurs modes d'expression, évoluant avec une écriture qui change de registre avec son sujet et qui mûrit.Mais par où que l'on entre dans l'oeuvre, fût-ce par le Château d'Argol gorgé de drame et de significations, ou La Presqu'île, flânerie d'une après-midi devenue récit, par l'essai sur André Breton ou les notes des Lettrines, c'est une même poétique du monde qu'on perçoit. C'est la même voix qu'on entend pour dire un instant de la vie, une route, un coin de terre, le tracé d'une écriture, l'essence d'un livre.Quand Gracq parle de son travail ce n'est jamais en termes de savoir, d'éthique ou de mission. En revanche le monde, ses paysages et ses routes sont rarement loin lorsqu'il dit ne pouvoir écrire que devant une fenêtre donnant «sur un lointain», qu'une phrase malvenue s'ajuste par la marche, que l'écrivain au travail est «ouvert à toutes les imprégnations». Le livre et sa naissance sont intimement complices des saisons et des heures.Un automne aussi beau et ensoleillé que l'été vient le prolonger, apportant avec lui comme presque toujours le désir d'écrire, d'entreprendre un livre, comme on a le désir d'aller sur la mer.Ces quelques lignes contiennent la formule intime de l'imaginaire et de l'oeuvre. L'automne, sa «lumière mûrissante» et ses journées si tardivement «aventurées et menacées», qui ranime pressentiments et attentes - «Qui s'annonce ici avec une telle solennité?» La mer qui désenclave l'existence, lui redonne sa respiration, son vent «si impatient, si pur». Et le désir.On a souvent et justement dit que l'oeuvre tout entière était placée sous le double signe du désir et de l'attente, qui sont pour Gracq ouverture vers l'éventuel, appel à la vie. Ils nourrissent de leur tension tous les livres, rythment récriture. Mais du désir seul compte le sillage, de l'attente l'énergie impatiente qui l'habite. Et si le voyage en est l'incarnation par excellence, il est d'abord rupture avec un monde ancien. C'est ainsi que le jeune élève d'hypokhâgne, dans la fraîcheur d'une matinée limpide, prend congé de Nantes, qu'Aldo au petit matin laisse derrière lui «les mes engourdies, la somnolence» d'Orsenna. Et c'est ainsi encore que l'officier se mettra en chemin une après-midi d'octobre vers Barbonville, première étape d'une longue liste de cantonnements à travers la Lorraine, «délesté, sans amarres, sans attaches, faisant sonner la route à neuf de [s]es semelles ferrées».
Nombre de pages
380
Date de parution
07/03/2013
Poids
422g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782351500545
Titre
Julien Gracq
Auteur
Dobzynski Charles, Para Jean-Baptiste, Collectif
Editeur
REVUE EUROPE
Largeur
130
Poids
422
Date de parution
20130307
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380,00 €
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En 1936, peu après la mort de Karl Kraus à Vienne cette "station météorologique de la fin du monde" où il avait vécu toute sa vie, on pouvait lire dans Europe une nécrologie dont il vaut la peine de citer quelques mots pour mémoire, tant les traits du profil ne semblent guère avoir jauni : "Adoré par une foule de partisans dévoués, honni par la presse et par la littrérature officielles, Kraus réunissait en lui l'esprit d'un Don Quichotte réaliste et d'un Cyrano dénué de sentimentalité. Pendant trente-six ans, il a combattu pour tout ce qui lui semblait authentique, contre tout ce qu'il voyait vil et faux. Sous forme d'attaques directes ou de gloses satiriques, les petits cahiers rouges de sa revue Die Fackel lançaient d'incessants défis aux ennemis de ses idées intransigeantes sur la probité humaine." Kraus fut en effet un écrivain hors pair et un lutteur passionné. Walter Benjamin voyait en lui une "combinaison d'enfant et d'anthropophage" rassemblant toutes ses énergies pour combattre l'opinion et le langage standardisés. Il sut aussi donner toute la mesure de son génie dans Les Derniers Jours de l'humanité, ce drame gigantesque sur la Première Guerre mondiale où il brasse et mime tous les langages de la société. " Si les Anciens disaient que la poésie naît de l'étonnement devant la vie, la satire de Kraus naît de la stupeur devant l'infamie. Nul n'a été un défenseur de chaque victime à 1'égal de Kraus, et c'est là sa grandeur ineffable", observait naguère Claudio Magris. Sans rien celer des complexités propres à sa personnalité et à son oeuvre, ce numéro d'Europe nous conduit à la rencontre d'un écrivain aussi actuel qu'intempestif.
On a aujourd'hui dans 1'oeil le visage que Perec s "est fabriquéau fil des années soixante-dix, figure comme triangulaire,barbichette et chevelure assyrienne, buissonnant sur leshauteurs. Mais au-delà de cette image, ce qui, frappe, c'est unvisage travaillé par l'intelligence, avec son regard clair souventvisité par 1"humour. Le destin de Georges Perec (1936-1982).fut pourtant précocement visité par la tragédie. Son père,engagé volontaire, est mort pour la défense de la France enjuin 1940. Evacué en zone libre en 1941, l'enfant fut dès lorsséparé de sa mère, déportée quelque temps plus tard et morte àAuschwitz. Si les premiers livres publiés de Perec lui valurentl "estime de critiques perspicaces, c'est en 1978 qu'il connut unsuccès considérable avec La Vie mode d'emploi, bientôttraduit dans le monde entier. Saluant la parution de ce chef-d'oeuvre, halo Calvino estima que Perec avait"l'art de résumertoute une tradition narrative et d'englober, dans une sommeencyclopédique, des savoirs qui donnent forme à une image dumonde; le sens du présent qui inclut aussi tout un passéaccumulé et le vertige du vide."On peut, comme Calvino,considérer La Vie mode d'emploi comme le dernier événementvéritable dans l'histoire du roman: un puzzle dans lequel lepuzzle lui-même donne au livre le thème de l'intrigue et lemodèle formel, et où le projet structurel et la poésie la plushaute coexistent avec un naturel prodigieux. Mais c'estl'oeuvre entière de Perec qui s'avère captivante dans chacunede ses phases et qui nous invite à une multiplicité de parcours,qu'il s"agisse du Perec d'avant Les Choses et Un homme quidort, de sa période dite "sociologique", des annéesoulipiennes, de sa prise en compte des événements de la viequotidienne et de ce qu'il appelait l'infra-ordinaire, ou encorede la façon si singulière dont il aborde le thèmeautobiographique et renouvelle la narration de soi en inventantdes architectures neuves, complexes, agrandissant lelabyrinthe qu "est toute vie."
Voilà qui est très rare, cette force d'évidence, ces mots si simples qui sortent d'une si longue nuit, ce tempo intime sans effet aucun, sans autre écho que celui qui traîne de naissance et à vie aux basques du destin. Etre qui, être quoi, et moins que rien, et plus que tout, ce Juif qui se cherche ? Comment devenir ce qui est imposé et donné hors de soi, malgré soi ? Impossible de jouer avec ce Je là qui n'est pas un double ni un hétéronyme mais un legs arraché aux exils, aux exodes, aux pogroms par les mains d'une mère. Charles Dobzynski n'a pas à décliner une identité vraie ou fausse, il est par les lieux et les errances, par les convois et les commotions de l'Histoire toujours à se déprendre d'une partie prenante, toujours à casser les dogmes, à soigner son humour, à se défier de Dieu. Avec ce livre d'une tenue qui tient du miracle, il se révèle témoin majuscule du siècle des utopies sanglantes, irréductible et juste voix de cette poésie vécue qui engage l'être tout entier sans renoncer jamais à son pouvoir d'effraction. Depuis les Feuillets d'Hypnos ou La Rose de personne, Je est un Juif est une oeuvre décisive comme il y en a peu dans le champ de la conscience et de la parole salvatrice, surtout par temps de mise aux normes et d'amnésie programmée. En fait, et tout uniment, Je est un Juif est un chef-d'oeuvre", André Velter.
Né à Kiev en 1866, mort à Paris en 1938, Léon Chestov s'inscrit dans une tradition qui trouve en Pascal et Nietzsche deux de ses points culminants. Cette tradition n'a jamais été dominante dans la philosophie occidentale et Chestov est par excellence un de ces nomade de la pensée que les manuels académiques préféreront toujours ignorer: "Celui qui étudie vraiment la vie n 'a pas le droit de mener une existence sédentaire et de croire à la vertu de certaines méthodes définies", disait-il. Auteur d'une ?uvre inclassable qui nous fait découvrir le dehors de toute pensée systématique, Chestov a été l'un des premiers commentateurs de la phénoménologie de Husserl en France et s'est trouvé au centre des débats concernant la philosophie existentielle par rapport à Kierkegaard et Heidegger A la place des évidences d'une philosophie conçue en tant que science rigoureuse, il propose les paradoxes et d'une "philosophie de la tragédie". Son interprétation philosophique des ?uvres littéraires a été plus tard développée par son disciple Benjamin Fondane. De Georges Bataille à Emmanuel Levinas, d'Yves Bonnefoy à Gilles Deleuze, plusieurs écrivains et philosophes contemporains ont également été marqués par cet esprit indomptable qui voulut ouvrir "toutes les portes au large" et s'avancer au-delà des limites habituelles sans l'appui d'aucune idole rassurante.
En 1936, peu après la mort de Karl Kraus à Vienne cette "station météorologique de la fin du monde" où il avait vécu toute sa vie, on pouvait lire dans Europe une nécrologie dont il vaut la peine de citer quelques mots pour mémoire, tant les traits du profil ne semblent guère avoir jauni : "Adoré par une foule de partisans dévoués, honni par la presse et par la littrérature officielles, Kraus réunissait en lui l'esprit d'un Don Quichotte réaliste et d'un Cyrano dénué de sentimentalité. Pendant trente-six ans, il a combattu pour tout ce qui lui semblait authentique, contre tout ce qu'il voyait vil et faux. Sous forme d'attaques directes ou de gloses satiriques, les petits cahiers rouges de sa revue Die Fackel lançaient d'incessants défis aux ennemis de ses idées intransigeantes sur la probité humaine." Kraus fut en effet un écrivain hors pair et un lutteur passionné. Walter Benjamin voyait en lui une "combinaison d'enfant et d'anthropophage" rassemblant toutes ses énergies pour combattre l'opinion et le langage standardisés. Il sut aussi donner toute la mesure de son génie dans Les Derniers Jours de l'humanité, ce drame gigantesque sur la Première Guerre mondiale où il brasse et mime tous les langages de la société. " Si les Anciens disaient que la poésie naît de l'étonnement devant la vie, la satire de Kraus naît de la stupeur devant l'infamie. Nul n'a été un défenseur de chaque victime à 1'égal de Kraus, et c'est là sa grandeur ineffable", observait naguère Claudio Magris. Sans rien celer des complexités propres à sa personnalité et à son oeuvre, ce numéro d'Europe nous conduit à la rencontre d'un écrivain aussi actuel qu'intempestif.
Né en 1913 à Bucarest, Ghérasim Luca parlait roumain, français, allemand et yiddish. En 1962, dix ans après son installation à Paris, il notait pour lui-même cette proposition paradoxale et forte : "Je suis 1'Etranjuif". Il attendit en effet la fin des années quatre-vingt pour abandonner son statut d'apatride, obligé qu'il était de régulariser ses papiers d'identité. Son suicide, le 9 février 1994 dans la Seine, est venu comme rappeler non seulement qu'il se considérait comme définitivement "hors la loi", mais aussi qu'il avait toujours dansé sur la corde. Ses oeuvres pleines de sa vie et sa vie entièrement consacrée à ses oeuvres en témoignent toujours puisque sa danse continue à entraîner, à encourager et même à enflammer ici et ailleurs, à la fois douloureusement et de manière jubilatoire, en inventant multiplement "une littérature impossible de tous côtés". Ghérasim Luca est bien un de nos grands intempestifs ! Surréaliste roumain, fabricant de "cubomanies" et de livres d'artistes méticuleusement réalisés, ami de Victor Brauner, de Wilfredo Lam et de quelques autres peintres majeurs, poète sonore ou plutôt "récitaliste" faisant de la voix un prolongement du corps, Ghérasim Luca ne peut en réalité s'accorder avec une telle addition que d'aucuns compléteront forcément... sans jamais pouvoir en faire le tour. Car ses oeuvres et sa vie sont placées sous le signe d'un perpétuel débordement. Elles font un tourbillon dans le fleuve de notre devenir, tant du point de vue du poème que plus généralement des arts et du langage. "Le plus grand poète français, mais justement il est roumain, c'est Ghérasim Luca", disait Gilles Deleuze. A ses yeux, Luca était de ceux qui inventent "des vibrations, des rotations, des tournoiements, des gravitations, des danses ou des sauts qui atteignent directement l'esprit". Amour, humour, politique, éthique et poétique étaient indissociablement liés chez ce forgeur sauvage et subtil qui écrivait : "tout est irréalisable dans l'odieuse /société de classes, tout, y compris l'amour/la respiration, le rêve, le sourire /l'étreinte, tout, sauf la réalité /incandescente du devenir".
Seule entre tous les arts, et dans un instant indivisible de vision, l'architecture charge notre âme du sentiment total des facultés humaines", affirmait Paul Valéry. Le terrain sur lequel se propose de s'aventurer ce numéro d'Europe est celui des relations entre architecture et littérature. Il s'agit d'un domaine qui ne se prête guère à des délimitations simples ou à des cartographies sommaires. On en retire plutôt l'impression d'un archipel, ou peut-être d'une constellation de situations qui attestent de l'existence de ces rapports selon des modalités nombreuses, complexes et nuancées, mais sans qu'elles forment un paysage que la pensée embrasserait d'un seul tenant. Comme l'a noté David Spurr, "chacune à sa façon, l'architecture et la littérature sont potentiellement les formes artistiques les plus illimitées dans leur compréhension de l'existence humaine, et ce fait justifie à lui seul la tâche qui consiste à les mettre en relation l'une avec l'autre". Si chacun de ces deux arts procède nécessairement de façon autonome et relève de temporalités et modes de création distincts, il n'en demeure pas moins que comparaison, parallélisme, correspondances et interférences sont autant de termes qui expriment la diversité des liens entre l'architecture et la littérature. A cet égard, le présent numéro d'Europe ouvre des perspectives passionnantes. D'Italo Calvino à Georges Perec, de Jean-Christophe Bailly à Jean-Paul Goux, de Fernand Pouillon à Paul Andreu, d'Alain Robbe-Grillet à Peter Eisenman, de Paul Valéry à Le Corbusier ou encore de Paul Celan à Daniel Libesldnd, les interactions et les écarts entre architecture et littérature nous offrent ici l'opportunité d'une réflexion audacieuse et féconde.
Un artificier de la création, un homme rare parmi les poètes et les artistes de son époque : tel est le jugement que portait Apollinaire sur Pierre Albert-Birot en 1917. Venu tard à la poésie, après une première carrière de peintre et de sculpteur et une longue période d'insatisfaction, Pierre Albert-Bicot (1876-1967) fut un infatigable expérimentateur. Tour à tour éditeur, imprimeur, homme de théâtre, scénariste, mais avant tout et partout poète, il fut l'auteur d'une oeuvre à bien des égards pionnière. Fondateur de la revue SIC (1916-1919), il y accueillit les créateurs les plus audacieux de son époque : Apollinaire, Soupault, Reverdy, Tzara, Picasso, Zadkine... Dans son oeuvre personnelle, il innova dans des domaines aussi variés que la poésie visuelle (poèmes-affiches, poèmes-pancartes), la poésie sonore (poèmes à crier et à danser), le théâtre (pièces pour marionnettes, théâtre circulaire) ou le cinéma avec ses ciné-textes poétiques. Il s'illustra dans le haïku comme dans l'épopée, avec son Grabinoulor, une coulée de près de mille pages sans aucun signe de ponctuation... En éclairant sous de multiples facettes le parcours peu commun de ce créateur joyeusement moderne, ce cahier d'Europe nous invite à prendre la mesure d'une création démultipliée, au confluent des avant-gardes. L'oeuvre de Claude Cahun (1894-1954), méconnue de son vivant, fut progressivement révélée à partir de la fin des années 1980. L'intérêt qu'elle suscita ne cessa de s'amplifier. Elle occupe à présent une place de tout premier plan, non seulement dans le grand récit de la modernité mais à la pointe des débats contemporains. Les problématiques autour desquelles elle se constitue, les moyens qu'elle mobilise et dont l'étendue est impressionnante - littéraires, photographiques, scéniques, plastiques -, voilà qui allait trouver ces vingt dernières années une résonance exceptionnelle. Ce dossier, tout en restituant rare image assez complète de l'esprit qui anime Claude Cahun, met l'accent sur deux aspects qui ont bénéficié de quelques enrichissements : le milieu relationnel dont l'influence fiai formatrice, et la contribution aux "arts du spectacle" (théâtre, cinéma). Il apporte également des précisions sur la démarche photographique de Claude Cahun, certainement l'une des plus étonnantes de sa génération et, aujourd'hui, des plus commentées. Par ailleurs, une correspondance inédite avec André Breton nous plonge au coeur de sa résistance active à l'occupation nazie, dans l'île de Jersey où elle s'était retirée avec sa compagne, Suzanne Malherbe.