Europe N° 969-970, Janvier-Février 2010 : Jean-Luc Lagarce
Dobzynski Charles ; Para Jean-Baptiste
REVUE EUROPE
18,50 €
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EAN :9782351500309
Jean-Luc Lagarce (1957-1995) est aujourd'hui l'auteur contemporain le plus joué dans nos théâtres. Méconnue de son vivant, son oeuvre est désormais traduite en plus de vingt langues et connaît un rayonnement international. Il y a chez Lagarce, dans l'écriture comme dans l'amour, une nécessité artistique et existentielle de n "accéder à ce qu"on appelle la réussite qu "à travers une longue et profonde expérience de l'échec. Et si, de tentative en tentative, l'échec de l'art se transformait en un art de l'échec? Entendons: en une mise en échec, en un travail de démolition de toutes les règles du bien-écrire pour le théâtre." Échouer mieux ", pour reprendre le mot de Beckett... Lagarce n'hésite pas à frôler le précipice de l'informe. Écrivain-rhapsode, il pratique la vivisection dans la chair du drame. Il coupe et découpe, puis recoud. La profonde originalité de ses pièces tient pour une large part à cette continuité-discontinuité. De la situation dramatique classique telle qu'elle structure une scène, au sens traditionnel, et permet le développement d'un conflit, l'art tout en évitement et en détours de Lagarce nous déporte vers ce que Roland Barthes appelle une" situation de langage ". La parole itérative, tout en repentirs, rétractations et autocorrections des personnages de Lagarce, couvre tout le prisme, très large, de son théâtre. Un autre caractéristique majeure de son art tient au point de vue qu"il adopte sur l'action dramatique: "Etre déjà mort et regarder le monde avec douceur". Si le drame traditionnel est un art du présent, d'un présent qui fuit en avant vers la catastrophe, et si le roman est un art du passé, le drame lagarcien, où la narration a barre sur l'action, fait constamment remonter le passé dans le présent. Ici, "mort déjà" signifie plus-que présent, libre d'évoluer entre présent, passé et futur. Dans sa mise en tension de l'intime et du politique, ce théâtre est ouvert à la Multitude. "Oser chercher dans son esprit, dans son corps, les traces de tous les autres hommes." Telle est la réussite du théâtre de Lagarce que l'échec personnel à vaincre la séparation et à trouver l'amour fusionnel s'y résout in extremis en amour transpersonnel de l'humanité dans son ensemble. Amour sans mièvrerie ni complaisance. Juste ce qu Aristote désignait comme la vocation de la poésie dramatique: dégager et exalter "le sens de l'humain"
Nombre de pages
379
Date de parution
05/01/2010
Poids
442g
Largeur
130mm
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EAN
9782351500309
Titre
Europe N° 969-970, Janvier-Février 2010 : Jean-Luc Lagarce
Auteur
Dobzynski Charles ; Para Jean-Baptiste
Editeur
REVUE EUROPE
Largeur
130
Poids
442
Date de parution
20100105
Nombre de pages
379,00 €
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Cette poésie est l'impressionnant témoignage d'une vocation, d'une histoire, d'un destin collectifs. Les tragédies qu'elle a vécues l'ont terriblement éprouvée, sans la détruire. Elle demeure, pour des millions d'hommes, un patrimoine, pratiquement inconnu en français, que le poète Charles Dobzynski nous révèle après des années de recherche et de travail. Les quatre-vingt-douze poètes qu'il a traduits et réunis, dans l'ordre chronologique, forment le panorama représentatif d'une prodigieuse aventure littéraire dont les «foyers» se situent simultanément en Europe, en Amérique et en Israël.L'unité acquise de la langue - dans laquelle se sont fondus de multiples apports - relie la floraison des écoles, des styles, des tempéraments. La vitalité de cette poésie ne laissera pas de surprendre : lyrique, épique ou narrative, tantôt d'inspiration sociale ou philosophique, tantôt s'attachant à l'expérimentation, elle s'épanouit par des mutations et découvertes successives, passe du populisme aux inventions des Inzikhistes, aux élans frénétiques des expressionnistes. Le sens de l'humour et le sens du tragique, le mysticisme et le réalisme, l'ironie et la tendresse, expriment tour à tour la sensibilité profonde d'un peuple qui nous a légué ce trésor du chant comme un miroir de son âme.
L'oeuvre littéraire de Charles Dobzynski s'aventure en des chemins si variés (poésie, nouvelles, romans, essais, traductions) qu'un des intérêts du recueil de récits La Hantise du lieu est de le saisir avant la distinction des genres. Les lieux, on le sait, sont révélateurs. Qu'il s'agisse du bois de Vincennes, d'un village dans le Hainaut, du domaine hindou, d'un café littéraire sur les grands boulevards, d'Aden, de Dieppe ou du XIXe arrondissement, ils nous renseignent à profusion sur l'écrivain qui les fréquente car c'est en eux que s'est incrustée la mémoire du passé, des amis, des voyages, des illuminations, des peurs et des choix de l'existence.C'est donc à une espèce d'autobiographie morcelée que nous convie Charles Dobzynski dans La Hantise du lieu, voyages dans des espaces et dans son temps.
Plus de soixante-dix ans après la mort de Colette (1873-1954), alors que son oeuvre fait son entrée dans le domaine public, le moment est venu de reconsidérer la place singulière qu'elle occupe dans notre histoire littéraire et culturelle. Il se pourrait que Colette nous parle aujourd'hui plus que jamais. Eprise de liberté, c'est de haute lutte qu'elle acquit son indépendance. Cette liberté de penser, d'agir, de sentir permit à Colette d'offrir à notre littérature de nouveaux personnages de femmes et d'aborder en pionnière des thèmes jusqu'alors ignorés des romanciers de son temps. Avec Claudine, première héroïne moderne de notre littérature, elle invente la jeune femme farouche qui donne à toutes les femmes une voix, et aussi un regard singulier. Lire Colette, c'est rebattre les cartes du jeu amoureux, jouer avec les normes, faire éclater les cadres. C'est aussi inquiéter les certitudes dans lesquelles nous baignons. Son oeuvre tire sa sève de son enfance, si proche d'un paradis dont la perte la hanta toute sa vie. Mais sans naïveté et simplement dans la mesure où cette enfance fut un état de communion privilégiée avec la nature environnante. Il faut dire que Sido, sa mère, manifesta et lui enseigna un respect profond du vivant : vigilance, scrupule, responsabilité. Aussi, très tôt, Colette embrassa ce qu'on ne nommait pas encore la cause animale. Le monde de Colette, c'est le nôtre, mais perçu à travers toute la richesse de ses sens. Pour une large part, son génie aura été de transcrire cette expérience sensorielle dans un style unique. L'art de Colette est un art de la synesthésie et de la matérialité, un art de la surprise et de l'émerveillement qui donne chair aux mots. Dans une époque où nos liens avec la nature se sont défaits et où la puissance de mort semble prendre le pas sur la puissance de vie, lire, relire Colette aujourd'hui pourrait bien être un acte salutaire.
A l'évocation du nom de Samuel Beckett (1906-1989), ce sont les silhouettes de deux clochards dépenaillés et magnifiques qui viennent immédiatement à l'esprit. En effet, pour la postérité, Beckett restera avant tout l'auteur d'En attendant Godot. Et plus généralement un auteur dramatique. Il faut dire que la première représentation de cette pièce, en 1953, a été l'occasion d'une des plus grandes déflagrations de l'histoire du théâtre. Beckett s'est imposé très vite comme l'initiateur d'un théâtre d'un type nouveau, dont l'ambition serait désormais de faire voir l'invisible. Il refuse un art qui se contenterait d'être, comme le théâtre traditionnel, représentation. Le théâtre nouveau devient, avec Beckett, un art de la pure présence. A chaque nouvelle pièce, il aura tenté de réaliser toujours mieux cette ambition. On peut trouver étrange, pourtant, de réduire ainsi une oeuvre immense et protéiforme, solitaire s'il en est, bilingue de plus, faite de nouvelles et de romans, de pièces de théâtre d'envergure et de "dramaticules" , de proses au statut parfois incertain et de poèmes sans pareils. Et d'une correspondance immense. C'est oublier, en particulier, que Samuel Beckett a inventé un langage romanesque nouveau où l'humour et la dérision ont leur place en même temps qu'un certain tragique de l'écriture. Et, dans tous les genres qu'il a abordés, se dessine un nouveau rapport aux personnages. Ceux-ci en effet, chez Beckett, soumis à un dépouillement toujours plus grand, sont pris dans des corps vus davantage comme des obstacles que comme des possibilités. Dans cet état de délabrement, ce qui demeure, c'est la parole. Une parole loin de toute forme de communication, mais qui permet bien plutôt à l'être de se manifester. Le présent numéro d'Europe propose des approches nouvelles et originales sur une oeuvre qu'on ne finira jamais, à chaque lecture, de redécouvrir. Une oeuvre en laquelle on a pu voir avant tout "une épopée du langage, une aventure de mots" . Textes de Robin Wilkinson, John Banville, Jean-Michel Rabaté, Thierry Robin, Gabriel Josipovici, Jean-Michel Gouvard, Llewellyn Brown, Stanley E. Gontarski, Matthieu Protin, Barbara Bray, Marek Kedzierski, Mégane Mazé, Maylis Besserie, Denis Lavant, Alice Clabaut, Judy Hegarty Lovett, Hélène Lecossois, Pascale Sardin, Yann Mével.
Rainer Maria Rilke est né en 1875 à Prague, d'une ancienne famille carinthienne dont il était le dernier représentant. Après une enfance triste et inquiète, enfin sorti de l'Ecole des Cadets à laquelle son père, officier, l'avait condamné, c'est une vie de voyages qu'il commence. Découvertes de l'Italie, de la Russie dont il apprend la langue. Stations à Worpswede où vit un groupe de peintres paysagistes et où il rencontre Clara Westhoff Séjours à Meudon où l'attire la protection amicale de Rodin, à Paris où il fait la connaissance de Gide et de Verhaeren dans les Baux où l'enchante le pur paysage provençal. Voyages encore et toujours en Suède, à Rome, à Venise, en Belgique, au Danemark, en Egypte, en Dalmatie, en Espagne enfin - jusqu'à la guerre qui déchire en lui des fibres secrètes et le condamne à des années d'immobilité et de silence... Dans la solitude de la campagne valaisanne, il s'affranchit peu à peu du long cauchemar et remet sur le métier ses plus purs poèmes, les Elégies, conçues et commencées dès 1913 dans le petit château de Duino, où le bruit monotone de l'Adriatique, qui venait en battre les fondations, lui avait prêté ses rythmes les plus amples. Il vient de traduire les poèmes de Paul Valéry et - don aimable et imprévu - d'accorder sa a petite lyre u avec les mots les plus clairs de la langue française, lorsque, à l'âge de cinquante-deux ans, la mort l'enlève à une gloire européenne qu'il ne redoutait même plus, tant il avait fini par en faire peu de cas. Au commencement de Rilke était la poésie, et à sa fin encore, chaque parole qu'il prononçait, en était chargée. Mais entre ces deux poésies se place une vie riche en expériences intimes, en souffrances qui peu à peu épuisèrent une âme et un corps sensibles à l'excès, en lune avec tous les démons du coeur. " Car les vers ne sont pas des sentiments (on les a toujours assez tôt) mais des expériences..."