A la fin des années 1920 naît la première organisation antiraciste française, la Ligue internationalecontre l'antisémitisme (LICA, actuelle LICRA). Ciblant d'abord les manifestations antijuives quisurviennent en Europe centrale et orientale, elle doit très vite affronter la résurgence del'antisémitisme dans une France où on le croyait à tort éteint, et faire face à un défi sans précédent, lenational-socialisme. Dans le contexte tourmenté des années 1930, les militants de la LICA invententune doctrine et se dotent de moyens d'action. A côté des batailles rangées contre leurs adversaires, duboycottage des dictatures et d'une propagande véhémente, ils définissent un projet politique visant àdonner une dimension institutionnelle à l'antiracisme dans la France républicaine.S'appuyant sur des fonds d'archives inédits et considérables ? dont les archives internes de la LICArapatriées de Moscou au début des années 2000 ?, Emmanuel Debono retrace l'histoire des pionniersdu militantisme antiraciste en France, avant que la défaite de 1940 ne plonge leur idéal dans lesténèbres. Il décrit un phénomène polymorphe s'exprimant sans entrave jusqu'au décret-loi d'avril 1939obtenu à force de militantisme, qui tente pour la première fois de restreindre les manifestations duracisme. Il met en lumière l'attitude des pouvoirs publics, celle des élites politiques et intellectuelles,en métropole comme en Afrique du Nord, face à des démonstrations de haine souvent minimisées. Ilpose aussi les limites et les paradoxes d'un militantisme qui doit construire sa légitimité dans le longterme tout en menant avec une énergie farouche les combats du moment.