Ne pas mourir, ou, autrement dit: ne pas céder à la menace, toujours présente, d'extinction de soi. Lié à l'enregistrement du temps et à la restitution de son empreinte, le cinéma n'est-t-il pas voué à se saisir de cette exigence? Si la question concerne chacun en tant qu'elle est le point de butée de toute existence, elle se pose aussi en termes éminemment politiques: quelle action, quelle stratégie, quel ressaisissement adopter, pour sortir du sentiment d'impuissance, du désarroi, de la peur, pour qu'encore puissent s'ouvrir des brèches dans la réalité? La formule ne concerne pas uniquement les personnages pris dans des situations de survie (tels les amants des films de Jean Cocteau), elle est aussi celle adressée aux vivants: ne pas mourir est alors à envisager comme l'expression d'une lutte, d'une levée, d'une résistance. Une résistance qui se manifeste autant dans la vitalité romanesque du cinéma de François Truffaut que dans les malices de Charlot; autant dans la lutte acharnée de Frankenstein pour ramener les morts à la vie qu'à travers les déambulations enjouées et inquiètes de Nanni Moretti dans Journal intime. Ce n'est pas tant qu'il ne faut pas mourir, c'est qu'il faut ne pas mourir. Le cinéma de Béla Tarr constitue un autre exemple de cette résistance. L'art avec lequel il renouvelle le "temps scellé" tarkovskien, dont on croyait l'alchimie perdue, vaut comme un défi lancé à la domination croissante de "l'éternel présent". L'iconographie mélancolique et l'autarcie formelle de son cinéma s'imposent comme une résistance intempestive au temps qui passe, elles viennent hanter notre époque, révéler son inconsistance et sa désagrégation. La rétrospective intégrale que le Centre Pompidou consacre au cinéaste hongrois du 3 décembre au 2 janvier 2011, dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, est l'occasion pour Vertigo de lui porter l'attention qu'il mérite.
Nombre de pages
126
Date de parution
12/10/2011
Poids
466g
Largeur
210mm
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EAN
9782355260841
Titre
Vertigo N° 41 : Ne pas mourir
Auteur
Dacheux Michaël ; Duszynski Fabienne
Editeur
NOUVELLES LIGNE
Largeur
210
Poids
466
Date de parution
20111012
Nombre de pages
126,00 €
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Si les années 80 alimentent aujourd'hui citation nostalgique et imaginaire vintage, l'histoire qu'elles ont tramée nous renvoie à une réalité sociopolitique dont l'héritage et le souvenir demandent à être interrogés. La décennie 1980 a en effet inauguré un tournant, esthétique et politique, marquant l'avènement d'un état d'esprit propice à l'expansion de normes se voulant objectives et rassurantes, au détriment d'un espace accordé à de possibles marges déstabilisantes. Situation dont Le Pont du Nord, de Jacques Rivette, livrait, en 1981, un précipité éclairant. Considérer de près ce que le cinéma a enregistré, imaginé, montré de cette époque; revenir sur les mutations structurelles dont il fut à la fois l'objet et l'agent, tel est ce que nous avons tenté ici: évolution des cinéastes du Nouvel Hollywood (Coppola, Spielberg, Friedkin); usage publicitaire de l'image et quête d'une distinction face à la télévision toute puissante (Carax); mélancolie du discours sur la "mort du cinéma" (Wenders, Godard); nouvel accès et rapport domestique aux images par la généralisation de la VHS. Quelques films phares (ceux de Pialat, Une chambre en ville de Demy, Gin ger et Fred de Fellini...), nous ont guidés pour élucider ce que les transformations de l'époque ont construit, et la manière dont celles-ci nous renseignent sur notre présent. C'est au cinéaste japonais Sion Sono, dont Guilty of Romance est récemment sorti en France, qu'est dédiée la dernière partie de ce numéro. De son premier long-métrage Bicycle Sighs (1990), à Himizu, présenté à Venise en 2011, Sion Sono aura alterné productions ultra-indépendantes et films commerciaux relevant du cinéma de genre. Avec son dernier film, Land of Hope, qui prend place parmi les ruines du tsunami et aux alentours de Fukushima, Sion Sono poursuit une oeuvre s'attachant à retranscrire de façon crue et bouleversante le Japon contemporain.
L'utopie n'est pas morte. Elle s'est transformée. L'économie solidaire est l'exemple le plus abouti de cette nouvelle utopie. Quels sont les problèmes de communication que rencontrent militants et élus cherchant à promouvoir ce projet de société ? Cette étude s'intéresse à l'utopie confrontée au réel et au réel en panne d'utopie et constitue une vision originale de la démocratie au XXIe siècle.
La singularité du crime nazi dans l'Histoire est aujourd'hui connue sous le nom d' " Auschwitz ". Mais qu'en est-il exactement de cette singularité, qu'en est-il de la pensée de cette singularité ? Le propos de cet ouvrage est d'interroger des textes théoriques contemporains - philosophiques (Philippe Lacoue-Labarthe et Alain Badiou, mais aussi Martin Heidegger et Hannah Arendt), mathématiques (Jean-Yves Girard), psychanalytiques (Daniel Sibony), idéologiques ou antiphilosophiques (Eric Marty, Alain Finkielkraut, Jean-Claude Milner) - dans lesquels est abordée la question de la singularité d' " Auschwitz ".
La deuxième conférence internationale sur le sens et l'usage du mot " communisme ", organisée à l'initiative d'Alain Badiou et de Slavoj Zizek, s'est tenue à la Volksbühne de Berlin au mois de mars 2010.Après le succès de la conférence inaugurale de Londres, l'année précédente, il s'agissait cette fois d'ouvrir les débats à l'expérience et à la réflexion de philosophes venus d'autres régions du monde, et en particulier des pays de l'ancien bloc soviétique. Leur apport à la définition d'une idée renouvelée du communisme contribue ici de façon déterminante à ce que ce mot retrouve sa place et son aura dans les débats philosophiques qui touchent au problème de l'émancipation. " On le verra, toutes les interventions sont tendues entre deux périls. Le premier est qu'au nom de ce qu'a comporté de Terreur la figure des Etats qui s'en sont réclamé au XXe siècle, on finisse par ne réhabiliter le mot "communisme" qu'au prix d'une idéalisation totale de sa signification, éloignée de tout principe de réalité [ ... ]. Le second est qu'au nom des réalités politiques et économiques contemporaines [...], on finisse par faire du mot "communisme" l'index noble d'un opportunisme activiste ".
Si "barbare" est le nom d'une force envahissante, catastrophique, capable de faire razzia sur tout ce qui se présente sur son passage, alors le déploiement des capacités de production que le capitalisme opère en faisant du profit la règle de ses agissements est barbare. Il l'est parce que, s'étendant, il atteint et occupe le tout du monde, non seulement les espaces et les paysages, mais encore les pensées, le langage, les significations, bref la psychè, qu'elle soit individuelle ou collective. Félix Guattari proposa en son temps de lui opposer non pas exactement une écologie, mais une écosophie. Cette écosophie d'une part élargit la notion d'environnement, d'autre part fait valoir celle de mutation. Tel est encore l'enjeu : non pas se replier sur des formes de vie plus ou moins datées, non pas soutenir l'imaginaire d'une proximité avec une nature plus ou moins mythifiée, mais essayer des agencements. Ces mutations ne sont pas imposantes. Elles sont d'abord des essais mineurs. Pour les repérer et les penser, il faut changer l'échelle du regard et le registre des paroles. Dans les années trente du XXe siècle, un autre penseur, Walter Benjamin, considérant que la catastrophe n'était pas à venir mais déjà là, posait que "la tâche" , comme il disait, n'était pas de sauver un monde paradoxal puisqu'à la fois surabondamment muni, empli de productions de toutes sortes et pour cette raison même consommé et dévasté, oublié même comme monde. Elle impliquait qu'on accepte de faire le vide dans une époque où l'information avait remplacé l'expérience. Ce n'était ni pour aller dans le sens de cet "effroyable déploiement de la technique" qui avait "plongé les hommes dans une pauvreté tout à fait nouvelle" , ni, à l'inverse, pour restaurer ou rétablir un monde dont les conditions n'étaient plus réunies, mais pour faire valoir la décence du peu, "voir partout des chemins" , "déblayer" pour rendre ces chemins accessibles et "se mettre à leur croisée" . Ainsi ne s'agissait-il pas de dresser des murs ni des défenses supplémentaires. De même aujourd'hui, la question n'est pas que nous trouvions des munitions mais des ressources, c'est-à-dire à nouveau des sources, dont, quel que soit leur lieu, nous pourrions nous nourrir à moindres frais et dégâts et comparaître ainsi dans un espace peu à peu libéré de la domination.
André Gorz a traversé la seconde moitié du 20e siècle en témoin lucide de ses mutations économiques et sociales. Disparu l'automne 2007, il a laissé une oeuvre critique exigeante qui n'est réductible à aucun des courants poli-tiques constitués. Ses prises de position en faveur de la sortie progressive du capitalisme se fondent sur une proposition autogestionnaire très argumentée et s'articulent avec son souci précoce pour les enjeux écologiques. Car, affirmait-il, "c'est par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre". Le socialisme qu'André Gorz appelle de ses v?ux est celui qui saura faire face à l'urgence des enjeux sociaux, économiques et écologiques inédits auxquels le monde est aujourd'hui confronté. Le présent ouvrage, conçu comme un hommage, est également le premier à proposer un regard sur l'existence et l'?uvre entières d'André Gorz.