Comme nous le rappelle l'affaire Salman Rushdie, la censure continue de s'en prendre aux romans et aux romanciers. Certes, elle a tendance à perdre de sa rigueur en Europe et aux Etats-Unis depuis le XVIIIe siècle, notamment pour les romans traitant de sujets religieux ou politiques, mais elle n'a pas disparu en ce qui concerne les romans possédant un contenu sexuel important, la justice française ayant même fait interdire Lolita de Nabokov en 1956. Le roman moderne, psychologique et sentimental par définition, social accessoirement, a toujours cherché à parler du sexe ; le sujet étant risqué, les romanciers durent inventer une multitude de stratégies narratives plus ou moins sophistiquées pour rendre leur texte acceptable à un large public et se préserver des critiques que l'on pouvait adresser à leurs personnages ou à leurs narrateurs. Le présent ouvrage examine quelques romans célèbres parus ces trois derniers siècles et qui ont un contenu sexuel explicite, comme L'Académie des dames, Tristram Shandy, Madame Bovary, L'Amant de Lady Chatterley, Ulysse ou Lolita, et analyse les procès dont ils ont fait l'objet ; il montre le lien structurel qui existe entre la censure en matière sexuelle et l'innovation en matière stylistique et met l'accent sur l'immense mauvaise foi dont font preuve tous les protagonistes impliqués dans la circulation du livre, depuis l'auteur jusqu'au lecteur, en passant par les éditeurs, les pouvoirs publics, la justice et la critique. Cet ouvrage constitue le second volet d'une étude sur l'interaction auteur-lecteur en milieu romanesque, le premier étant constitué par La Figure de l'auteur paru en 1995.
Nombre de pages
254
Date de parution
01/11/1998
Poids
330g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782876732285
Titre
Roman et censure ou La mauvaise foi d'Eros
Auteur
Couturier Maurice
Editeur
CHAMP VALLON
Largeur
140
Poids
330
Date de parution
19981101
Nombre de pages
254,00 €
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Nabokov aurait-il pu écrire Lolita en français? De fait, le mirage de la Côte d'Azur est omniprésent tout au long de ce roman paru pour la première fois en France, où il fut censuré?Le romancier a prétendu qu'il aurait pu être « un grand écrivain français ». Les vicissitudes de l'histoire en ont décidé autrement. Grand admirateur de Ronsard, Flaubert ou Verlaine, il était passionnément attaché à la langue française, plus douce à son oreille que sa langue maternelle, le russe, et que sa langue d'adoption, l'anglais. Le mot français « plaisir » lui semblait distiller un « supplément de vibrato spinal » par rapport à son équivalent anglais. C'est ainsi qu'il écrivit plusieurs textes en français, qu'il choisit de passer les dernières années de sa vie en Suisse, à Montreux, ville francophone, et que, tel un phalène attiré par la lumière, il ne cessa jamais de revenir en France. Bien entendu, Maurice Couturier n'a pas la prétention de faire entrer Nabokov dans le panthéon de la littérature française, mais il montre ici ce que son oeuvre doit à la langue et à la littérature française, ainsi qu'au paysage naturel ou culturel de la France. On trouvera également dans cevolume la réédition du premier article écrit et publié en 1931 par Nabokov dans notre langue.
Le petit carnet rouge offert par la jeune fille à l'enfant de trois ans est-il pure fiction ? La mère le prétendait. L'auteur de ces pages, convaincu du contraire, fait revivre toute une société paysanne rude et grégaire mais chaleureuse, soumise quotidiennement à la loi et au rythme imposé par une église despotique et puritaine, société peu cultivée qui n'est pas loin de penser que la fréquentation trop assidue des livres peut rendre fou.
L'aguicheuse nymphette de Nabokov, devenue un type littraire au mme titre que la Bovary de Flaubert, sduit des millions de nouveaux lecteurs chaque anne dans le monde, tout en continuant de provoquer la colre des puritains. Humbert Humbert, picaro des temps modernes, manipule le double langage avec une virtuosit dsarmante : il s'accuse dans vergogne des fautes qu'il a commises en tant que protagoniste l'gard de Lolita, mais s'ingnie par ses prouesses d'criture gagner l'admiration, voire la complicit de son lecteur. Le prsent ouvrage, tout en prsentant un dossier complet sur ce prodigieux roman et en apportant les annotations ncessaires sa comprhension, analyse la logique de ce double langage ; il dmonte les mcanismes paradoxaux de l'interaction auteur-narrateur-lecteur et le jeu crois de leurs dsirs respectifs. Maurice Couturier approfondit ainsi la rflexion mene dans ses livres prcdents, notamment Textual Communication, Nabokov ou la tyrannie de l'auteur et La Figure de l'auteur.
Tenant des carnets (un journal ?) depuis la jeunesse, je n'y ai jamais écrit que par spasmes, par bouffées, et dans une sorte d'état d'urgence. Brusques afflux de souvenirs, rêves ou lectures pareillement commentés, ce double qui n'a cessé de m'accompagner est bien aussi projet, que le livre entrevu ait abouti ou non, et interrogation sur ce projet même. Aussi m'a-t-il semblé que je ne pouvais extraire des fragments de ce long flux tout ensemble intermittent et proliférant sans tenter d'y introduire au moins un fil d'Ariane. Si le thème de la mémoire, chez l'être de souvenir qu'est, par définition presque, l'autobiographe, s'est imposé à moi, c'est que la mémoire m'est longtemps apparue comme la dépositaire de l'être même. Souvent, il va sans dire, ces plongées ou ces visitations fortuites s'accompagnent d'une réflexion sur la littérature. Au naïf émerveillement des premières années ici retenues - contemporaines de L'Adoration et s'aventurant à tâtons vers Le Retour - succède assez vite un soupçon qui, dû pour la plus grande part à la cruelle expérience de la mère internée, et qui va s'accusant dans ces pages mêmes, est tout près de s'en prendre au chant longtemps tenu pour " doré " d'une mémoire qui, par places traversée de nostalgie, entend bien pourtant ne se confondre avec aucun " passéisme ", sans cesse au contraire jouaillé, dénoncé que, pratiquement dès le début, est ce dernier. " J. B.
Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s'animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d'une baraque abandonnée, se répondent et s'affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d'outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu'en un rêve où l'on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d'un café ...