À l'heure où un dictateur sinistre profère des menaces de mort contre l'état d'Israël qui célèbre ses soixante ans, nonna s'efforce de transmettre à son petit-fils Nathan une part de son héritage familial. Ecoute Nathan, l'apostrophe fait écho au Shema Yisrael - Ecoute Israël - de la prière quotidienne des Juifs (Deut. 4, 6). Pourtant c'est à une écoute toute laïque de passages bibliques que cette grand-mère convie son petit-fils, l'entraînant dans un voyage initiatique qui l'immerge dans l'histoire, les rites, et les villes d'Israël. Elle fait vivre devant lui les membres emblématiques de sa propre famille, tant il est vrai que "la famille est l'histoire juive écrite en petit" (Aharon Appelfeld). Biographie de l'auteur Sylvie Courtine-Denamy, philosophe, spécialiste d "Hannah Arendt, est chercheur associée à l'École Pratique des Hautes Études. Elle a reçu le prix Alberto Benveniste pour la culture séfarade en 2002 pour son précédent récit, La Maison de Jacob. Son prochain livre, La quête des racines célestes, est consacré à Simone Weil."
Nombre de pages
197
Date de parution
15/01/2009
Poids
215g
Largeur
135mm
Plus d'informations
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EAN
9782296069046
Titre
Ecoute Nathan. Promenade en Eretz Israel
Auteur
Courtine-Denamy Sylvie
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
135
Poids
215
Date de parution
20090115
Nombre de pages
197,00 €
Disponibilité
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Pour incarner la décennie des " sombres temps " brechtiens (1933-1943), Sylvie Courtine-Denamy a choisi trois figures féminines, juives et philosophes : Edith Stein, disciple de Husserl et auteur de La Science de la Croix, qui périt à Auschwitz en 1942 ; Hannah Arendt, élève de Heidegger et de Jaspers, auteur de Eichmann à Jérusalem, éveillée à l'histoire et à la politique par l'avènement de Hitler au pouvoir ; Simone Weil, auteur de La Pesanteur et la Grâce, animée d'un antijudaïsme farouche et qui hésite pourtant sans fin sur le seuil de l'Église catholique. Engagées, les trois grandes philosophes du XXe siècle s'efforcèrent de penser l'événement : le fascisme, l'impérialisme, l'antisémitisme, le totalitarisme, mais aussi les rapports du politique et de la religion, illustrant la formule de Hannah Arendt selon laquelle " on est ce que l'on vit ". Contraintes à l'exil, il leur faudra, alors, non plus seulement " comprendre " une réalité monstrueuse, mais tenter de faire la paix avec elle.
Sans langue maternelle l?homme est infirme", écrit le grand romancier israélien Aharon Appelfeld. Chassés d?Allemagne par le nazisme et condamnés à l?exil, un grand nombre de philosophes, d?écrivains et de poètes juifs furent du même coup expulsés de leur langue, l?allemand. Comment ces représentants d?un peuple sans terre pour lequel, le mot, à défaut du Livre en cette époque sécularisée, est désormais peut-être la seule patrie relevèrent-ils le défi de ce double exil ? Le 14 mai 1948 une nouvelle nation, Israël, vit le jour. Une langue, un peuple ! proclama David ben Gourion, et nombreux sont ceux qui, comme E. Levinas, saluèrent le retour de l?hébreu d?un long exil. Un hébreu réinventé, sécularisé, qui imposa sa suprématie sur les autres langues juives interdites de séjour (le yiddish, le djudezmo) et englouties par la Shoah. Pourtant, aucun de nos écrivains n?opta pour le nouvel État. Peu d?entre eux ayant fait l?effort d?apprendre cette langue, ils choisirent ainsi de demeurer en diaspora. Notre essai se focalise sur ces deux langues privilégiées : l?allemand et l?hébreu.
Philosophe - mais historienne ici à sa façon, et " raconteuse " d'une belle histoire -, Sylvie Courtine-Denamy retrace l'itinéraire d'une famille juive (la sienne) jadis chassée d'Espagne par l'Inquisition et qui réussit à tenir dans l'exil. " Zakhor !... Souviens-toi ! " avait lancé Jacob à sa fille. Celle-ci n'oubliera pas l'injonction. Elle va consacrer de longs jours à l'étude de ce qui fut le passé des siens : une enquête patiente, serrée, avide de toutes les précisions, car la vie loge indifféremment dans les grandes et les petites choses. Ainsi s'en revient-elle dans la ville de Castille que les siens ont quittée il y a tout juste un demi-millénaire. Cuenca : c'est devenu leur nom, comme si l'identité se confondait, pour eux, avec la privation de l'origine. Elle refait le chemin de ceux qui sont partis et que l'on retrouvera plus tard à Salonique, Constantinople, Varna, Vienne, Bayonne ou Paris; et plus loin encore : en Eretz Israël ou aux Amériques... Un destin semble transcender cette dispersion, qui bien souvent doit s'affronter aux vents noirs de l'Histoire, mais qui connaît aussi ses instants de bonheur solaire (on est ici entre Méditerranéens, loin du Yiddishland si souvent décrit). L'espace a beau séparer tous ces gens, un lien mystérieux, simple et fort, persiste à les unir : le goût de la langue - le judéo-espagnol -, que chacun continue de parler en famille, du Danube à la mer Egée, de l'Anatolie aux quais de la Seine. La langue, finalement, comme seule patrie.
En ce terrible XXe siècle, celui du nihilisme achevé, du déferlement technique, des totalitarismes, de la Shoah, se soucier du monde, c'est nécessairement se trouver confronté à la question du politique dans toute sa radicalité : comment penser ou refonder dans l'immanence une communauté politique et cosmopolitique, une « société bonne », dont l'unité et la cohérence demeure respectueuse de la pluralité ? C'est en confrontant les regards et les interrogations de trois protagonistes principaux qui appartiennent à la même génération - Hannah Arendt, Leo Strauss, Eric Voegelin -, que Sylvie Courtine-Denamy tire et renoue les fils de leurs dialogues respectifs, souvent tendus ou conflictuels, autour de la question : « Qu'est-ce que la politique ? » Pris tous les trois dans « l'étau théologico-politique », ils se sont attachés à dénouer puis à reproblématiser, dans l'horizon de la vie bonne et de la question du bonheur, les liens complexes entre judaïsme et histoire, religions et politiques. Puissent leurs « réponses » croisées, souvent désabusées et toujours contextualisées, ouvrir quelques pistes en ce début d'un nouveau siècle qui connaît la surenchère de tous les fondamentalistes.