La première édition de ce livre, en 1997, se présentait comme le prolongement intellectuel du travail de deuil qu'appelaient le génocide des Tutsi et les massacres d'opposants hutu perpétrés au Rwanda en 1994, mais aussi les massacres commis au Burundi en 1993. Seuls les chapitres généraux de la première édition ont été gardés, complétés par une conclusion actualisée. Quinze ans plus tard, le défi reste le même : celui de la réduction de la réalité génocidaire, qui hante cette région d'Afrique depuis un demi-siècle, à des "colères populaires spontanées" ou à des "guerres ethniques", c'est-à-dire à des massacres sans responsabilités. L'opinion publique reste souvent attachée à ces clichés, en fonction de préjugés persistants sur une Afrique exotique, "continent des ténèbres" et des "violences ataviques". Toute une littérature, en France, continue étrangement à jouer de cette ignorance. Jean-Pierre Chrétien, qui a travaillé sur ces pays depuis plus de 40 ans, montre que l'ethnisme relève soit d'une illusion théorique, soit d'une propagande raciste qui, en l'occurrence, débouche sur des pratiques d'exclusion et des massacres de masse. Au Rwanda en 1994, l'éradication des Tutsi, décrits comme des êtres malfaisants d'origine étrangère, visait aussi à neutraliser les démocrates hutu qui s'opposaient au régime en place. Un projet censé être authentique et "populaire" a conduit justifier (quitte à le nier ensuite) l'élimination radicale de "l'autre", traité en bouc émissaire de calculs politiques à courte vue. Ce livre rappelle que l'impératif de la recherche, en Afrique comme ailleurs, est de décrypter les fausses évidences. Par-delà les cas rwandais et burundais, il permet de penser autrement les rapports complexes qui s'établissent entre mobilisation politique, violence et construction identitaire.
Nombre de pages
250
Date de parution
12/01/2012
Poids
330g
Largeur
140mm
Plus d'informations
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EAN
9782811105945
Auteur
Chrétien Jean-Pierre
Editeur
KARTHALA
Largeur
140
Date de parution
20120112
Nombre de pages
250,00 €
Disponibilité
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Tristement célèbre depuis le génocide rwandais de 1994, la région des Grands Lacs d'Afrique demeure très peu connue. Découverts à partir des années 1860, les royaumes situés près des sources du Nil s'inscrivaient dans une histoire pourtant ancienne : établis depuis le XVIe siècle au moins, ils structuraient un peuplement complexe de langues bantu, maîtrisant agriculture, élevage et métallurgie depuis deux millénaires. Au contact des colonisateurs allemands, britanniques et belges - et des missionnaires catholiques ou protestants, leur organisation, qui reposait sur des constitutions non écrites de nature religieuse, a été remodelée. Les Etats indépendants nés au XIXe siècle (notamment le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda) ont hérité de cette double histoire, ancienne et coloniale ; ils se retrouvent piégés par une reconstruction raciale ("Bantous" , "Hamites" , "Nilotes" , etc.) de leur propre passé qui nourrit la politique contemporaine.
La région des lacs de l'Afrique orientale est devenue synonyme de catastrophes. Pourtant son histoire séculaire est particulièrement riche : des densités humaines impressionnantes, un potentiel agro-pastoral remarquable, une inventivité politique et religieuse étonnnante. Le regard européen qui se porte sur elle depuis la fin du XIXe siècle, fasciné au premier abord par la civilisation qu'il découvrait en plein coeur du continent, n'a pas tardé à piéger ces peuples africains dans ses calculs et ses fantasmes. Il fallait conserver cette réserve humaine dans un ordre "féodal", qui convenait apparemment si bien à la vision raciale de l'histoire dans laquelle se comlpaisait la pensée coloniale. [saut de ligne] Ce qu'on appelle aujourd'hui "Afrique des grands Lacs", avec ses haines fonctionnant en boucle, s'est forgée dans ce contact, où acteurs étrangers et locaux portent des responsabilités spécifiques. Comment réfléchir sur cette région et son avenir sans démêler cette histoire complexe, qui est celle du XXe siècle, l'âge des extrêmes comme l'a écrit Hobsbawm ...
En 1912 les colonisateurs allemands, présents au Burundi depuis 1896, fondent au centre du pays une nouvelle ville, Gitega, destinée à en devenir la capitale. Quatre ans après, la Guerre mondiale les force à abandonner ce chantier aux conquérants belges venus du Congo. Gitega offre un exemple de création ex nihilo d'une ville à vocation administrative et commerciale. A partir des archives coloniales et des témoignages de vieux Burundais, cette histoire a pu être reconstituée au ras du sol : le choix du site sur un plateau herbeux, la difficile collecte des matériaux et le recrutement d'une main-d'oeuvre, le désarroi de la population locale face aux nouvelles disciplines et les calculs de ses chefs, le lancement du commerce dans une région où la monnaie était quasi absente, l'ébauche d'une scolarisation. Gitega, de 1912 à 1916, est comme un microcosme de la logique coloniale, avec sa brutalité et ses ouvertures. Par delà tout exotisme, cette situation à l'ouest de l'Afrique orientale allemande évoque aussi celle du Far west américain à la même époque. On y retrouve les agents d'un ordre impérial en construction sur le terrain, mais aussi les jeux d'aventuriers de toutes origines (ici asiatiques et africaines), habituels dans les situations porteuses de nouvelles frontières économiques et culturelles qui rêvent de profits souvent illusoires.
Tristement célèbre depuis le génocide rwandais de 1994, la région des Grands Lacs d'Afrique orientale demeure très peu connue. Découverts à partir des années 1860, les royaumes situés près des sources du Nil s'inscrivaient dans une histoire pourtant ancienne : établis depuis le XVIe siècle au moins, ils structuraient un peuplement complexe de langues bantou, maîtrisant agriculture, élevage et métallurgie depuis deux millénaires. Au contact des colonisateurs - allemands, britanniques et belges - et des missionnaires catholiques ou protestants, leur organisation, qui reposait sur des constitutions non écrites de nature religieuse, a été remodelée. Les Etats indépendants nés au XXe siècle - notamment le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda - ont hérité de cette double histoire, ancienne et coloniale ; ils se retrouvent piégés par une reconstruction raciale (" Bantous ", " Hamites ", " Nilotes ", etc.) de leur propre passé qui nourrit la politique contemporaine. Cet ouvrage mobilise tous les outils disponibles archéologie, linguistique, sources orales, anthropologie, archives... - pour décrypter l'histoire d'une région d'Afrique dont la culture a fasciné les observateurs européens.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
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