Sao Paulo, 18 millions d'habitants en comptant sa " périphérie interne " et sa région métropolitaine. Travail, drogue, associations, vie quotidienne, famille sont des thèmes récurrents dans toutes les banlieues du monde, mais qui connaissent ici des changements contrastés, voire contradictoires. Le travail, c'est l'exploitation sans masque pour les couturières, les Boliviens, les recycleurs de déchets, les camelots, mais aussi, dans ces activités, une tendance vers une grande égalité entre les travailleurs des deux sexes. Par la drogue, alternative à l'absence ou à la dévalorisation du travail, s'affirme le modèle de " la marchandise politique ", en délégation tacite du pouvoir et sous la houlette d'une organisation, le PCC (Premier Commando de la Capitale) à l'origine syndicat de prisonniers. Modèle en expansion en d'autres activités, renforcé de toutes les convictions néo-libérales. L'action associative est ainsi divisée entre économie solidaire, venue du bas, largement féminine, innovatrice, et entreprenariat social piloté par les agences mixtes privées-publiques, orienté par de douteuses rationalités économico-sociales. La vie quotidienne est happée par un rapport à la religion très individualiste qui profite aux néo-pentecôtismes et " rénovations " diverses ; elle s'organise mal dans l'espace de l'habitat collectif et de l'habitation précaire. Mais l'espace privé, pris dans les tempêtes simultanées de la crise économique durable et de sa propre restructuration égalitaire, résiste comme un lieu capable de peser dans l'espace public. La banlieue plie mais ne rompt pas. Lieu de concentration des problèmes qui prend la place du lieu de travail, elle est pleine de passages et de passeurs qui nouent une chaîne d'autonomie morale à travers diverses formes de résistance dont le rap des Racionais est un des symboles forts.
Nombre de pages
492
Date de parution
24/09/2009
Poids
665g
Largeur
155mm
Plus d'informations
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EAN
9782296098961
Titre
São Paulo. La ville d'en bas
Auteur
Cabanes Robert ; Georges Isabel
Editeur
L'HARMATTAN
Largeur
155
Poids
665
Date de parution
20090924
Nombre de pages
492,00 €
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Tous les quartiers populaires des banlieues du monde connaissent des processus de discrimination cumulés (surpopulation, chômage, manque d'équipements publics : école, logement, transport) sans compter dans la plupart des cas les discriminations raciales. Ce sort commun, fruit amer d'une période néo-libérale mondiale ininterrompue de plus de 30 ans a de quoi inquiéter. L'insurrection urbaine de toutes les villes du Brésil en juin 2013 qui faisait suite à une simple augmentation du tarif des transports n'était ni prévisible ni programmée par quiconque. De nombreux exemples peuvent être recensés dans le monde. Même si chaque ville a une histoire particulière qui l'incite à chercher des solutions propres, les réponses que chacune trouve à ses problèmes ne portent pas que les traces de cette singularité. Car chaque parcours anthropologique débouche sur un résultat, une solution qui prend un sens politique. Plus encore, on peut faire l'hypothèse qu'au-delà de tous les impacts, extrêmement variables, des "politiques de la ville", subsiste, surgit et se développe une économie morale des quartiers populaires qui s'affiche comme ressource, valeur ou civilisation, dans mais aussi hors la ville mondialisée.
Il n'y a pas si longtemps, le slogan " travail, famille, patrie " exprimait, dans notre pays la symbolique de l'abandon et du repli frileux. Et si le monde prenait la place de la patrie, si chaque patrie devenait monde, d'abord par la place que les travailleurs veulent donner au travail en chacune d'elles, ensuite par cette nouvelle vision interactive et plus égalitaire qu'ils veulent construire dans les rapports de la société civile, à commencer par ceux de la famille. Parce que les ouvriers ou les travailleurs ne voient pas le monde à la façon des multinationales, ils n'ont que faire de le dominer. Ils le veulent civilisé, sans naufragés ni milliardaires, un monde de l'écoute. Le repli frileux ou arrogant sur les équilibres feutrés entre nantis concurrentiels apparaît fragile face à la montée des tensions que provoque le creusement des inégalités. Dorénavant, les inégalités se savent et deviennent peut-être moins supportables d'un continent à l'autre ou d'une nation à l'autre qu'à l'intérieur d'un même pays. Ce livre présente des vies de familles ouvrières et tente de montrer, à travers la diversité des aspirations et les formes d'action qu'elles mettent en ?uvre dans leur propre société, comment un milieu social spécifique d'un pays spécifique et porteur d'une action spécifique se retrouve également porteur, presque à son insu mais avec une certaine détermination, d'aspirations qui ne peuvent paraître qu'universelles en ce qui concerne la vie au travail et la vie en société. Au lecteur de juger si ce milieu, qui n'est pas exempt de conflits et de contradictions internes, mais qui reprend et réannonce déjà une configuration nouvelle de représentations concernant le respect des droits de l'homme et de la femme au travail et des droits de l'homme tout court, d'abord dans son pays, apporte aussi des perspectives nouvelles au processus de mondialisation.
Ce voyage à travers la littérature sur le travail. se propose de marquer les points saillants qui ont marqué la "fin de la classe ouvrière" d'abord en France, mais aussi ailleurs. Parcours axé sur L'alternative qui se présente au travail. : compensation à La subordination et/ou développement de l'autonomie ouvrière, et qui se poursuit par des défaites et reculs successifs sur les deux plans. L'échec des pays de l'Est, la fragilisation des syndicats, les renoncements des social-démocraties et ceux de l'Europe, s'expliquent par l'essor illimité du capital financier qui touche la planète entière. Nul ne peut dire si on est arrivé au terme de ce cycle infernal. Cependant existent des réflexions et des initiatives porteuses d'espoir : celles de la définition des biens communs, du travail bien fait comme processus délibératif d'accès à la démocratie du travail, des entreprises "libérées" ou "délibérées", celles d'un syndicalisme écrasé, mais renaissant dans beaucoup de pays du monde, de sa réorganisation à un niveau multinational, celles d'un altermondialisme revu et corrigé par la question environnementale. Toutes ces possibilités sont déterminées par les conditions d'une revalorisation du travail à garantir juridiquement par des normes internationales qui limiteraient d'autant les libertés du capital financier. A ce prix alors, le travail devient source et ressource de civilisation à l'échelle mondiale.