A l'image de l'université de Makerere qui a accueilli il y a quelques années les auteurs de cet ouvrage, rassemblés pour faire le point sur la situation de la recherche dans leurs pays respectifs, les universités d'Afrique de l'Est et de la région des Grands Lacs ont surmonté les destructions de toutes sortes qui ont frappé la région durant les années 1990. Après une décennie de crises politiques, sociales et économiques, le tournant du XXIe siècle voit se développer une sorte de renaissance. Du Burundi au Kenya, de l'Ouganda au Rwanda, de la République démocratique du Congo à la Tanzanie, les universitaires et chercheurs regroupés ici témoignent, dans leurs monographies, des réflexions qui traversent leur collectivité scientifique, qu'il s'agisse des universités de Dar es-Salaam ou de Lubumbashi, de celle de Ngozi dans le nord du Burundi ou du Pole Institute au Nord-Kivu. Ce livre fait écho à des débats tant scientifiques que politiques, institutionnels ou sociaux. Ils portent sur les enjeux des différentes disciplines des sciences humaines (histoire, géographie, linguistique, science politique), en particulier dans leur confrontation avec les obsessions identitaires nourries par les conflits. Les institutions universitaires africaines se trouvent en outre confrontées au mouvement général de redéfinition qui touche aujourd'hui l'enseignement supérieur au niveau mondial. Enfin, le statut des enseignants-chercheurs doit aussi compter avec le développement de l'expertise, avec tous les défis de ces recherches appliquées. Un intellectuel du Kivu disait récemment : "J'ai toujours pensé que l'intellectuel, c'est celui qui doit créer le changement ". Une mission qui est rappelée ici avec clarté, tant les défis et les chantiers sont nombreux dans une région en reconstruction où les populations aspirent à plus de démocratie et à un mieux-être économique.
Mukuri Melchior ; Nduwayo Jean-Marie ; Bugwabari N
Depuis un demi-siècle, une historiographie scientifique de l'Afrique s'est développée. La contribution des chercheurs africains à cette avancée majeure est souvent méconnue. Or, sans ignorer la dimension internationale des recherches sur les sociétés africaines, il faut se rappeler qu'une première génération d'historiens issus des pays devenus récemment indépendants a joué un rôle décisif dans la motivation même de ces recherches, nourrie de la connaissance intime de la culture des pays où ils étaient nés et dont ils voulaient promouvoir le rayonnement. Parmi ces historiens figure Emile Mworoha qui a travaillé sur l'histoire ancienne du Burundi depuis les années 1960. Formé à l'université de Paris 1, chercheur infatigable, il a été un des premiers à fréquenter les archives européennes concernant son pays et il s'est intéressé très tôt à la mine d'informations que représentent les traditions orales burundaises. Il a formé plusieurs générations d'étudiants à l'Ecole normale supérieure de Bujumbura et à l'Université du Burundi. Le présent recueil est un témoignage de leur reconnaissance. Les auteurs, majoritairement burundais, mais aussi étrangers, ont rédigé des études originales portant sur l'histoire, la culture et l'enseignement au Burundi, ainsi que sur l'histoire politique et sociale du temps présent dans ce pays et sur des aspects du passé de la région des Grands Lacs, notamment au Rwanda et en Ouganda.
Paul Blanquart (1934-2024) est né dans le Nord dans une famille marquée par le christianisme social dont il a hérité sa vocation militante. Il entre en 1955 chez les dominicains, parce que certains d'entre eux avaient soutenu les prêtres-ouvriers condamnés par Rome en 1954. Il y voyait une alternative à l'Église institutionnelle et cherchait surtout une réponse existentielle à ce qu'il ne trouvait pas de manière satisfaisante dans le marxisme dont il s'est toujours revendiqué mais dans une perspective chrétienne et prophétique : la fraternité. Après ses études au Saulchoir et son service militaire en pleine guerre d'Algérie, Paul Blanquart enseigne quelque temps à la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris et participe à la « prise de parole » de mai 1968 tout en s'intéressant de près aux événements révolutionnaires de l'Amérique latine, notamment au Brésil et à Cuba. Il entendait promouvoir le rôle spécifique des chrétiens dans les luttes révolutionnaires. En 1973, Paul Blanquard est poussé à interrompre ses cours à l'Institut catholique de Paris, en raison d'oppositions. Il travaille alors comme rédacteur en chef adjoint à Politique Hebdo et participe à la création de La Gueule ouverte. Puis, après avoir dirigé le Centre de création industrielle de Beaubourg (1982-1984), il enseigne la sociologie à l'Université Paris-XII. Esprit brillant, homme de grande culture, militant résolu, passionné de rencontres, il s'engage dans l'éducation populaire et l'écologie en mettant en garde contre un monde dominé par la connivence entre technologies et hiérarchies au détriment de la fraternité. D'où son engagement dans la Fondation Un monde par tous pour promouvoir une culture qui ne soit pas coupée de la nature, une politique qui ne soit pas simple gestion technocratique et une économie qui ne se réduise pas à la valeur marchandise. Les textes présentés ici visent à faire connaître son engagement et cette pensée originale qui n'a pas toujours été bien comprise, notamment dans sa défense du « Dieu » d'Abraham et des prophètes qui marche à nos côtés en rupture avec le « Dieu » des institutions ecclésiastiques et des appareils technocratiques... Marginalisé par plusieurs institutions, il s'est toujours revendiqué « chrétien et dominicain », éveilleur de consciences, à la fois provocateur et homme de fraternité.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.