Les femmes éducatrices qu'évoque ce livre ont compris les enjeux qui dépassent largement l'individu singulier, garçon et/ou fille. Elles agissent dans l'enceint familiale en interpellant mère et père (la mère dont ses actes révèlent l'importance réelle ou fictive tant elle apparaît de plus en plus comme un interlocuteur privilégié), enceinte familiale considérée comme un lieu expérimental pour préparer un projet de société. Les partenaires de l'éducation, femmes, hommes, auteurs ou non, entrent dans des géométries variables, mais qui, toutes, soulignent la présence grandissante de la femme dans le domaine éducatif, quelle que soit sa place dans la société, femmes de pouvoir ou au pouvoir, femmes exceptionnelles ou non, personnel mercenaire d'une éducation domestique, conventuelle, institutionnelle, privée ou non, célibataires, épouses, mères ou grand-mères, mais toutes conscientes de leur rôle. Cette préoccupation est l'occasion de se forger un destin, d'abord par la réflexion sur le statut lié à leur éducation, mais aussi et surtout parce que leur prise de position s'accompagne d'une entrée en écriture, en littérature, parfois en politique, tolérée dans un premier temps tant le terrain discursif paraît le prolongement naturel de la vocation maternelle, mais aussi discutée, contestée, ridiculisée, interdite quand les revendications inquiètent trop le pouvoir en place. La question des savoirs, leur nature, leur mode d'apprentissage qui peut aller de l'autodidaxie à une éducation spécifique conçue pour elle par un mentor (père ou mère) en passant par un enseignement reçu par contrebande (quand elles profitent de l'éducation de leurs frères) posent le problème d'un enseignement féminin lui-même, enté sur une conception de la femme naturellement portée vers mes arts d'agréments, la civilité, l'épistolaire, à qui les sciences, mais aussi tout simplement la lecture doivent être autorisées avec parcimonie et surveillance. Explicitée ou non par les textes, la question d'une éventuelle spécificité féminine est au coeur des débats, elle en constitue le point d'ancrage, qu'il s'agisse des programmes, des méthodes ou des expérimentations proposées.
La période de la Révolution française est un moment-clé de l'histoire des relations entre la scène théâtrale et la tribune politique, entre le texte de fiction et le texte de loi, entre les savoirs et pouvoirs de la littérature et ceux de la science, entre des discours engagés et des formes d'écriture minoritaires et apparemment désengagées qui sont autant de combats pour un féminisme et un humanisme encore et toujours à venir. Cet essai à plusieurs voix ne fait pas le constat de l'engagement de la littérature durant la période révolutionnaire, il s'interroge sur le changement des rythmes et des formes d'interaction entre les modes d'expression dits littéraires et les autres pratiques et discours publics. Il le fait en pleine conscience des paradoxes de l'anachronisme en histoire. D'un côté il faut oublier les significations mêmes des notions de littérature et d' engagement qui, en grande partie, se mettent précisément en place à la fin de la Révolution française. De l'autre, il faut prendre acte des enjeux toujours actuels d'une enquête historique. En l'occurrence, comment penser et pratiquer l'écriture, la politique, et leurs interactions, non pas tant après 1789, mais après 1989 ? Après le Bicentenaire de la prise de la Bastille qui est aussi le moment de la chute du Mur de Berlin. Des auteurs de plusieurs générations et nationalités se donnent ici la liberté d'interroger, au-delà des frontières disciplinaires, les formes que prennent les relations entre ce qu'on appelle la littérature et l' engagement . En regard des textes, en écho ou parfois à contre-temps, un choix d'images esquisse une autre manière de porter la réflexion ou l'imagination sur ce passé d'où vient notre présent.. L'ensemble constitue un essai polyphonique et iconographique qui, d'un texte (ou d'une image) à l'autre, ouvre des perspectives pour repenser, après 89, les pratiques et les idées mêmes de littérature et d' engagements .
Au coeur de la Révolution française, deux écrivains, Isabelle de Charnière et Mme de Genlis, proposent à leurs lecteurs émigrés une voie médiane, entre les valeurs d'une noblesse sur le déclin et celles d'une société en mutation rapide. Cette voie médiane se construit en référence à la figure de Jean-Jacques Rousseau, dont l'aura est sans pareille. Comme lui, elles adoptent une démarche rarement suivie de leurs contemporains, qui consiste dans le refus des opinions extrêmes et de l'esprit de parti. Proposant un idéal à atteindre pour les émigrés, elles ouvrent la porte à une valorisation du rôle des femmes, capables d'éduquer les enfants comme les adultes. Aussi leur représentation de mentors et d'écrivains féminins interroge-t-elle le bouleversement de l'époque, et le rôle qu'elles-mêmes espèrent tenir dans la nouvelle configuration sociale. Or, elles sont parfaitement conscientes que ces nouvelles fonctions qu'elles entendent exercer se heurtent aux conceptions rousseauistes de la femme qui régissent la société postrévolutionnaire. Les femmes de fiction sont façonnées aux idéaux de leurs créatrices : éducatrices, mères, elles sont aussi femmes d'esprit et défendent leur identité d'écrivain. A l'orée du XIXe siècle, qui verra triompher la figure dérisoire de la "femme auteur", Mmes de Genlis et Charrière font preuve d'une singulière modernité en encourageant les femmes à suivre leur exemple.
La lecture et le lectorat ont fait, depuis une vingtaine d'années, l'objet de nombreuses études, qui ont mis en évidence des disparités importantes entre un lectorat masculin et féminin. La lecture est un lieu socialement construit de la différence des sexes. Se manifeste, dès le XIVe siècle, un processus de sécularisation dans les pratiques de lecture à mettre en relation avec un phénomène de désacralisation du livre. La lecture au féminin est l'enjeu de débats moraux où s'y affirme sa dangerosité. Dans le même temps apparaissent des prises de position en faveur du contrôle des lectures féminines qui s'inscrivent dans une conception du partage des pouvoirs de l'écrit en corrélation avec un partage hiérarchique des savoirs. Parce qu'elle est transgression, séduction, perversion, la lecture et la lectrice se déploient en un imaginaire dont la littérature s'est emparée pour en proposer des représentations multiples et protéiformes. Territoires de l'historien et espaces littéraires ont été dans cet ouvrage confrontés en une approche transséculaire, transdisciplinaire, à partir de l'étude de documents multiples, bibliothèques, correspondances, manuels, iconographie de textes littéraires. Il constitue une contribution importante à la construction d'une histoire sociale et culturelle de la lecture féminine. Il propose un bilan des savoirs de ces dernières décennies et de nouveaux jalons pour les études à venir
Si la Bourgogne et le Bordelais se sont très tôt penchés sur l'histoire de leur vignoble, jamais jusqu'ici n'avait été écrite une histoire du vignoble du Val de Loire. C'est chose faite dans cet ouvrage, ponctué de nombreuses illustrations, qui nous embarque pour une balade historique le long de la Loire, à la découverte de ses vins, de ses vignerons et de ses négociants, de Sancerre au pays nantais, en passant par l'Orléanais, la Touraine et l'Anjou. Par ce travail de recherche inédit qui va de la Gaule romaine à la crise du phylloxéra, est ainsi démontré le rôle primordial du fleuve dans l'évolution des appellations ligériennes.
Humbert-Amemiya Hiroko ; Cabel Eflamm ; Numajiri R
Le japonais... comme au Japon. Chotto Nihongo vous offre : des explications en français facilitant l'auto-apprentissage, un lexique de plus de 1 300 mots et une centaine d'idéogrammes (Kanji) pour découvrir et pratiquer l'écriture japonaise ; un accès aux structures de base de la langue et de la grammaire japonaises avec des exercices corrigés ; des dialogues et de petits textes inspirés de la vie quotidienne avec les expressions usuelles pour se débrouiller dans la vie réelle. Ils sont suivis par des exercices de compréhension et leurs corrigés en fin de volume ; des présentations du contexte socioculturel japonais comme dans aucun autre manuel. Chotto Nihongo est un excellent outil interactif entre étudiants et enseignants dans un cursus d'apprentissage du japonais. C'est dans un tel cadre qu'il a été élaboré, au cours de plusieurs années, par l'auteur.
L'histoire du serment politique en Occident est celle d'un long dévoiement. Ce rite habillé d'oripeaux antiques, médiévaux et religieux, avait été pensé comme l'instrument de la conjuration des hommes libres. Il sera devenu un des moyens de conjurer leur liberté. Alliance des hommes libres et égaux sous le regard de Dieu, il est progressivement encadré par les puissances politiques et ecclésiales, puis capté par l'Etat moderne à partir du XVIIe siècle. L'expérience révolutionnaire cherchera à redonner au serment son caractère démocratique et égalitaire, avant qu'au XIXe il ne devienne un rite de sujétion bureaucratique. Dans les régimes autoritaires et totalitaires, il exprime non seulement une fidélité politique mais il est la marque d'un biopouvoir par lequel l'individu abdique sa conscience et jusqu'à son propre corps dans le peuple, le parti, l'Etat, l'idéologie, le chef. C'est à une histoire politique enracinée dans les pratiques juridiques et les doctrines religieuses propres à l'Occident, et aujourd'hui négligée, que ce livre s'attache à donner une lecture originale et novatrice, puisqu'il s'agit de la première synthèse en français sur l'histoire du serment.
Fille aînée de Louis XV, Louise-Elisabeth (1727-1759), dite Madame Infante après son mariage avec Don Philippe, fils cadet de Philippe V d'Espagne, est sans doute l'une des princesses européennes les plus mystérieuses et les moins connues du XVIIIe siècle. Cette femme de tête connaît une destinée particulière en devenant, à l'issue de la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748), duchesse de Parme, Plaisance et Guastalla. Cependant, Madame Infante ne voit dans ces Etats qu'un séjour de transition dans l'attente d'un établissement plus digne de sa naissance. Aussi n'a-t-elle qu'un seul souci, les échanger ou les agrandir. Jamais elle ne se résigne au rang modeste que lui assigne le traité d'Aix-la-Chapelle. Pour autant, elle ne se désintéresse pas des duchés et s'efforce d'y vivre en tentant de recréer la splendeur de la cour de Versailles, tout en cherchant à s'émanciper de la tutelle espagnole pour mieux défendre ses intérêts. Pour mener à bien sa politique de grandeur, elle cultive sans relâche son réseau de correspondants (ministres, diplomates, maîtresse royale) dont elle espère tirer les plus grands bienfaits. Eprise d'un amour filial, elle conserve aussi des relations très étroites avec sa famille et n'hésite pas à revenir à plusieurs reprises à Versailles pour plaider sa cause. Situé à la charnière de l'histoire des femmes de pouvoir et des relations internationales, l' ouvrage a pour ambition de dresser le portrait d'une souveraine en action, omniprésente tant dans la politique parmesane qu'européenne.
Résumé : Chaque jour depuis plus de 20 ans, le docteur Vincent Morel accompagne des patients qui vont mourir. Comment ces malades abordent-ils cette phase ultime de leur existence ? Quelles questions posent-t-ils ? Comment les accompagner et les soulager ? Comment leurs expliquer ce que sont réellement les soins palliatifs trop souvent assimilés à l'échec des traitements ? Ces questions se doublent aujourd'hui de celle de l'euthanasie et du suicide assisté. Cette question posée par les patients eux-mêmes fait aussi partie de son quotidien. Et elle mobilise autant les soignants qu'elle anime la société. Au lieu de s'enfermer dans une réponse binaire qui chercherait à soutenir une position militante, l'auteur invite au doute et à la réflexion. A partir de ses rencontres au chevet des malades, il présente les différents arguments qui agitent le débat public. Dans une société en mouvement, il apporte les outils cliniques, historiques, éthiques, conceptuels, juridiques nécessaires à la prise de position que chacun prendra librement.