Contrairement à une image d'Épinal largement répandue dans l'Occident contemporain, qui veut que les religions d'Asie soient synonymes de tolérance, de sagesse et de non-violence, la vie religieuse dans cette partie du monde présente elle aussi, à l'instar d'autres civilisations, une dimension fondamentalement conflictuelle, chaotique, voire mortifère : schismes radicaux, prosélytismes agressifs, pratiques spirituelles extrêmes pouvant entraîner le décès, violences contre les personnes, destructions de lieux de culte, attaques portées à la foi elle-même... Dans cet ouvrage, les chercheurs du COLLECTIF ERA (État et Religion en Asie) proposent une série d'analyses concrètes qui illustre comment, à travers l'histoire de quatre pays d'Asie orientale (Chine, Corée, Japon, Vietnam), les instances politiques ont fait usage de la violence en fonction de quatre conceptions différentes des rapports entre État et religion : pluralisme, liberté, impérialisme et athéisme. S'inscrivant résolument dans une perspective d'histoire connectée, ces spécialistes décrivent comment ces modèles issus d'Occident et/ou d'Asie ont tour à tour dominé la vie religieuse de ces pays en fonction de l'idée qu'on s'y faisait ou qu'on s'y fait encore de la " voie de l'État ", celle-là même qui constitue un des ponts les plus solides entre Extrême-Orient et Extrême-Occident.
Les études japonaises constituent un champ d'investigation vers lequel se tournent de plus en plus de chercheurs de toutes les disciplines. Le colloque de la Société française des études japonaises, qui réunit tous les deux ans les spécialistes du Japon, est devenu le lieu d' expression pluridisciplinaire de tous ces chercheurs. Septième d'une série inaugurée en 1994, le colloque de 2006 s'est tenu à Paris du 20 au 22 décembre et le présent ouvrage rassemble les communications qui y ont été présentées. On trouvera ainsi dans les chapitres de cet ouvrage quelques-unes des principales lignes de force autour desquelles s'organisent aujourd'hui les études japonaises en France : le corps - sous tous ses aspects -, la poésie - ancienne et moderne -, la philosophie de Nishida, Watsuji et Nishitani, ou encore l'ère Meiji (re)considérée au travers de nouvelles problématiques. Différents chapitres - y compris ceux sur le corps et la philosophie - traitent par ailleurs du Japon d'aujourd'hui en s'intéressant entre autres à certaines des crises auxquelles celui-ci doit faire face, à la situation géographique, culturelle et linguistique de certaines de ses îles les plus éloignées, ou encore, notamment avec les mangas, à quelques aspects de sa culture parmi les plus actuels. On trouvera également dans cet ouvrage les deux conférences de Sueki Fumihiko, professeur à l'université de Tôkyô, sur le rôle du bouddhisme dans la modernisation du Japon et sur la question des relations qu'entretiennent dans l'archipel bouddhisme et shintô, ainsi qu'une étude passionnante que Jean-Jacques Tschudin a consacrée à l'influence de l'occidentalisation sur le répertoire du kabuki.
Brisset Claire-Akiko ; Brotons Arnaud ; Struve Dan
Cet ouvrage réunit huit études qui abordent par différents biais l'épopée du Dit des Heike et sa réception dans le Japon médiéval ou pré-moderne. La double diffusion de ce récit épique comme texte à lire et à réciter a abouti à la formation de nombreuses versions qui connurent un immense succès tout au long de l'histoire littéraire et culturelle du Japon. Les arts de la scène ont repris des motifs du Dit du Heike et ont contribué à les populariser auprès des publics les plus divers. Les études réunies ici abordent un certain nombre d'aspects de la réception et de la diffusion du Dit des Heike, à travers sa relation au théâtre (théâtralité propre de l'épopée et fortune de ses thèmes dans divers genres médiévaux et modernes), son efficacité rituelle, les différents vecteurs de sa diffusion (versions imprimées, conteurs), sans oublier un détour comparatiste par la Chine. Cette épopée médiévale est aujourd'hui accessible grâce à la traduction française de René Sieffert, aux adaptations cinématographiques ou en bandes dessinées. Cependant, les études portant sur les récits guerriers en général, et sur le Dit des Heike en particulier, sont encore très peu nombreuses en France, voire en Europe, malgré l'importance de l'influence exercée par le Dit des Heike et l'intérêt qu'il présente pour l'histoire générale de la littérature comme pour celle des arts de la scène. La présente publication vise à combler ce manque et à offrir une première approche de cette oeuvre fondamentale dans l'imaginaire japonais.
Paul Blanquart (1934-2024) est né dans le Nord dans une famille marquée par le christianisme social dont il a hérité sa vocation militante. Il entre en 1955 chez les dominicains, parce que certains d'entre eux avaient soutenu les prêtres-ouvriers condamnés par Rome en 1954. Il y voyait une alternative à l'Église institutionnelle et cherchait surtout une réponse existentielle à ce qu'il ne trouvait pas de manière satisfaisante dans le marxisme dont il s'est toujours revendiqué mais dans une perspective chrétienne et prophétique : la fraternité. Après ses études au Saulchoir et son service militaire en pleine guerre d'Algérie, Paul Blanquart enseigne quelque temps à la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris et participe à la « prise de parole » de mai 1968 tout en s'intéressant de près aux événements révolutionnaires de l'Amérique latine, notamment au Brésil et à Cuba. Il entendait promouvoir le rôle spécifique des chrétiens dans les luttes révolutionnaires. En 1973, Paul Blanquard est poussé à interrompre ses cours à l'Institut catholique de Paris, en raison d'oppositions. Il travaille alors comme rédacteur en chef adjoint à Politique Hebdo et participe à la création de La Gueule ouverte. Puis, après avoir dirigé le Centre de création industrielle de Beaubourg (1982-1984), il enseigne la sociologie à l'Université Paris-XII. Esprit brillant, homme de grande culture, militant résolu, passionné de rencontres, il s'engage dans l'éducation populaire et l'écologie en mettant en garde contre un monde dominé par la connivence entre technologies et hiérarchies au détriment de la fraternité. D'où son engagement dans la Fondation Un monde par tous pour promouvoir une culture qui ne soit pas coupée de la nature, une politique qui ne soit pas simple gestion technocratique et une économie qui ne se réduise pas à la valeur marchandise. Les textes présentés ici visent à faire connaître son engagement et cette pensée originale qui n'a pas toujours été bien comprise, notamment dans sa défense du « Dieu » d'Abraham et des prophètes qui marche à nos côtés en rupture avec le « Dieu » des institutions ecclésiastiques et des appareils technocratiques... Marginalisé par plusieurs institutions, il s'est toujours revendiqué « chrétien et dominicain », éveilleur de consciences, à la fois provocateur et homme de fraternité.
A la croisée de la psychanalyse et de l'anthropologie, cet ouvrage propose une lecture structurale de l'histoire ottomane et républicaine de la Turquie. D'Osman à Kemal, de la chute de Constantinople au mouvement protestataire du parc de Gezi (2013), sont retracées les transformations du "discours" social organisé par quatre places qu'occupent différentiellement le sultan, l'Etat, les assujettis et le territoire. Au "discours d'Empire" des premiers Ottomans succède au XVIIe siècle un "discours d'en pire" dont émerge, au XIXe siècle, celui "de la paranoïa" à la logique génocidaire. De cette matrice naît celui de la République, toujours actuel depuis cent ans : le "discours de l'hainamoration" dont Erdo?an est depuis vingt ans le sujet principal. Ces transformations successives ont pour enjeu, avec une étrange constance, le champ de l'altérité : le lieu de la différence.
La question de l'évangélisation est au coeur de ce récit à caractère autobiographique. Prêtre du diocèse de Vannes, Bertrand Jégouzo a passé plusieurs années de sa vie comme missionnaire Fidei donum dans le diocèse de Riobamba, en Equateur. Plus précisément dans les Andes au milieu d'une population majoritairement indienne. Très vite, il s'est trouvé confronté à l'interrogation à la base de l'évangélisation : comment un missionnaire occidental, formé dans la théologie catholique du XXe siècle, peut-il transmettre - ou partager - la foi chrétienne à des paysans quechua vivant dans une culture plus que millénaire ? Comment composer avec les formes et les traditions d'un christianisme implanté au temps de la conquête espagnole ? A travers le récit d'histoires et d'aventures vécues au quotidien, l'auteur questionne la pratique missionnaire. Dans les sociétés latino-américaines, l'enjeu est d'assurer le droit à la différence dans les manières de vivre, de penser et d'élaborer ses propres conceptions culturelles et religieuses. Son témoignage aborde des questions essentielles et respire l'authenticité.