L'infra-monde est un ouvrage exceptionnel à plusieurs titres. D'abord par sa méthode qui procède par touches successives, déployant peu à peu, négativement et positivement, son objet. Il l'est ensuite par la diversité de ses références, que François J. Bonnet trouve autant du côté de la théorie (philosophie, psychanalyse, histoire des sciences, etc.) que de celui des arts (littérature, cinéma, performance, etc.). Il l'est enfin par la précision et la plasticité de son écriture qui se fait tour à tour analytique, poétique, philosophique, épousant les linéaments troubles et mouvants de son sujet. Il s'agit en effet d'un livre au projet particulièrement ambitieux : cerner puis esquisser une description, en un peu moins d'une centaine de pages, du fonds brumeux et tourbillonnaire de nos perceptions, de cet infra-monde qui, au bord du monde ordonné de la conscience ordinaire, est une menace et un vertige. Cet ouvrage trouve idéalement sa place dans la collection Inventions dont tout l'enjeu est de permettre aux philosophes d'être un peu romanciers (et dessinateurs, poètes, monteurs, etc.) tout en demeurant philosophes et aux écrivains d'explorer des formes spéculatives (et scientifiques, logiques, dissertatives, etc.) sans quitter le champ de la fiction : aux uns et aux autres d'expérimenter formes et écritures. Ce que fait éminemment L'infra-monde.
Nombre de pages
73
Date de parution
20/10/2015
Poids
117g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782915794922
Titre
L'infra-monde
ISBN
2915794928
Auteur
Bonnet François
Editeur
EDITIONS MF
Largeur
130
Poids
117
Date de parution
20151020
Nombre de pages
73,00 €
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La déflagration de Petrograd provoqua des destinées extrêmes. Des femmes et des hommes se jetèrent à corps perdu dans cette envie révolutionnaire, portant leurs engagements jusqu'à l'incandescence. Beaucoup s'y consumèrent. Voici quatorze portraits de destins exceptionnels, forgés dans la tourmente d'Octobre-17. Ils ne sont pas tous acteurs de premier plan, mais chacun se saisit de l'événement pour l'amplifier ou pour se construire une vie nouvelle. La future diplomate Alexandra Kollontaï imposa à Lénine la libération des femmes. L'affairiste truand Naftali Frenkel participa à la construction du Goulag. Nestor Makhno organisa le premier grand soulèvement anarchiste. Yakov Blumkine, tout à la fois poète, espion, tueur et martyr de Staline. Jeanne Labourbe, l'institutrice française tuée à Odessa, Larissa Reisner, déesse guerrière de l'Armée rouge, Roman von Ungern-Sternberg, le baron fou de Sibérie, Isaac Babel, l'écrivain juif s'enrôlant comme soldat sur les conseils de Gorki, pour " courir le monde "...
Dire le "sonore" a été l'une des gageures de l'écriture esthétique et, au XXe siècle, on aura plus largement insisté sur la structure et la forme, au détriment de la sensation, en affirmant la toute-puissance du discours. Mais il suffit de porter l'oreille à une conque marine pour que le son de la mer qui s'y entend ébranle les édifices, renverse les échafaudages rhétoriques de " ce qu'entendre veut dire ". Dans Les mots et les sons, François J. Bonnet explore les voix fantômes, l'inframince du son, la phonographie et les résonances dont notre univers est peuplé et qui échappent aujourd'hui à la forme traditionnelle de l'écoute. Il ouvre sur des archipels sonores inouïs, éphémères comme les TAZs (Zones autonomes temporaires), mais riches de nouvelles expériences d'écoute distendues, propres à mieux entendre l'imperceptible.
Pascal Dusapin est aujourd'hui le compositeur français vivant le plus célèbre. Il a composé, depuis quatre décennies, selon diverses manières, toutes atonales et néanmoins de plus en plus « accessibles » au public. La plus récente (son « troisième style »), empreinte de lyrisme, ne s'interdit plus les envoutantes textures de cordes, et serait en quelque sorte néo-romantique mais dans le strict cadre du timbre. La première, encore xénakienne, hérissée de quarts de tons et de tremoli néo-expressionnistes, était celle des années 1980. La seconde occupe cet ouvrage. C'est ce qu'on appelle « l'intonation ». Dusapin, durant les années 1990, assoie une « modalité restreinte » qui semble imiter, à l'instrument, les prosodies de la voix parlée. Il en résulte une permanence incantatoire, qui parle littéralement à l'auditeur. Ce livre commence par examiner comment la linguistique pourrait admettre de petits modes musicaux dans la parole. Puis on tente de présenter, techniquement, « l'intonationnisme » de Dusapin, qui culmine peut-être dans Watt (1994), le concerto pour trombone. Enfin on dégage une esthétique, l'écho. C'est une approche du tréfonds commun à l'homme et à l'animal, « sale », archaïque, prosaïque, en réaction historique aux scientismes sériels puis spectraux, et qui replace la voix, en tant qu'affect brut, au coeur de la musique contemporaine.
La Manadologie est un roman d'aventure. Sur le mode d'une science-fiction spéculative qui remet en jeu des textes de philosophie classique, deux personnages (un humain dancartésien et un Streck) parcourent le monde physique et métaphysique à bord d'une navette spatiale de troisième génération. Chassés par les autorités du métaroyaume du coin de galaxie où ils étudiaient leur première manade, ils prennent le large en spatio-clandestins et découvrent des univers problématiques empruntés à Borges, Spinoza et Leibniz.
L'histoire ? C'est celle d'un garçon qui est amoureux de sa mère. Il l'aime et la désire comme un amant. À vingt ans, il est renversé par une voiture et ne peut plus faire usage de ses bras ni de ses jambes. En fauteuil dans sa chambre, il enregistre alors des « gandes », des fichiers audio sur lesquels il confie à sa mère, sa « Moune », sa « Mouny » ou sa « Moon », comme il l'appelle alternativement, cet amour pour elle, cet « Omène » qu'il lui porte. Avec Apa, qu'il considère comme « le petit frère de Lava », Rémi David poursuit son travail d'exploration, de l'humain comme de la langue. Son texte est écrit à la manière d'une partition musicale où chaque silence, chaque accent est indiqué à l'interprète. Des notes connues, familières, résonnent en harmoniques avec d'autres, nouvelles, inouïes, et créent une musique à nulle autre pareille.
Harsh noise : bruit abrasif. Plutôt que d'utiliser le bruit comme perturbation ponctuelle d'un signal musical, la harsh noise et l'archipel de pratiques qui s'y rattache, proposent d'annihiler toute différenciation entre signal et bruit, faisant du bruit lui-même son matériau. Par son caractère apparemment chaotique, intense et déroutant, la noise semble échapper à toute tentative de conceptualisation et de qualification esthétique. Absolument particulière, elle constituerait un ensemble de pratiques singulier dans le paysage des arts sonores actuels. Mais si l'on se place du côté de son écoute, des régularités se dessinent. Cet ouvrage laisse ainsi la parole aux auditeurs et performers noise pour entendre ce qu'ils nous donnent à penser, à travers une série de questionnaires et d'entretiens dont cet essai propose de dégager la cohérence. Parce qu'elle est indéterminée et imprévisible, la noise appelle une écoute d'autant plus exigeante, qualifiée et réflexive. Stratégies pour éduquer l'oreille, imaginaires scientifique et anatomique, rêve de l'accès à un pur son (à défaut d'un son pur), créativité des métaphores pour qualifier les sons et leur expérience... Les discours collectés et analysés dans cet ouvrage dessinent des écoutes noise, qui qualifient ces pratiques sonores radicales depuis leur réception. Entretiens avec Lionel Fernandez (Sister Iodine, Discom, Minitel, Antilles), Nina Garcia (Mariachi, Mamiedaragon, Qonicho B), GX Jupitter-Larsen et John Wiese.