Ou le monde me tue, ou je tue le monde!" Cette réplique d'Accatone, extraite du film éponyme de Pier Paolo Pasolini, a servi d'embrayeur à l'écriture des six drames brefs réunis dans cet ouvrage. Ces pièces, de facture et de tonalité aussi diverses que les personnalités de leurs auteurs - tous jeunes écrivains issus de la première promotion du département d?écriture dramatique de l?ENSATT (Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre) - témoignent des violences du monde. Guerre des peuples ou des esprits, altérités problématiques, clandestinités? hantent ces éclats d'un monde où la farce le dispute sans cesse à la catastrophe. Ce recueil comprend six pièces courtes: Trop compliqué pour toi, de Cédric Bonfils (3 femmes) ; Le chat de Schrödinger en Tchétchénie, de Marie Dilasser (4 hommes, 2 femmes); Les cravates, de Thibault Fayner (3 hommes); Autopsie du gibier, de Samuel Gallet (2 hommes, 2 femmes); Toute cette neige, de Olivier Mouginot (2 hommes); Les blés, de Sabine Tamisier (1 homme, 3 femmes).
Nombre de pages
179
Date de parution
11/06/2007
Poids
288g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782847050387
Titre
Le monde me tue
Auteur
Bonfils Cédric ; Dilasser Marie ; Fayner Thibault
Editeur
ESPACES 34
Largeur
130
Poids
288
Date de parution
20070611
Nombre de pages
179,00 €
Disponibilité
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Une route en Picardie, une aire de repos, un village. Une enfant sort d'une caravane et avance dans le champ voisin. Un enfant du village l'aperçoit de sa fenêtre, et, curieux, va à sa rencontre. Enfant du voyage et enfant sédentaire, tout les oppose: leurs origines, les choix de vie de leurs parents, et plus encore, les préjugés... Auront-ils le temps d'être amis...
Ces 25 poèmes dramatiques donnent la parole à des jeunes, encore adolescents ou tout juste adultes. On ne sait pas exactement d'où viennent ces filles et ces garçons. On reconnaît pourtant des images, des sons, des objets, issus de nombreux pays, ceux qu'ils ont dû quitter. Ils ont traversé des épreuves, ils ont lutté. Les voix dansent un peu, dansent pour faire la route, donnent du courage. insufflent des pensées qui s'accrochent, et des espoirs pour la suite. Maintenant ils sont ici - on ne sait quel est cet ici. Ils sont "arrivés". Mais "arrivés" est un mot compliqué. Quand les voix dansent les meurs galopent donne à voir des paysages et des visages. L'écriture emprunte plusieurs formes - monologue, dialogue à deux ou à plusieurs, choeur - pour être au plus près d'expériences précises, concrètes, évoquer des parcours, des destins, et dire le courage, les peurs, les questions, la violence et la douleur d'être survivant, la responsabilité aussi que cela fait peser. Et chaque texte interroge quelle vie construire sur une terre nouvelle et inconnue.
Comment être au monde, y trouver sa juste place ? Pour Cédric Bonfils, c'est un exercice quotidien auquel la pratique du karaté, avec sa patiente élaboration de gestes répétés et répétés encore, ouvre méthodiquement. Jour après jour, page après page, nous voyons l'auteur s'entraîner en plein air ou au dojo, chercher ses appuis, harmoniser gestes et souffles, et gagner, au prix d'une grande concentration, des perceptions plus fines, plus affûtées. Intériorité et extériorité s'harmonisent. C'est par le mouvement, grâce à son rythme et à sa précision, que l'on s'accorde au tempo du monde, que l'on devient plus intensément vivant.
Au commencement, il y avait un homme enfermé dans une cage, et qu'on pouvait croire seul, unique survivant. Il s'efforçait un temps de nous le faire croire : c'était Odipe, avatar d'histoire et de mythologie, déjà châtré en Od. Od, c'était le nom de cet homme. Et puis il y avait aussi l'autre : Créon. L'autre avatar tragique, aussitôt châtré lui aussi en Créo. Plus rien à dire à cette heure, sinon : les actrices qui joueront Od et Créo - car ce sont deux actrices - accepteront de se mutiler en portant les attributs, terme ô combien exact, de la masculinité. Que par avance, elles en soient remerciées.
En 1959, Vittorio Gassman passe commande à Pier Paolo Pasolini d'une traduction de l'Orestie d'Eschyle, pour la mise en scène au Théâtre grec de Syracuse des trois tragédies qui la composent : Agamemnon - Choéphores - Euménides. Le grand poète italien délivre alors un objet à la fois fidèle à l'original et très personnel. Il dira : "Je me suis jeté sur le texte en le dévorant comme un fauve, tranquillement : tel un chien sur un os, un magnifique os de viande maigre, bien serré entre les pattes, à l'abri des regards". Cette plongée dans l'oeuvre d'Eschyle constitue la matrice de nombre d'oeuvres théâtrales, poétiques et cinématographiques à venir : de Pylade (suite exacte de cette trilogie) au Carnet de notes pour une Orestie africaine (essai cinématographique) en passant par les deux chefs-d'oeuvre que sont Odipe Roi et Médée.
C'est en sondant l'âme de ces laissés pour compte que Sophie Merceron nous bouleverse. Avec un don pour installer les décors presque cinématographiques. Elle nous transporte dans un monde rongé par une violence faites aux êtres qui y vivent mais paradoxalement irradiant de douceur et tendresse. Sophie Merceron a beaucoup écrit pour la jeunesse (deux fois Grand prix de littérature dramatique Jeunesse, en 2020 et 2021), mais ici elle aborde l'entre-deux âges, l'entre-deux mondes, à l'attention de tous·tes. Les personnages sont des adolescents fracassés par la vie mais diablement vivants.
Matthieu, un adolescent, passe de plus en plus de temps devant sa console de jeu. Depuis qu'il s'est plongé dans les aventures du Batman, il entend une voix qui s'adresse à lui de façon répétée et envahissante. Elle lui raconte des souvenirs d'enfance, lui parle de sa famille, et fait resurgir des événements qu'il croyait oubliés, des émotions qui lui échappent. Peu à peu, Matthieu recompose une histoire, son histoire, à travers une parole intime et brutale qui ne fait plus la part entre le réel et le monde virtuel dans lequel évolue son double, le Batman. Un soliloque sensible qui explore notamment la construction de la personnalité au moment de l'adolescence.