Le terme d'" altermondialisme " - d'un usage très fréquent - recouvre des réalités différentes d'un pays à un autre. Tandis que dans les pays européens il est davantage lié à la lutte contre le néolibéralisme, dans certains pays du Sud de la Méditerranée, il reflète une forme de contestation des fondements du champ politique. Mais, dans tous les cas, on constate une prétention à l'universalité : ses protagonistes se proclament défenseurs des droits humains, de la paix dans le monde et de la justice globale. Certains points de divergences se retrouvent également de pays en pays. Le rapport entre le local et le global, le rôle de la religion, l'identité collective transnationale, les relations dichotomiques entre les militants du " Nord " et ceux du " Sud ", la crise de la " gauche " constituent en effet des sujets de controverses à l'intérieur même de ces mouvements. Or, après avoir tenu une place importante dans la recherche, l'altermondialisme semble ne plus représenter un sujet crucial dans l'analyse sociologique, et lorsqu'il est traité, ce n'est que sous l'angle des pays du Nord, dits " développés ". Quels sont les logiques et les enjeux de cet oubli ? Que peuvent nous apprendre les mouvements sociaux des pays du Sud ...
L'identification et la surveillance, a priori conçues comme deux activités distinctes, sont désormais très liées, voire confondues, et cette assimilation est allée croissante avec l'adoption des technologies de sécurité présentées comme un dispositif hautement scientifique de lutte contre les risques en tous genres, actuels et futurs. Ces technologies sophistiquées de sécurité procèdent à l'identification d'un individu et à sa surveillance à partir de l'examen de ses caractéristiques innées et inchangeables. Ce numéro a pour objectif de mettre l'accent sur les processus et logiques qui ont mené les Etats, les organismes internationaux et les individus à adopter ces nouvelles " technologies de sécurité " pour lutter contre les risques et anticiper sur de potentiels dangers. Ces technologies sont reliées à des bases de données qui dématérialisent l'identification et la surveillance, rendues ainsi de plus en plus intrusives. Le développement de la biométrie et le droit à la protection de la vie privée des individus sont-ils conciliables ? Qu'a prévu l'Union européenne dans ce cadre ? Quels mouvements de résistance se sont mis en place ...
Ce numéro de Cultures & Conflits est particulier à double titre. Contrairement à nos habitudes, il ne s'agit pas d'un numéro thématique. Il regroupe des articles qui nous ont été envoyés séparément. Il ne faut donc pas y chercher une cohérence de problématique, même si un fil directeur relie plusieurs textes : celui des enjeux de protection des données au regard du développement des pratiques de surveillance et de renseignement à l'échelle transnationale. Ces articles rejoignent donc les analyses publiées dans les numéros 64 " Identifier et surveiller " (2006) et 68 " Circulation et archipel de l'exception " (2007). Et ils anticipent sur le numéro 76, qui portera sur les incidences de l'échange des données au niveau transnational pour les individus qui en sont la cible. Ce numéro est en outre un numéro de transition. L'équipe de rédaction a été remaniée, qui voit l'arrivée de nouveaux rédacteurs et d'un secrétariat de rédaction resserré. Ce dernier changement n'est pas sans lien avec la décision de différents ministères de ce gouvernement de couper les sources de financement des revues de sciences sociales, en particulier les plus critiques. Cultures & Conflits, qui va bientôt fêter ses vingt ans, aura besoin de l'enthousiasme et du soutien de tous ses lecteurs pour préserver les conditions d'un échange d'idées véritablement pluraliste et contradictoire dont la recherche universitaire a besoin.
L'année 2010 marquera, pour de nombreux pays africains surtout francophones, 50 ans d'indépendance, donc de gestion du pouvoir entre les mains des élites dirigeantes africaines. Seulement, un demi-siècle plus tard, un constat se dégage de l'ensemble des Etats africains : le développement semble s'éloigner de l'Afrique au fur et à mesure que les années passent. Pourquoi l'Afrique demeure-t-elle à la traîne malgré toutes les richesses qu'elle possède ? Le continent noir peut-il se sortir du piège de l'aide pour son développement si la bonne gouvernance s'installe effectivement et si les mentalités changent radicalement ? Compte tenu de l'apport remarquable des diasporas intellectuelles notamment chinoise et indienne pour l'émergence de la Chine et de l'Inde, la diaspora intellectuelle africaine, avec l'élection du fils d'Afrique Barack Obama à la Maison Blanche, ne constitue-t-elle pas le meilleur pilier de l'Afrique pour sortir du labyrinthe de la néguentropie ? Dans le cadre de mes recherches de plus d'une décennie, je présente également ce que l'on pourrait assimiler à une nouvelle théorie des relations Nord-Sud. Ce sont ces réflexions et interrogations auxquelles nous essayons de trouver des solutions pour l'avenir de l'Afrique avec quelques brillants intellectuels de la diaspora africaine d'Europe et d'Amérique du Nord.
Avant la conquête française, la plus grande partie de la moitié orientale du Burkina Faso actuel était occupée par les Mossis. On appelle également "mossis" les représentants de l'ordre aristocratique qui dirige ce territoire, souvent qualifié à tort d'empire, un ordre dont les institutions se sont maintenues durant les six décennies de domination coloniale. Pourquoi et comment ce système a-t-il été préservé alors même que la société toute entière vit de grands bouleversements ? Au moment de la conquête, les chefs précoloniaux n'auraient-ils pas dû être renversés et leur système aboli ? Et lorsqu'on s'approche de la décolonisation, c'est-à-dire d'une indépendance accordée à une élite "moderne" formée à l'école coloniale, la question de l'abolition des organisations traditionnelles n'aurait-elle pas dû être de nouveau soulevée ? Comment les structures politiques mossis ont-elles su se maintenir durant la période coloniale ? Selon quelles modalités ...