Rendre en vers la parabole des mouvements contestataires des années soixante-dix, leur force, leur rage, leur déclin, c'est l'exploit réussi par Nanni Balestrini dans les textes ici réunis. Par un savant équilibre entre la rigueur de la composition, qui repose sur des habiles techniques combinatoires, et une langue fragmentaire, portant inscrite en elle-même la trace d'une histoire en devenir, l'auteur donne vie à une mosaïque vaste et mouvante. Si Vivre à Milan reflète la radicalité et la complexité des conflits qui ont mis à feu et à sang l'Italie au cours de la décennie, Blackout apparaît incontestablement comme le grand poème épique de cette saison de révoltes. Lamentation funèbre pour la mort du mouvement mais aussi ultime cri de rébellion et d'espoir, cette épopée des vaincus, dont l'architecture répétitive évoque un mythique éternel retour, vibre de l'élan des grands événements collectifs et résonne d'une multitude de voix, personnelles et publiques. Ce sont l'intimité et la suspension qui dominent enfin dans Hypocalypse, images poétiques de la condition existentielle d'incertitude et de repli liée à la fin des grandes aspirations collectives.
Nombre de pages
123
Date de parution
05/01/2012
Poids
145g
Largeur
125mm
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EAN
9782940426195
Titre
Blackout. Précédé de Vivre à Milan et suivi d'Hypocalypse
Les Invisibles", ce sont ces garçons et ces filles des "années de plomb", en Italie, entre 1970 et 1980, qui, de la contestation lycéenne à l'activisme révolutionnaire, ont perdu sous les coups d'une répression de plus en plus dure leurs illusions, leur liberté et, parfois, leur vie. Ce livre pose la question de la continuité et de la rupture avec 68, ainsi que le problème du passage de la famille à l'école, de l'école à la vie active, l'engagement politique. L'un de ces invisibles retrace ici son itinéraire - contestation lycéenne, militantisme, actions exemplaires - et, parallèlement, tient la chronique de son incarcération - interrogatoires, violences, révoltes, solitude. Phrases murmurées, ressassées dans l'isolement carcéral, plainte, complainte des erreurs et du découragement, Les Invisibles est aussi un document sur les dérives d'une génération perdue.
Le 15 mars 1972, près de Milan, on trouve, dans la boue, sous un pylône électrique, le corps déchiqueté du célèbre et riche éditeur Giangiacomo Feltrinelli, apparemment tué par l'explosion prématurée de la bombe qu'il s'apprêtait à poser. Vingt ans après, quatre amis de l'éditeur veulent faire un film de cette période de l'Histoire - où, à la stratégie de la tension à coups d'attentats couverts par des franges de l'appareil d'Etat, ont succédé les "années de plomb" puis la déroute des partis armés et le déferlement des confessions de "repentis" - qui a marqué à jamais leur jeunesse. Ils en évoquent les tensions, les affrontements et tentent de retracer l'aventure politique de l'éditeur, engagé comme eux à l'extrême-gauche, de lui rendre son identité mystifiée, occultée par la presse de l'époque, de comprendre la signification emblématique de sa mort qui a marqué pour toute la gauche un tournant crucial et qui les a placés, eux aussi, face à des choix décisifs.
Du printemps à l'automne 1969, partant de la célèbre usine turinoise Fiat, la révolte ouvrière enflamme l'Italie et lance son cri de guerre contre la classe bourgeoise : nous voulons tout. C'est « l'automne chaud », moment fort de la longue vague révolutionnaire qui va secouer la péninsule au cours des années soixante-dix. Au centre des luttes trône la figure de l'ouvrier-masse, emblème de la rage, de la spontanéité et de l'autonomie ouvrière, qui affirme le refus du travail et la destruction violente du système d'exploitation capitaliste. Par une narration sans répit, en prise directe avec la réalité des révoltes et la voix de ses protagonistes, Nanni Balestrini plonge au coeur de l'émergence linguistique et politique de ce nouveau sujet révolutionnaire, il fait entendre dans la chair même du texte le passage de la rébellion instinctive et individuelle du protagoniste à la dimension collective de la lutte. Expérimentation littéraire, ancrage historique et puissance de l'oralité font de ce roman l'un des témoignages les plus audacieux et vivants de la longue saison des révoltes.
La violence est d'abord celle que subissent les textes dans le processus d'écriture utilisé par Nanni Balestrini ; textes d'origines diverses, souvent des coupures de presse relatant les mêmes faits avec des mots et des points de vue différents, parfois des oeuvres littéraires, d'où il extrait des tronçons de phrases ; la recomposition qu'il en fait tient du tissage, par la réapparition du fil à intervalles dans la texture ; mais il s'agit d'un tissage irrégulier, ou souvent se croisent des fils d'origines très éloignées, et les rencontres fortuites - apparemment fortuites - engendrent des ruptures de sens et des sens nouveaux. Violence faite à la langue comme métaphore de la violence vécue au quotidien ou en situation de crise ? Sans doute, cela est plus que jamais évident dans cette oeuvre où sont présentes violence existentielle de la maladie et de la mort, violence prédatrice de la guerre, violence sociale des insupportables inégalités de condition et de l'exploitation du travail, violence réactionnelle de la rébellion individuelle ou de groupe et violence de la répression.
Au tournant des années 1960, catalysée par la Grève du siècle, en Belgique, se met en place une plateforme internationale. Autour de Socialisme ou barbarie, auquel participe alors Guy Debord de l'Internationale situationniste, se regroupent des organisations britannique, italienne et belge, qui entendent redéfinir le mouvement révolutionnaire à la mesure d'une double critique radicale du capitalisme et des régimes socialistes et de la reconfiguration des révoltes en cours des États-Unis à l'Algérie. Sur base notamment de documents inédits, cet essai offre une analyse de ce moment singulier et de ce noeud théorique pour en dégager son originalité et son actualité au regard des luttes aujourd'hui.
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Loin de comprendre le mystère de l'intelligence, l'IA moderne hérite d'une logique d'automatisation des premières machines à calculer de l'ère industrielle, qui se retrouve aujourd'hui dans les algorithmes de reconnaissance faciale ou de tri des données. Ce livre conteste les récits qui idéalisent une IA autonome ou consciente. Il soutient que l'IA ne reproduit pas le cerveau humain, mais les relations sociales, les hiérarchies et les processus de production. Elle ne pense pas, elle automatise. L'Å?il du maître invite à examiner ces technologies de manière critique, à saisir leur impact sur la planète et ce qu'elles disent de nos structures sociales.
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