Le temps des laboureurs. Travail, ordre social et croissance en Europe (XIe-XIVe siècle)
Arnoux Mathieu
ALBIN MICHEL
27,95 €
Épuisé
EAN :9782226209092
Extrait de l'introductionQuand je considère combien d'accidents et risques de maladies, hasard ou violence, menacent la vie de l'homme d'infinies manières, et combien de choses doivent concourir durant l'année à vouloir que la récolte soit bonne, il n'y a rien dont je m'émerveille plus que de voir un vieil homme, une année fertile.Dans ces mots, que le Florentin François Guichardin écrivit à son propre usage vers 1530, se lit son désarroi face à la situation italienne après le sac de Rome de 1527, marquée par les assauts successifs de la peste, de la guerre, civile, étrangère ou de religion, et de la famine. Mais, comme souvent chez le grand historien, la phrase va au-delà de l'expérience individuelle, ici celle de l'échec et du découragement. Souvent lue comme un retour au grand pessimisme stoïcien, la maxime parle en effet de volonté et d'émerveillement, et n'incite pas au fatalisme. Elle célèbre le vieillard, vainqueur des menaces qui pèsent sur l'existence humaine, et la belle récolte, fruit de la conjonction des peines communes. Élevé dans les années 1480, médiévales autant que renaissantes, Guichardin résume à sa manière, en quelques lignes, l'expérience de cinq siècles de construction d'un modèle démographique et économique européen. Au-delà de la silhouette du vieillard et du spectacle des moissons, l'aphorisme évoque la possibilité de la croissance démographique et de l'abondance. Au seuil de l'époque moderne, à un moment où la première mondialisation suggère de changer tous les paradigmes d'interprétation du monde contemporain, une phrase suffit à redire ce que les siècles précédents avaient affirmé: l'importance et la valeur du labeur mis en commun. Mais Guichardin s'en émerveille, comme d'un mystère. Les pages qui suivent sont nées du désir d'affronter cette énigme.À qui réclame un récit, plus conforme à l'usage des historiens qu'un aphorisme, notre histoire pourrait se raconter en trois tableaux, observés à l'échelle de l'ancien continent, plus précis et riches en détails à mesure que le temps s'écoule. Plaçons-nous d'abord par la pensée dans le monde méditerranéen des dernières années du Xe siècle. La chrétienté latine, dominée par la construction impériale ottonienne, est l'une des trois puissances qui se partagent ou se contestent la suprématie sur les territoires de l'ancien empire romain. Elle fait alors la démonstration de sa capacité à se protéger contre les attaques de l'extérieur, qui lui a permis depuis le milieu du Xe siècle de repousser les agressions menées par les Hongrois, les Sarrasins et les Vikings, et elle se trouve dans la situation privilégiée, face à ses rivaux affrontés l'un à l'autre et menacés par les envahisseurs turco-mongols, de n'avoir à redouter que sa propre violence. Pour autant, les contemporains ne lui donneraient sûrement pas la première place face au prestige et à la puissance militaire de l'Empire byzantin ou au rayonnement culturel et artistique du monde arabo-musulman. Le succès brutal des chevaliers francs lors de la première croisade, à la fin du siècle suivant, ne bouleverse pas réellement les données du problème: la suprématie temporaire des uns ne ravale pas les autres au second rang.
La Normandie fut, jusqu'à une période récente une importante région de production de fer. Cette recherche, fondée sur une documentation vaste et variée, met en lumière les structures très originales de sa sidérurgie médiévale, entièrement maîtrisée par les communautés d'habitants. Celles-ci assurent l'extraction du minerai et contrôlent la production et le travail du métal par l'intermédiaire de corporations rurales, les métiers de férons. Cette sidérurgie paysanne, dont les sources attestent la puissance et le dynamisme dès le XIe siècle, sut résister jusqu'à la fin du XVe siècle aux prétentions seigneuriales. Les métiers de férons ne perdirent leur autorité que lorsque la diffusion de techniques nouvelles bouleversa les conditions économiques de type capitaliste, entièrement contrôlée par les privilégiés. L'importance de la diffusion du fer et la place des forgerons dans le développement de l'Occident médiéval avaient été depuis longtemps soulignées, sans que soient véritablement étudiées les conditions réelles de la production, du travail et du commerce du métal. Un chapitre important de l'histoire industrielle de l'Europe se trouve ainsi révélé par cette enquête, qui ouvre aussi des perspectives nouvelles sur l'histoire sociale des campagnes médiévales.
Ce n'est pas parce qu'on entre au collège Qu'on est trop jeune pour penser par soi-même. Le monde vous intéresse. En vous proposant : informations précises et solides, mais aussi des récits, des histoires et des interviews de spécialistes, Les Idées en Revue vous donne l'occasion de réfléchir et de discuter sur les sujets les plus importants de la vie des hommes. La pauvreté, la justice, l'argent, la guerre, le langage, la mort, le progrès, le racisme, la création, la famille, le mensonge, l'amour ou la violence... autant de grandes questions morales et sociales qui ne sont pas réservées aux adultes.
Résumé : Le réchauffement climatique et la transition écologique ont placé la notion de " ressources " au centre de nos préoccupations. Or son histoire, plus ancienne qu'il n'y paraît, est une problématique majeure de la construction des sociétés. Dès le Moyen Age, les Européens eurent le souci de nourrir les affamés, vêtir les indigents, loger les sans-abris, autant de besoins concrets auxquels tâchèrent de répondre l'Eglise et les pouvoirs politiques, en s'efforçant de construire un mode de vie durable. Explorant les liens tissés au coeur de la grande croissance médiévale entre besoin et développement, sobriété et consommation, Mathieu Arnoux souligne à la fois les réussites et les impasses d'un système économique construit presque exclusivement sur l'exploitation de ressources renouvelables, au risque de mettre en crise le régime féodal ; ce dont témoignent aussi bien une célèbre oeuvre de fiction, le Roman de Renart, que les statuts de grandes communautés monastiques, comme l'ordre de Cîteaux. A l'heure où l'épuisement des ressources pose la question de la survie des modes contemporains de développement et d'existence, nous pouvons tirer profit des leçons, étonnamment modernes et ingénieuses, du Moyen Age chrétien.
Pomeranz Kenneth - Wang Nora - Arnoux Mathieu - Mi
La supériorité de l'économie européenne sur celle de la Chine a longtemps fait figure d'évidence, en particulier chez les historiens occidentaux. Au moment où l'actualité proclame ce qu'il y avait de transitoire dans cette suprématie, le livre de Kenneth Pomeranz pose la question de son caractère inéluctable. Récusant l'idée qu'une telle hiérarchie soit à chercher dans les civilisations elles-mêmes, il s'interroge sur la manière dont chacune a su résoudre les problèmes économiques, écologiques et géopolitiques posés par les processus de développement et par l'essor de l'industrie. C'est toute l'histoire de la mondialisation de l'économie depuis 1750 qui fait ici l'objet d'un nouvel examen, remettant en cause bien des idées reçues, tant sur l'Europe que sur la Chine, l'Inde ou les deux Amériques. On comprend ainsi que c'est l'inégale allocation géographique des ressources en charbon et la conquête du Nouveau Monde qui ont donné l'impulsion finale à l'économie européenne.Dès sa parution en 2000, Une grande divergence a soulevé chez les historiens et économistes du monde entier un débat qui est loin d'être clos sur la naissance d'une économie globalisée. Sa traduction permettra aux lecteurs français de mesurer l'importance d'un livre unique, tant par sa perspective effectivement mondiale que par l'ampleur de son information et l'originalité de ses thèses.
Un roman noir, malaisant, addictif qui nous emmène dans le quotidien des circassiens à travers les choix de Tony, un jeune gadjo qui fuit un père violent et alcoolique. Très vite fasciné par les fauves, il veut les approcher et les dompter. L’autrice interroge sur les rapports de force, les blessures intérieures, les héritages inconscients, la colère, la passion, l’amitié et l’impatience. Une lecture à la fois suffocante et envoûtante, elle ne laisse pas de répit. Un récit qui happe, fascine, bouleverse, et questionne jusqu’à un final explosif. « Nous, les hommes, on a beau paraître civilisé, on est comme eux : des bêtes sauvages et impatientes, enclines à la violence. »
Dans le contexte de la crise qui secoue les démocraties européennes, il est devenu habituel d'accuser l'UE et en particulier sa commission, non élue et qui n'en ferait qu'à sa tête comme l'a encore récemment montré l'accord catastrophique signé par Mme Von der Leyen avec Donald Trump. Ghislain Benhessa montre dans ce livre fouillé que c'est se tromper totalement de responsable. La vraie " machine " qui tient le pouvoir aujourd'hui en Europe, c'est la Cour de Justice de Luxembourg. C'est elle qui pilote le Droit, seule arme contraignante de l'UE, comme l'affirmait dès 1965 le premier président de la Commission, l'ancien nazi Walter Hallstein. Les responsables politiques européens, et même les juges constitutionnels français, ont été supplantés par les hommes en noir de la Cour européenne. Mais qui sont donc ces juges qui verrouillent la prise de pouvoir de l'UE et interdisent tout retour en arrière ? D'où viennent-ils et quels sont leurs parcours et leurs histoires ? De Maurice Lagrange, ancien vichyste recruté par Jean Monnet pour construire les premières bases, à Matthias Guyomar, actuel président de la Cour européenne des droits de l'Homme, c'est l'histoire de ces hommes que dévoile ici Ghislain Benhessa. Et les surprises sont nombreuses... . Ghislain Benhessa est avocat et enseignant à luniversité de Strasbourg. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages remarqués dont On marche sur la tête (2024). Il intervient souvent comme consultant sur Cnews.
Depuis qu'elle a découvert Mostar en 1999 lors d'un voyage avec une association, Aline Cateux n'a cessé d'y retourner, d'y vivre, d'y travailler. Ses longues promenades dans la ville bosnienne la plus dévastée par la guerre en Bosnie-Herzégovine la mènent de quartiers encore en ruine au Vieux Pont - incarnation d'une reconstruction inachevée - jusqu'à une usine autrefois fierté de la puissance yougoslave, aujourd'hui symbole de la corruption des élites politiques locales. D'un lieu à l'autre, Mostar, toujours divisée et à jamais fascinante, dévoile la beauté et la ténacité de ses habitants, au-delà de toute catégorisation. Trente ans après la fin des combats, quel est donc cet espace urbain dans lequel ils survivent ? Comment les Mostariens en sont-ils arrivés à dire que la ville qu'ils aimaient a disparu ?