Comment les nations se déploient-elles dans l'espace et dans la durée ? En exploitant des thèmes dits objectifs, en fait saturés d'émotions, qui invitent les militants des causes nationales à cultiver la nostalgie d'un âge d'or, à perpétuer les traits supposés distinctifs des peuples, et à assujettir leur cadre bâti à un futur exalté. Voilà ce que dévoilent l'architecture et les arts. Dès le XVIIIe siècle, le mouvement pittoresque multiplie les voyages, réinvente le passé et chante une imagerie médiévale, assimilée au génie de la terre. Les arts visuels en exaltent les formes dans toute l'Europe. Puis, les architectes transposent, à la ville et à la campagne, cet attachement aux mythes savants et populaires, aux légendes et récits des origines sur lesquels les nations se fondent toujours. Fusionnant monuments et créations, recyclant héritage vernaculaire et souvenir des héros, leurs oeuvres nourrissent les romantismes nationaux et les sentiments patriotiques. La nation est une idée holistique liée à l'histoire sociale et politique des pays, source tantôt de tolérance, tantôt de crispation. Au XIXe siècle, marxistes et socialistes la dénoncent. Les deux conflits mondiaux déploient sa face belliqueuse. Après 1945, puis 1989, l'Europe s'émancipe de ce paradigme. Mais il réapparaît à la faveur d'une porosité inédite entre les fiertés nationalistes et les ressorts populistes, suscitant le repli sur les vieilles identités et justifiant les désirs d'indépendance. La variété illimitée des architectures nationales illustre l'éventail des valeurs qui s'affrontent sur le continent depuis trois siècles.
Nombre de pages
480
Date de parution
21/11/2019
Poids
1 294g
Largeur
170mm
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EAN
9782753578302
Titre
Idée nationale et architecture en Europe. Volume 2, Fin XVIIIe-XXIe siècle
Depuis sa naissance, il y a quelque trois mille cinq cents ans, le forgeron est investi d'une puissance sacrée. Maître du feu, il dompte la matière et métamorphose le minerai, substance symbolique issue de la Terre génitrice. Cette suprématie ne s'exerce pas sans douleur: le travail dans les ateliers de la forge est un des plus durs et des plus implacables qui soit. Conté par Jean-Yves Andrieux, le destin des hommes du fer nous parle certes de techniques, de plus en plus maîtrisées, de luttes économiques et d'enjeux politiques, mais aussi de misères et de souffrances, de traditions et de fiertés.
Pourquoi s'intéresse-t-on, avec autant de passion et de persévérance, en cette fin de siècle qui est en même temps une fin de millénaire, à l'esprit des pierres ? Les ruines ne demandent pas à renaître pour asservir les sociétés actuelles, ni les monuments historiques à envahir sans partage notre paysage quotidien. Si des millions de visiteurs plébiscitent chaque année un peu plus les " Journées du Patrimoine ", c'est aussi parce que le patrimoine est devenu un des grands enjeux contemporains. Au détour du château ou de l'écluse, de la cathédrale ou de la manufacture, du sceptre ou du rabot, le patrimoine contemple, quand il ne les suscite pas les querelles de la modernité. Il souffre des discordes et des guerres plus que du temps. Rappelons-nous les flammes du Parlement de Bretagne ou les ruines iniques de Sarajevo. Elles nous parlent autant de nos faiblesses présentes que de nos grandeurs défuntes. Pour maîtriser les unes et les autres, il faut apprendre à observer le patrimoine comme un lieu du savoir et du débat d'idées.
La beauté de l'abbaye du Thoronet n'a rien d'intemporel : elle est enracinée dans les convictions du XIIe siècle dont elle tire toute sa force. Mais elle n'a pas traversé les siècles indemne. Elle est aussi devenue, en partie, l'?uvre de ceux qui, en recevant pour charge de la restaurer depuis 1840, s'en sont emparé et ont conçu pour elle une seconde vie. Ce livre raconte les mésaventures anciennes et récentes du Thoronet et examine les traces plus ou moins apparentes qu'elles ont laissées - dont certaines sont inattendues et même incongrues. Elles ne déprécient en rien l'exceptionnelle qualité de son architecture et sont même indispensables pour en discerner les principes.
Janvier 1969. Il pleut dans l'église de Sénanque, rongée par l'humidité. Les moines se résignent à abandonner le vaisseau de pierre en perdition. Janvier 2004. Les frères ont regagné le giron sublime du monastère, plébiscité chaque année par plus de deux cent mille visiteurs. Pourquoi une telle métamorphose en trente-cinq ans? Ces années-là ont, en fait, sauvé douze siècles et demi d'histoire. Née au Moyen Age, cédée pendant la Révolution, rétablie en 1854, Sénanque est vendue à nouveau en 1905, puis réoccupée par une communauté religieuse de 1926 à 1969. C'est alors qu'elle est restaurée par la société des Automobiles Marius Berliet qui en fait un centre culturel. Sans cette intervention désintéressée d'une entreprise, fondatrice du mécénat industriel en France, l'abbaye aurait disparu. Pluricentenaire, reprise par les moines de Lérins en 1988, elle est désormais dotée d'un site internet (www.senanque.fr).
Badel Laurence ; Badalassi Nicolas ; Gijs Anne-Sop
A l'heure où les Etats-Unis et la Russie négocient en Arabie Saoudite pour trouver une issue à la guerre d'Ukraine, où un certain nombre d'agences internationales ont été installés depuis moins d'une vingtaine d'années dans le Golfe ou en Inde, cet ouvrage collectif propose une réflexion inédite sur la capitalité diplomatique, ses géographies, ses fonctions nouvelles. Il montre la cohabitation de pratiques juridiquement réglées, mais aussi d'usages paradiplomatiques et inédits. Il questionne les enjeux symboliques et pratiques entourant le statut de capitale diplomatique, compte tenu du contexte postcolonial et de l'évolution générale des relations internationales après la Seconde Guerre mondiale. Enfin, il permet d'interroger les limites de la déseuropéanisation diplomatique.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre Hirsch4e de couverture : La guerre et l'occupation de 1914-1918 ont-elles vraiment été une catastrophe économique pour le Nord ...A travers l'étude de la région lilloise, l'auteur soumet à la critique historique la mémoire victimaire qui, depuis cent ans, oppose les territoires "envahis" et "sinistrés" à une France "libre" et enrichie par la guerre. En centrant l'analyse sur la place et non plus sur le territoire, il montre la dualité de patrons à la fois victimes et profiteurs de guerre.Ce livre interroge le rapport des capitaux au territoire. Revisitant l'occupation et dépassant la dichotomie collaboration/résistance, il montre la résilience de la place à travers le maintien d'une activité économique et l'incessante concertation des industriels, des banquiers et des négociants. En même temps, le repli d'une bonne partie des capitaux en "France libre" et le dédoublement de la place à Paris permettent de participer activement, avec les multinationales implantées à l'étranger, à la mobilisation économique et aux bénéfices de guerre.A plus long terme, la relocalisation très partielle montre que la guerre a été l'occasion d'une expansion durable. Ce livre montre aussi les bénéfices de la rhétorique victimaire assénée à l'Etat par un dense réseau d'organisations patronales et de puissantes associations de "sinistrés" : le "statut des sinistrés" est financièrement très favorable, et la "reconstitution" industrielle rapide ; la place reste puissante.Certes, tous n'ont pas également bénéficié de la guerre, mais dans le concert victimaire, les voix dissonantes sont inaudibles.Avec une préface de Jean-Pierre HirschNotes Biographiques : Jean-Luc Mastin est maître de conférences en histoire économique et sociale contemporaine à l'université Paris 8.
Le Bon Marché, les Galeries Lafayette, le Printemps, Le Bazar de l'Hôtel de Ville : ces enseignes aux noms évocateurs désignent des grands magasins. Temples de la consommation et symboles d'une société qu'ils ont contribué à produire, ils attirent depuis la fin du XIXe siècle des clients à la recherche d'affaires, parfois, et de distinction, souvent. Mais les grands magasins sont aussi des lieux de travail. Or, de ses travailleuses, on connaît peu le quotidien, sauf à se contenter des observations faites il y a plus de cent trente ans par Emile Zola dans Au Bonheur des Dames. A partir d'une longue enquête de terrain par entretiens et observation participante, cet ouvrage invite le lecteur dans les rayons d'un grand magasin prestigieux, que l'on appellera le Bazar de l'Opéra, afin d'y découvrir le travail de la vente (ses techniques, ses contraintes, mais aussi ses réjouissances) et les trajectoires de celles qui l'effectuent. Son objectif est de contribuer à la compréhension d'un travail, celui de la vente, et d'un ensemble de la société française, celui des employés de commerce.