Nous vivons parfois cette expérience impossible : l'effondrement du monde, l'ouverture de l'abîme. Faisant l'épreuve de cette dépossession, nous sommes soumis à l'extrême souffrance où tout sens semble irrémédiablement suspendu. C'est cela que Blanchot circonscrit sous le nom de "nuit" et qu'il s'efforce de prolonger dans une pensée du neutre. Prendre au sérieux cette pensée, lui demander ses raisons, tel est le dessein de ce livre. Il engage indissolublement un autre enjeu : affronter l'épreuve elle-même, dont le mot de "nuit" est le signe, la transformer en question. Peut alors commencer un travail sur une certaine époque de la pensée : ouverte par son attention à l'irréductibilité de la "nuit", elle s'était très largement reconnue en Blanchot. Trois cercles concentriques donc, disposés autour d'une unique interrogation : la pensée peut-elle accueillir l'abîme ? Qu'elle ne le puisse pas, peut-être faut-il le conclure, mais cette impossibilité réclame d'être établie, et non simplement présupposée.
Nombre de pages
309
Date de parution
10/01/2001
Poids
386g
Largeur
139mm
Plus d'informations
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EAN
9782864323310
Titre
L'être et le neutre. A partir de Maurice Blanchot
Auteur
Zarader Marlène
Editeur
VERDIER
Largeur
139
Poids
386
Date de parution
20010110
Nombre de pages
309,00 €
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Phusis, Alèthéia, Khréon, Moïra, Logos: tels sont les Grund-worte, ces "paroles fondamentales" qui inaugurèrent notre destin, et dont Heidegger dévoile le double statut: ouvrant le commencement, elles abritent l'origine; donnant le branle à l'histoire manifeste de la pensée, elles restent en même temps porteuses de son versant secret, et toujours oublié. C'est ce versant secret qui est ici exploré, faisant de ce livre la patiente reconstitution du texte de l'origine. Texte essentiel, puisque ce n'est que lorsqu'il est rétabli que notre histoire, enfin rendue à elle-même, peut trouver sa clôture; que la "question de l'être", enfin pensée comme question, peut être abandonnée. C'est dire que l'oeuvre heideggerienne connaît un double tournant: le premier permet à la pensée de s'engager dans la question de l'être comme histoire; le second lui permet de se dégager de cette même question, et de clore l'histoire. De ces deux ruptures, l'une, précoce et assez généralement reconnue, est celle de la Kehre, l'autre, tardive et plus méconnue, est celle de l'Ereignis. Interroger les paroles fondamentales, c'est donc éclairer l'ensemble du cheminement heideggerien, en faisant ressortir son double projet: projet qui le conduit, à partir du commencement, sur les traces de l'origine; et à partir de l'origine, vers l'expérience d'un "autre commencement".
L'interrogation "Qui suis-je ?" fait de l'identité une question. Sa conjugaison sous la forme "Lequel suis-je ?" suggère la possibilité d'une identité plurielle. Ce livre est consacré aux "identités paradoxales", telles que nous les présentent la littérature et la psychopathologie. Marlène Zarader à partir d'exemples tirés de la littérature et du cinéma repense la question de l'identité personnelle. L'hypothèse est que le clivage mis en lumière par les identités divisées traverse souterrainement toute identité - même s'il s'y trouve surmonté. Et qu'il trouve son origine dans un conflit entre deux dimensions de l'existence : l'une qui nous porte vers la vie, l'autre qui nous en détourne et aspire à la mort. Ce combat caractéristique de l'existence est le plus souvent méconnu. Il peut pourtant être reconnu si l'on porte attention aux traces qu'il laisse. Or c'est dans le champ de l'identité que ces traces sont le plus parlantes ; et ce sont les identités paradoxales - qui nous constituent tous - qui les font le mieux entendre.
Il y a, chez Heidegger, une opposition principielle entre la pensée, qui relève uniquement de notre héritage hellénique, et la foi, qui serait le fait de l'héritage hébraïco-biblique. Ce que montre Marlène Zarader, c'est que les choses, et peut-être à l'insu même de Heidegger, sont loin d'être aussi simples. Que, dans sa tentative de dépasser la métaphysique, et d'en éclairer l'impensé. Heidegger a débouché sur des énonciations qui présentent d'étroites analogies avec ce qui se trouve déposé dans la tradition hébraïque. Heidegger exclut donc l'héritage hébraïco-biblique du champ de la pensée sans parvenir à en faire l'économie dans la sienne propre. Marlène Zarader y voit le signe qu'on ne peut effacer la double origine de l'Occident et que cette dualité fait toujours retour.
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