Yûichi Yokoyama était jusqu'à présent essentiellement connu en France pour ses mangas radicaux. Neutre réunit pour la première fois bon nombre de ses peintures et de ses collages couleurs et noir & blanc, auxquels s'ajoutent deux bandes dessinées inédites. L'ouvrage offre ainsi une vue étendue sur le monde fascinant élaboré depuis plus de vingt ans par l'artiste japonais : « Je veux dessiner la pure apparence des choses. Quand les insectes ou les oiseaux regardent les hommes, ils ne s'intéressent pas à leur nom ni à leur personnalité. Je m'efforce d'adopter ce point de vue indifférent au monde humain. » Répondant à ce parti-pris résolument distancié et superficiel où il n'est pas interdit de voir une filiation avec le pop art et l'art minimal mais aussi avec l?ukiyo-e, l'art de l'estampe japonaise, Yokoyama déroule une galerie de portraits composée de personnages énigmatiques (mi-robots, mi-fashion astronauts) et de masques bariolés qui alternent avec des vues de paysages géométriques : chantiers de construction chatoyants, étendues d'eau évoquées au moyen de marqueteries sophistiquées faites de papiers colorés? Autant d'images libérées de toute émotion humaine, de toute sentimentalité, tendues et séductrices comme des enseignes au néon, complexes et déroutantes comme les reflets d'une fenêtre à la surface d'un écran vidéo. Des images dynamiques et éclatantes. Des images neutres à l'égard de leurs regardeur-ses, c'est-à-dire vives, libérées, fulgurantes. Pour Yûichi Yokoyama, « l'art contemporain est similaire à la sensation d'aborder un continent inconnu et de s'y installer avant tout le monde. Les sentiments d'excitation et de joie procurés par cette découverte sont étourdissants. » Telle est l'invitation lancée par Neutre. [Ouvrage bilingue, français et anglais, coédité avec Fotokino et OK Des Paris.]
Nombre de pages
96
Date de parution
07/05/2025
Poids
300g
Largeur
172mm
Plus d'informations
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EAN
9782916383774
Titre
Neutre. Edition bilingue français-anglais
Auteur
Yokoyama Yûichi ; Bruel Laurent ; Quément Fanny
Editeur
MATIERE
Largeur
172
Poids
300
Date de parution
20250507
Nombre de pages
96,00 €
Disponibilité
Epuisé
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La trame de cet opus de Yûichi Yokoyama est aussi linéaire qu'elle est claire : Voyage est la longue, et silencieuse, et cristalline description d'un périple ferroviaire entrepris par trois hommes. Le sujet embrassé par Yokoyama est moins ce trajet en train pourtant (les distances franchies, le territoire parcouru?) qu'un trajet dans le train. Un voyage dans le voyage. Sitôt le train parti, en effet, les personnages entreprennent de traverser le convoi. Les personnages sont alors confrontés à l'architecture, à l'aménagement de la machine. Ils sont confrontés par-dessus tout aux regards et aux corps des autres passagers : dans le train on s'observe, on se croise, on se regarde passer, on se gêne, on se rencontre parfois. Si bien que ce Voyage consiste d'abord, consiste avant tout à traverser des visages. Succession de portraits avec à la fin peut-être, tout au bout, mais tout au bout seulement, la promesse d'une ouverture, d'un paysage.
L'oeuvre de Yokoyama est traversée par plusieurs thèmes. On connaît désormais quelques uns de ses "Travaux publics". Voici venir le temps des "Combats" : mêmes personnages costumés, masqués, inexpressifs, mêmes décors marqués par la géométrie, même dessin saturé de lignes droites. Simplement ce qui dans le précédent volume s'ourdissait entre le texte et le graphisme, entre la narration et la vision - à savoir la lutte des cases - explose ici au grand jour. Et dans cette lutte Yokoyama fait arme de toute chose comme d'autres font feu de tout bois : sabres, couteaux, fusils, roquettes, assiettes, robinets, fleur en pot ou livres sont placés au service de combats dont il est difficile de cerner la nature. Prenant tour à tour l'allure d'émeutes ou d'embuscades, d'échauffourées urbaines ou de missions commando, de guerre des gangs ou de simple baston ces combats paraissent avant tout, à l'image de la bande dessinée qui les porte, venir du futur.
On retrouve avec Combats les personnages costumés, masqués, inexpressifs, les décors géométriques, le dessin saturé de lignes droites et de trames découverts dans Travaux publics, le précédent opus de l'auteur. Simplement, la lutte des cases qui s'ourdissait dans le précédent volume entre texte et image, entre narration et vision, explose ici au grand jour. Et pour cette lutte Yûichi Yokoyama fait feu de tout bois : sabres, assiettes, couteaux, robinets, canons, fleurs en pot, roquettes ou livres sont indifféremment placés au service de combats dont il reste difficile de cerner la nature. Prenant tour à tour l'allure d'émeutes ou d'embuscades, d'échauffourées urbaines ou de missions commando, de guerres des gangs ou de simples bastons, ces combats paraissent, à l'image de la bande dessinée qui les porte, venir d'ailleurs.
Voyage est la longue, silencieuse, et cristalline description d'un périple ferroviaire entrepris par trois hommes. Sitôt le train parti, les personnages entreprennent de traverser le convoi.Ils sont alors confrontés à l'architecture, à l'aménagement de la machine, mais par-dessus tout aux regards et aux corps des autres passagers: dans le train on s'observe, on se croise, on se regarde passer, on se gêne, on se rencontre parfois. Si bien que ce Voyage consiste avant tout à traverser des visages. Succession de portraits avec à la fin peut-être, tout au bout, mais tout au bout seulement, la promesse du paysage...
Notes sur le sumo associe les notes - les unes écrites, les autres dessinées -, de deux voyageurs au Japon frappés par leur découverte respective du sumo. L'ouvrage se présente ainsi comme la rencontre de deux points de vue, comme une approche doublement subjective, partielle, décousue, non savante du sumo. Loin d'un éventuel Sumo pour les nuls, donc, ou d'un Lonely Planet des pratiques exotiques, ces Notes ne constituent ni un ouvrage didactique, ni un livre cultivé, érudit et utile. Pas même un de ces savoureux et si contemporains "carnets de bord" en bande dessinée. Il tente essentiellement de porter un regard. Voir, faire voir. Quoi ? Un spectacle, un public, un combat qui n'est pas une guerre, un peuple, un corps. Des choses comme ça... Mais avec la joie, mais avec la légèreté qui caractérisent le sumo.
Danny Steve est une fille pressée. Après avoir réglé leur compte aux Feux de l'amour en dix minutes, voici qu'elle s'attaque à la restitution d'un tournoi de sumo. Cette fois, elle commence par poser la scène : d'un côté (sur les pages gauches de l'ouvrage) le public, de l'autre (à droite, donc) l'aire de combat et les sumotoris. À travers les masses, elle glisse son trait. Où se répètent sans fin les gestes et les postures, elle recommence inlassablement son dessin. Sous la rigidité du rituel, sous le poids des corps, Danny Steve piste la mobilité, restitue le mouvement. Et en effet, le livre s'anime. On suit les phases du combat, intrigués et déjà fervents. Esquive, geste technique, poussée, empoignade, chute : l'ouvrage prend des allures de flip-book, reprend son rythme, accélère encore? Côté public défilent pêle-mêle aficionados, présentateurs TV, publicités, sacs de shopping, images de manga. 176 pages ont passé : Danny Steve n'a rien raconté encore ni rien donné à comprendre du sumo. Dix minutes c'est décidément trop court pour se prendre au sérieux...
Une ville orthonormée, au petit matin. Amérique nord. Réveil, métro. La vie des gens, la rue, l'ouverture des bureaux sur fond de grisaille quadrillée. Soudain parmi la foule, un homme prend la tangente. Police. Course?poursuite. L'homme est pourtant l'un des plus insignifiants de la ville : c'est un homme-sandwich. Mais justement. La pancarte qu'il arbore, et dont il semble ne pas vouloir se défaire, fait aussi de lui l'homme le plus remarquable. « New » : voilà ce qu'il annonce. Le nouveau. Rien moins. Il y a bien des choses à dire, sans doute, de New WANTED : ligne claire, minimalisme, géométrie, inventions formelles, refus de la narration? La vérité c'est que c'est l'irruption du boogie?woogie dans la peinture de Mondrian, c'est Hitchcock qui ferait courir James Stewart directement dans des décors de Saul Bass.
Par une brèche dans un mur, une foule de plusieurs centaines de personnes pénètre dans le « jardin » et découvre peu à peu ce vaste territoire interdit constitué d'une succession de paysages artificiels animés de mouvements automatisés. Le « jardin » est un décor désert, habité uniquement de dispositifs mécaniques, de cliquetis, de chocs et de grincements, un lieu sans orientation ni logique qui paraît généré au fur et à mesure de la curiosité qu'il suscite. Un lieu probablement sans fin, voué à l'inouï, à l'extraordinaire, à l'invention...