Face à faceSois-moi le beau visage de toivers le visage de moi.Sois-moi un visage vis-à-vis. Une bouche face à une bouche, un sonface à un son. À l'image de la maison en chantier de sa rue qui semble « sans cesse / aller se détruisant », la maison du poète, celle de sa vie, celle de son ?uvre, « est toujours ruine ». « À présent je n'ai pas ? n'ai que la poésie », écrit Avot Yeshurun au seuil du plus grand dépouillement. Mais « Pas le vers ni le mètre, ni les choses. / Pas les choses qui sont dans la poésie / ni la poésie qui est dans les choses ». De la poésie elle-même, il ne reste donc plus que l'âme, soit le son originel de la parole qui, à l'aube de la mort, semble littéralement enfanter à nouveau Yeshurun, lequel ose écrire dans le dernier vers de ses deux ultimes poèmes : « je serai né », et « à la mort Yah ne m'a pas livré ».
Nombre de pages
192
Date de parution
10/11/2021
Poids
202g
Largeur
125mm
Plus d'informations
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EAN
9782841625406
Titre
À présent je n'ai pas
Auteur
Yeshurun Avot ; Formentelli Bee
Editeur
ECLAT
Largeur
125
Poids
202
Date de parution
20211110
Nombre de pages
192,00 €
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Qu'est-ce qu'un poème? De l'air. Tu pars avec un vers, tu pars avec lui dans la rue. Et la rue te le bouscule. Et la voilà qui parle à travers toi dans la langue des bouleversements, dans la langue des commentaires, dans la langue des oubliements, dans la langue des dérisions, et ton appartement, elle te le met sens dessus dessous, et quand tu rentres chez toi, qu'est-ce que tu vois? Des baluchons, rien qu'un tas de baluchons. Tu avales tout ça comme chapeau pointu, comme parapluie cassé. Jusqu'à ce que ça te soit broyé dans le ventre, et que du ventre tu entendes ta voix monter.Tout ce que j'ai rapporté du dehors, je ne l'ai que sur le bout de la langue. Je suis venu au pays et j'ai eu l'impression de me trouver dans les coulisses. J'ai marché, juché sur des shtulzin, des échasses. J'avais soif de changement. C'est naïf. Et pourtant. Tout ce qui m'arrive, je ne l'ai que sur le bout de la langue. Et quand vient le moment de trancher un défilé nouveau dans la masse de l'eau - alors ça sort de toi à travers le feu ou à travers l'eau. [...]Vois, vois là-bas: quelqu'un se tient-il sur les rails? On entend le bruit des voies ferrées qu'on fourbit. Des trains qui passent. Suhasu suhasu suhasu suhasu. Il y a quelqu'un là-bas. Des mots tombent dans l'air comme des feuilles. Mais la langue, comment qu'elle me tombe dans la bouche! Ce sont des traductions de mots. Pas de quoi en rougir. Mais de quoi faire souffrir, oui."AVOT YESHURUN, "Le temps sphérique".L'?uvre de Yeshurun s'écrit dans la tension entre le monde divin de la Promesse et la prose brutale de l'Histoire.Dévasté par le destin tragique des réfugiés arabes de 1948, qui met à mal son idée du pays d'Israël, Yeshurun porte sur un univers fracassé, disqualifié par l'Histoire, un regard décapé par une expérience cruciale. En voulant permettre à ce monde de "signifier" à nouveau dans l'horizon du poème, son ?uvre marche à la rencontre de l'autre, l'attestant dans son altérité absolue, avec une langue abrupte, impure et sauvage, une langue de sang-mêlé, qui accueille toutes les différences et toutes les dissonances.
Benjamin Walter ; Scholem Gershom ; Adorno Theodor
Les deux volumes de la correspondance de Walter Benjamin, édités en 1966 et préfacés par Gershom Scholem et Theodor W. Adorno, proposent un choix de plus de 300 lettres, écrites entre 1910 et 1940. L'édition française a paru pour la première fois en 1978. La traduction avait été réalisée par Guy Petitdemange qui clôturait le volume par une courte postface intitulée « Treize facettes de Walter Benjamin au fil de ses lettres». L'ensemble a été révisé et mis à jour pour notre édition par Pierre Rusch, qui comprend un corpus de lettres de 1913 à Ludwig Strauss sur la question du sionisme, qui a été retrouvé après la première édition allemande et n'a pu être intégré dans les éditions successives.Même si cette édition est incomplète par rapport à la grande édition allemande en six volumes établie par Christoph Gödde et Henri Lonitz (Suhrkamp, 1996), elle a le mérite d'avoir été éditée par deux proches amis de Benjamin, et leurs notes témoignent de cette amitié aussi fidèle que compliquée et de «l'exceptionnelle aisance dans le genre épistolaire qui lui était comme naturelle» écrit Scholem. Elle éclaire en tout cas suffisamment et d'un jour nouveau l??uvre de Benjamin qui a marqué durablement la pensée du 20e siècle et est chaque jour redécouverte par une nouvelle génération de lecteurs et d'exégètes. La liste des correspondants donne bien la mesure de son importance: outre les deux éditeurs, dont plusieurs lettres sont également reproduites, on trouve Hannah Arendt, Hugo von Hoffmansthal, Bertolt Brecht, Max Horkeimer, Martin Buber, Adrienne Monnier, Rainer Maria Rilke etc. Toute la pensée du 20e siècle est là, avec son cortège de drames et d'espérances.
Dans ce long inédit, Benjamin Fondane révèle les implications philosophiques révolutionnaires qui découlent des travaux de Lévy-Bruhl (1857-1939) sur la mentalité primitive. En mettant à jour les mécanismes d'une logique différente, Lévy-Bruhl fait voler en éclat l'universalité de la logique d'Aristote sur laquelle repose notre pensée occidentale. Dès lors cette logique n'est rien d'autre qu'une arme politique qui fonde l'hégémonie de la rationalité. La démonstration de Fondane est implacable et bouleverse notre conception de la philosophie. Il nous incite à reconsidérer nos manières de penser et de vivre sous la contrainte de la raison, faisant écho à une tradition non aristotélicienne qu'incarnent des penseurs comme Michelstaedter, Lukasiewicz ou Alfred Korzybski.