Ces vingt-deux contes d'amour kabyles ont été recueillis dans les villages de Kabylie dans les années 1980. Leur quête et leur publication furent ardues à cause de la situation politique en Algérie entre 1992 et 2002, qui entraîna déplacements de populations et traumatismes liés au terrorisme. Ces contes appartiennent, pour la plupart, à la littérature orale, ils sont généralement rapportés par les femmes. La société kabyle s'est ingéniée à décharger dans le phantasme le surplus de ses privations. Ainsi, l'amour banni, parce qu'il est absent, parce qu'il est en fuite le jour, est-il représenté majestueusement la nuit? à la lueur timide des dernières braises? La femme dans le conte ne figure pas seulement un objet de désir, elle est reflet de l'amour que le héros porte en lui. Amour miroir choisi par l'homme pour s'y mirer, s'y qualifier. Miroir idéal ou miroir monstrueux tant qu'il n'a pas atteint son but : amour dangereux où il faut affronter l'autre (l'ogre ou l'ogresse). Un des mythes fondateurs de la culture kabyle enseigne que l'univers a été créé (mis au monde) par une femme dite Yemma-s n Ddunit. Mère du monde, Yemma-s n Ddunit avait un réel pouvoir, elle régnait sur tout et tous dans un univers enchanté, mais elle commit une grave faute en laissant échapper un pet, sa magie disparut. Depuis, trois figures de femmes surgissent dans les contes : Settoute, la vieille femme méchante, Tsériel, la femme sauvage, Loundja (fille de Tsériel), la femme divine, qui se métamorphose parfois en perdrix. Mère ogresse, fille divine, le héros prédestiné à la conquérir, un prince ou un garçon pauvre, célibataire, vivant chez sa mère, devra accomplir un périple initiatique, déjouer les maléfices de la méchante, amadouer la sauvage, conquérir sa jeune fille, enfin comprendre le message : le sens de l'existence, que lui délivrera Loundja. Au terme du voyage, le prince sera à l'origine de la fondation d'un nouveau groupe, d'une nouvelle société, d'un nouvel état de conscience?Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil ! Il était une fois un prince? Les contes d'amour kabyles sont présentés et édités par Tassadit Yacine-Ttitouh, spécialiste de la culture berbère, directeur d'études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (Laboratoire d'Anthropologie sociale). Elle est notamment l'auteur de Poésie berbère et Identité, de L'Izli ou l'amour chanté en kabyle (Éditions de la MSH), de Les Voleurs de feu et Aux origines du malaise culturel des intellectuels algériens (La Découverte). Elle anime la revue d'études berbères Awal, fondée en 1985 avec l'anthropologue algérien Mouloud Mammeri. Elle a édité les Esquisses algériennes de Pierre Bourdieu (Seuil, 2008) et le Journal 1928-1962 de Jean El Mouhoub Amrouche (Non Lieu, 2009)
Nombre de pages
175
Date de parution
17/03/2017
Poids
190g
Largeur
130mm
Plus d'informations
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EAN
9782352702481
Titre
Souviens-toi ramier... Contes d'amour kabyles
Auteur
Yacine-Titouh Tassadit
Editeur
NON LIEU
Largeur
130
Poids
190
Date de parution
20170317
Nombre de pages
175,00 €
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Ce livre est une contribution importante à la connaissance de la culture algérienne et, plus particulièrement, des transformations sociales, culturelles et politiques des groupes berbères au cours de la colonisation et depuis l'indépendance. Tassadit Yacine-Titouh mobilise ici deux ressources complémentaires : des enquêtes anthropologiques menées sur le terrain au cours des années quatre-vingt, et des documents écrits (archives publiques et privées) ou oraux (récits de fondation, contes et légendes). Ces matériaux révèlent les rapports inextricables entre structures de parenté et transmission du pouvoir, et permettent à l'auteur de proposer une analyse originale de leurs évolutions depuis le XIXe siècle. Cette démarche débouche sur un double questionnement, par lequel Tassadit Yacine-Titouh explore deux problèmes brûlants de la société algérienne contemporaine : l'importance dans les modes de pensée du substrat historico-mythique d'origine berbère, largement occulté et nié par la culture officielle, et la place inconfortable des intellectuels algériens, sans cesse bloqués dans l'exercice de leur fonction critique par un système autoritaire qui mobilise la culture traditionnelle pour imposer son ordre.
Le Roman de Renart a donné naissance en Europe à tout une mythologie de la ruse et de l'ambivalence. De même, les aventures de Chacal dans les montagnes kabyles révèlent des modèles de comportement qu'on aurait tort de réduire à un simple divertissement. Tantôt amusant, tantôt franchement odieux, le personnage de Chacal est une création de l'imaginaire populaire. Mais la connaissance du monde fabuleux des animaux et des rapports de forces qui le traversent peut être aussi un moyen de mieux comprendre les structures sociales et leurs représentations. Tel est l'exercice que propose l'auteur dans ce livre : en analysant les liens entre mythe et réalité, elle décrypte la fable du chacal à la lumière des rapports aux différents pouvoirs et aux différents modes de domination. Et elle montre comment les intellectuels colonisés d'Algérie négocient leur statut avec le pouvoir à la manière du chacal avec le lion. Ce livre a le mérite d'articuler sociologie et anthropologie, en montrant comment les différents niveaux du symbolique se chevauchent et se répondent en produisant du sens. Par-delà la dérision et le jeu, ce sont bien des enjeux sociaux que la littérature orale nous révèle. La ruse et l'ambiguïté sont des concepts qui rompent avec une analyse caricaturale de la position des intellectuels colonisés. L'auteur évite ainsi le piège du seul déterminisme sociologique. Cette mise en perspective des rapports de forces permet également d'éclairer les relations hommes/femmes. Il s'agit là d'une démarche novatrice qui ouvre sur une véritable théorie sociale des rapports de domination, dans leur dimension historique et symbolique.
Né en 1906 à Ighil Ali, en Algérie, dans une famille kabyle de la vallée de la Soummam, Jean El Mouhoub Amrouche a passé sa jeunesse à Tunis. Ses parents s'étaient convertis au catholicisme avant sa naissance et avait adopté la langue française, langue qui serait celle du poète. Sa mère, Fadhma Ait Mansour a laissé des mémoires: "Histoire de ma vie" (Maspéro, 1968). Sa soeur, Taos Amrouche, a été la première romancière algérienne de langue française. Après des études brillantes en Tunisie et en France, il fut successive-ment professeur, poète ("Cendres", "Étoile secrète", "Chants berbères de Kabylie"...), critique littéraire, animateur de revue ("L'Arche", créée avec le soutien d'André Gide et éditée par Edmond Charlot), écrivain engagé ("L'Éternel Jugurtha"), intervenant à Radio-France Alger pendant la guerre, puis à Radio-France Paris. Il eut alors l'occasion de s'entretenir avec tous les grands noms de la littérature et de la philosophie. Certains de ses entretiens (avec Mauriac, Gide, Claudel...) sont restés célèbres et édités sur disques. Il fut chassé de Radio-France par Michel Debré après avoir servi d'intermédiaire entre les instances du FLN algérien et le général de Gaulle dont il était un interlocuteur privilégié. Militant de l'indépendance algérienne, il est mort d'un cancer le 16 avril 1962, quelques jours après la signature des accords d'Evian. Son Journal, écrit entre 1928 et 1962, et demeuré inédit, comporte une auto-analyse très sensible, un florilège des auteurs qu'il reconnaît comme ses inspirateurs ou ses intercesseurs. On y trouve aussi des croquis de personnages, des brouillons de lettres, des ébauches d'articles, l'évocation de ses amis (Jules Roy, Gide, Camus...). Il retrace la vie d'un homme, d'un poète, d'un intellectuel engagé dans un combat pour faire connaître et reconnaître les deux composantes, kabyle et française, d'une personnalité complexe, voire contradictoire. Trajectoire singulière d'un homme qui laisse derrière lui un précieux testament, celui de la justice, de la double culture et de la tolérance.
En ces années de l'entre-deux-guerres, marquées par des évolutions techniques considérables, le cinéma occupe, à côté du théâtre, une place non négligeable dans la vie d'Antonin Artaud. Cette place fut trop souvent ignorée ou minorée par la critique, peut-être en raison du caractère de divertissement populaire généralement attribué au cinéma, , peut-être aussi à cause des mobiles alimentaires fréquemment invoqués par Artaud lui-même pour justifier sa participation aux tournages. Cependant il eut la chance de tourner avec les plus grands réalisateurs de son temps : Abel Gance, Marcel L'Herbier, Maurice Tourneur, pour le domaine français ; Georg Wilhelm Pabst, Fritz Lang, Karl Theodor Dreyer, pour les domaines allemand et scandinave. Par conséquent, il apparaît dans des films tenus aujourd'hui encore pour des chefs-d'oeuvre du cinéma muet ou parlant. Bien qu'il incarne à l'écran le plus souvent des personnages secondaires, il obtint quelques rôles d'importance, lesquels se distinguent par une interprétation atypique, quasi indissociable de sa personne : Marat dans le Napoléon d'Abel Gance, le moine Massieu dans La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer, le prédicateur Savonarole dans Lucrèce Borgia, d'Abel Gance, ou encore le Rémouleur ange-gardien dans Liliom de Fritz Lang. En sus de sa carrière d'acteur " à-tout-faire ", Artaud s'adonne à l'écriture de scénarios, pratique très en vogue à l'époque, et partagée par nombre de poètes associés de près ou de loin au mouvement surréaliste. Dans le cadre de cet ouvrage, est développée une étude détaillée de ces textes, en prêtant une attention particulière à celui qui servit de support à la réalisation par Germaine Dulac de La Coquille et le Clergyman, considéré comme le premier film surréaliste. Le rapport du poète au cinéma se révèle toutefois ambigu, comme le prouve - à la lecture notamment de ses lettres - l'expression récurrente d'un certain dégoût, sa critique portant aussi bien sur la fadeur ou l'inanité des rôles qui lui sont confiés que sur l'industrialisation croissante du secteur, La condamnation tardive du cinéma par Artaud - condamnation liée à sa machinerie oppressive, tributaire du capitalisme, et à son idéologie visant la colonisation des esprits - n'est pas totale : pour cet éternel révolté, il était impossible d'en finir avec ce médium qui a fortement influencé sa théorie théâtrale
Un moment peu connu de la vie de Picasso. Un tournant dans son oeuvre. Déconcerté par l'art nouveau, victime de la drogue, le peintre allemand Wiegels (celui dont Mac Orlan ferait le héros de Quai des Brumes) se pendit dans son atelier de Montmartre, en 1908. Picasso, qui entretenait un rapport ambigu avec le jeune peintre homosexuel, fut durablement déstabilisé par sa fin tragique. Sa dépression s'accompagna d'une rupture dans son mode de vie et dans son premier style pictural, même si nombre de personnages de son oeuvre (les Arlequins) resteront "wiegelsiens". En même temps qu'elle s'attache au folklore et aux rapins de la Butte à la Belle Epoque, l'étude éclaire "l'homosexualité secrète" de Picasso, selon l'expression de Cocteau. Cette homophilie éclate parfois dans ses toiles et explique le caractère sado-masochiste larvé de certaines de ses amitiés, sa misogynie, son homophobie — exorcisme de protection.
Voici un livre courageux, élégant et érudit. Au-delà du rapport du Coran à la femme qu'on retrouve le long du texte, au-delà de la représentation islamique finement décrite d'un corps féminin diabolisé ainsi que du statut quasi servile de la femme, le livre aborde des questions taboues, se rapportant à l'institution des "mères des croyants". Il en dévoile les non-dits en décryptant le texte sacré selon une démarche nourrie par les sources les plus autorisées. Comme le souligne l'introduction "le thème profond de ce livre est la contestation féminine à la naissance de l'islam et la façon dont les textes religieux, Coran et Sunna, l'ont étouffée et ligotée, en un mot enchaînée". Mohammed Ennaji "n'a pas froid aux yeux" dans son approche du sacré, l'expression est de Régis Debray dans sa préface à un autre titre du même auteur. Elle se vérifie à nouveau dans "Le corps enchaîné".