Ce roman se développe comme une psychanalyse, celle d'un homo occidentalis des années soixante, qui part convaincu de savoir ? du savoir marxiste ?, et de pouvoir tout illustrer à partir de là. Et puis, les figures qu'il a mises en place ? l'intellectuel un peu anarchisant, Guillaume ; le couple de petits bourgeois, l'Étréci et sa femme Mes Droits ; le promoteur du capitalisme avancé, le Maître de Directo, et sa femme Anne ; le peintre américain, L ; le militant stalinien, Sentence ?, les structures économiques et sociales qu'à travers ces figures il expérimente, la langue même dans laquelle, en tant que romancier, il travaille, tout cela lui résiste, lui échappe, le fait achopper. Et c'est chaque fois le corps, ainsi, (et avec lui le silence) qui se manifeste, qui interrompt le discours, qui l'oblige à repartir. À travers chaque étape du roman ? l'exploitation du commerce de luxe, ou la « Caverne » ; le suicide de L ; le désir de Guillaume pour Anne? ? la promesse d'une évidence s'enlise dans la lecture d'un sens concret qui ne se laisse pas réduire. Et si le capitalisme avancé pouvait réussir ? Et si les humeurs du corps conservaient leur épaisseur en face de toute pensée ? Et si qui veut démontrer se devait confesser, à la fin, romancier ? Romancier, oui, et d'un des gestes les plus significatifs de ce temps. Car nous savons aujourd'hui que, bien davantage que celles ? imaginaires ? de la personne, les dimensions du concret (et du conte) sont celles de l'économie, du désir, du mot.
Nombre de pages
208
Date de parution
01/05/1973
Poids
201g
Largeur
1mm
Plus d'informations
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EAN
9782020012126
Titre
LA STATUE DE CONDILLAC RETOUCHEE
ISBN
202001212X
Auteur
VELAN YVES
Editeur
SEUIL
Largeur
1
Poids
201
Date de parution
19730501
Nombre de pages
208,00 €
Disponibilité
Epuisé
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Chacun a son point de vue sur la morale. Voici celui d'Yves Velan, l'auteur de cette délicieuse histoire, pas si morale que ça ! La morale est un sac de cailloux qu'on porte sur son estomac. Bien sûr, on ne le voit pas mais on le sent. Il vous entraîne à faire certaines choses et vous retient d'en faire d'autres. Chez certaines personnes, il est léger et elles font presque tout ce qui leur passe par la tête ; alors on dit qu'elles ont peu de morale ; chez d'autres, il est lourd et elles n'osent faire presque rien ; ces personnes-là ont énormément de morale.
Vous êtes un bon employé, Ad. Je suis content que le sort soit pour vous. Je n'ai pas encore retrouvé mes esprits. L'idée d'avoir un enfant est si extraordinaire que je ne la réalise pas. Oh vous ne l'avez pas encore ". Curt resta la bouche ouverte. Il secoua la tête, en riant. "Je veux dire : entre le droit et le fait, il faut un peu de temps. Dans un monde au dernier stade du capitalisme, Ad et Ev gagnent le droit d'avoir un enfant, avant que l'absurde fonctionnement de l'Union ne leur arrache ce privilège. Usant d'une écriture neutre, souvent glaçante, Yves Velan conduit ses personnages avec une clairvoyance digne du 1984 de George Orwell.
Le narrateur, écrivain acharné mais incapable d'achever son roman sur la jalousie, reçoit la visite d'un véritable possédé, dénué de tout surmoi : l'énergumène. Son projet ? Détruire le Monde Ancien, en commençant par les Etats-Unis. Il réserve dans son plan un rôle majeur au narrateur, qu'il vient convaincre et au besoin contraindre de rédiger une déclaration supposée embraser le peuple noir américain et provoquer une insurrection générale. Le narrateur va tout faire pour démontrer à l'autre l'irrationalité de ce projet. S'engage alors une lutte farouche à coups d'arguments et de récits par lesquels chacun tente de prendre le dessus. Polar américain, dialogue à la Diderot, roman psychologique, élégie, reportage, pastiche... les genres sont nombreux dans ce texte d'une impressionnante liberté, qui exprime, souvent avec humour, une profonde interrogation sur le Mal que Velan partage avec Dostoïevski.
Le 29 décembre 1956, l'Algérie française portait en terre l'un de ses leaders, Amédée Froger, tué la veille, alors qu'il sortait de son domicile. La nouvelle de l'assassinat a fait grand bruit, en Algérie, mais aussi à Paris, en raison de la personnalité de la victime, haute figure locale de la défense de la cause française. Ses obsèques à Alger ont rassemblé une foule nombreuse. Elles ont surtout été l'occasion de ratonnades qui ont marqué les observateurs. S'appuyant sur de nombreuses sources, dont des archives policières et judiciaires inédites, Sylvie Thénault retrace ces événements et propose à travers eux une généalogie des violences exercées par les Français sur les Algériens dans le contexte de la colonisation. Trop souvent résumées à des actions ponctuelles et paroxystiques, ou associées aux seules exactions de l'OAS à la toute fin de la guerre, ces violences - non pas celles des autorités et de leurs représentants mais bien celles de la minorité française, née là-bas - s'inscrivent dans une histoire longue. Elles se nourrissent d'un rapport de domination brutal, empruntant à toutes les formes d'oppressions possibles (économiques, sociales, politiques, juridiques, culturelles) et s'ancrent dans un espace urbain où les différences et les inégalités se lisaient à la moindre échelle, celle du quartier, voire de la rue ou de l'immeuble. Faisant des événements ayant entouré la mort et l'enterrement d'Amédée Froger le chaînon manquant de cette longue histoire, Sylvie Thénault propose ici une histoire spatiale et sociale de la guerre à Alger, en plaçant au coeur de l'interrogation ce que les ratonnades doivent aux rapports entre les populations en présence.
XVIIe siècle. Aux Antilles. C'est la nuit sur une plantation où se déroule une veillée mortuaire. Un vieux-nègre esclave entre dans le cercle des flambeaux. Dès ses premiers mots, il se métamorphose en " maître-de-la-Parole ". Comment ce vieil homme a-t-il pu s'ériger en père fondateur de la littérature des Amériques ? Quels sont les secrets de cet improbable résistant à l'esclavage et à la colonisation ? D'où lui vient cette assignation à ne conter que la nuit, sous peine d'être transformé en panier ? Et pourquoi un panier ? Partant de l'extraordinaire émergence du conteur créole, Patrick Chamoiseau interroge son propre travail d'écrivain, sa mémoire intime et les mystères de la création. Quels sont les grands enjeux de la littérature contemporaine ? En quoi rejoignent-ils ceux de ce vieux maître-de-la-Parole ? ... " Chaque création est une avancée de la réflexion, de la connaissance, du rapport désirant avec cet horizon sans horizon qu'est la Beauté. " Patrick Chamoiseau, né en 1953, a élargi la portée de la littérature antillaise à un niveau mondial. Prix Goncourt pour Texaco (Gallimard, 1992), il est l'auteur d'une oeuvre narrative et théorique majeure où se mêlent imaginaire foisonnant et conscience politique. Sa voix est aujourd'hui l'une des plus influentes de la Caraïbe. Au Seuil ont récemment paru La Matière de l'absence (2016), Frères migrants (2017), Contes des sages créoles (2018) et, en Points Thriller, J'ai toujours aimé la nuit (2018).
Disjoindre le sexe et le genre est un geste éminemment moderne, théoriser cette dissociation l'est plus encore.Ce livre est d'une certaine manière l'histoire de ce geste. Il nous mène des grandes entreprises déconstructrices de la Modernité des années 1960-1980 jusqu'au triomphe contemporain de la théorie du genre : de Sartre, Lacan, Deleuze, Barthes, Derrida ou Foucault jusqu'à Judith Butler.Pourtant, parce qu'il s'agit d'un objet aussi fuyant que précieux, le sexe des Modernes est aussi un révélateur. Loin d'être tout à fait commun aux deux espaces intellectuels que sont l'Europe et les États-Unis, il est peut-être témoin de leurs divisions : disputes, équivoques, héritages détournés, et guerres silencieuses ou avouées...Il s'agit ici non seulement d'éclairer des doctrines récentes que la confusion des temps travaille à obscurcir, mais d'explorer ce qui s'est déplacé au tournant des XXe et XXIe siècles entre le continent européen et le continent américain. Transmission ou au contraire fracture ...Car le moment est venu d'interroger le partage du sexe et du genre sous l'angle de son histoire puisque cette histoire est la nôtre, et sans doute plus que jamais.E.M.
Excédés par le présumé laxisme des tribunaux, les justiciers autoproclamés s'évertuent à punir par eux-mêmes les fauteurs de trouble. Violant la loi pour maintenir l'ordre, ils s'improvisent détectives, juges et bourreaux. Adeptes du lynchage et autres châtiments spectaculaires, ils trouvent un nouveau public sur les réseaux sociaux. Des groupes d'autodéfense du Far West aux chasseurs de pédophiles en Russie contemporaine, les justiciers hors-la-loi sont typiquement des hommes blancs, réactionnaires et xénophobes. Toutefois, mouvements révolutionnaires et défenseurs des dominés ne s'interdisent pas de manier, à leur tour, le fouet et le feu. L'auto-justice compte en outre de fervents zélateurs dans les services répressifs. Et quand policiers et paramilitaires s'affranchissent du cadre légal pour nettoyer la société, ils précipitent l'avènement de l'Etat justicier. Cet essai comparatif s'aventure dans les eaux troubles de la justice sommaire. Au terme d'un périple dans le monde perturbant des redresseurs de torts, une question s'impose : la France est-elle immunisée contre cette fièvre punitive ...