Ce livre, trop bref, interrompu par la mort, a la grandeur, l'équilibre, la force de conviction qui ont placé Trifonov à la tête de la littérature des villes. Ce que nous livre l'auteur recouvre la période la plus cruelle du stalinisme, de 1937 à 1942, mais non sous la forme documentaire dont nous avons déjà maints exemples. Ici, nous avons affaire à la naïveté et aux chagrins muets d'un garçon qui prend contact avec le monde dans l'ambiance du secret, du sous-entendu, qui est devenu à ce point une seconde nature que toute banalité en est exclue. Voire. Ce que l'écrivain n'exprime pas par la voie directe se dégage à travers les images, les situations, les symboles habilement voilés. La scène la plus symbolique est celle où, gamin de douze ans, le jeune héros entreprend, avec deux camarades et à l'insu des parents, l'exploration d'une immense caverne qui ouvre sur une deuxième caverne qui ouvre sur une troisième caverne, etc. Il n'est pas peureux, il s'enfonce, glisse, surmonte les obstacles. On peut admettre que ce défilé souterrain est la préfiguration de sa vie, enfermée dans un système où la prudence et le courage échangent constamment leur rôle, se tiennent par la main. Plus que cela, l'aventure de la vie et son récit se terminent par un constat dramatique non seulement pour l'enfant, mais pour son peuple : MAINTENANT, ON A FINI DE JOUER. Maintenant, Trifonov a fini d'écrire, emporté prématurément par la maladie, nous laissant le regret de ne plus découvrir sous sa plume ces hommes en quête d'eux-mêmes, ces vieillards qu'il traite toujours avec une sorte de lyrisme de la vieillesse superbe. Comme eux, les maisons qui vivent, puis disparaissent lorsque l'homme qui les a portées dans son coeur disparaît à son tour... A moins qu'il ne laisse derrière lui un livre qui en prolonge mieux que le souvenir : la vie.
Nombre de pages
204
Date de parution
12/01/1990
Poids
273g
Largeur
140mm
Plus d'informations
Plus d'informations
EAN
9782070713813
Titre
La maison disparue
Auteur
Trifonov Iouri
Editeur
GALLIMARD
Largeur
140
Poids
273
Date de parution
19900112
Nombre de pages
204,00 €
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Résumé : Ce livre est dédié par Iouri Trifonov à la mémoire de son père, l'une des figures marquantes de la révolution de 1917, co-fondateur de la Garde Rouge commandant du front du Caucase avec Ordjonikidzé, auteur de nombreux ouvrages de tactique militaire, diplomate. Le romancier se fait ici historien, relate ses souvenirs d'enfance, mais les étaie sur de nombreuses notes et télégrammes, documents immédiats qui ont la vigueur de tranches de vie. Grâce à eux, on découvre de nouvelles précisions sur 1917, mais surtout sur la guerre civile dans le Sud, puis sur la constitution et l'action de l'Armée du Travail, qui mit l'industrie soviétique sur pied. Mais il reste romancier, par l'art de ressusciter les personnages, par l'humanité chaleureuse et la très belle quête d'idéal qui soufflent à travers ses pages. Parce que l'anime la piété filiale et à travers elle la pureté d'une foi révolutionnaire du début des âges. C'est cela que Trifonov offre à notre réflexion : à chacun de nous de faire les comparaisons qu'il voudra. Il n'oriente personne. C'est ce qui fait du Reflet du brasier une oeuvre de vie ardente et de grande sagesse.
Les trois nouvelles groupées ici constituent dans l'esprit de l'auteur une trilogie dont le dénominateur commun est l'existence des intellectuels vrais ou faux à Moscou. Elles sont provoqué des discussions très vives car elles touchent à des problèmes contemporains. Les personnages médiocres et vulnérables vivent au milieu de l'intrigue, du passe-droit, du marché noir, grâce à ce que l'on appelait autrefois le système D. Ils ne sont cependant dépourvus ni de scrupules ni de tendresse. Iouri Trifonov nous introduit ainsi dans la réalité de Monsieur Tout-le-Monde en U. R. S. S. comme aucun auteur ne l'avait jamais fait avec à la fois chaleur et lucidité.
«Les mouches d'un côté, les côtelettes de l'autre» - cette maxime pour rire reflète la pensée d'un petit personnage cynique, sorte de repoussoir d'Antipov, héros du Temps et le lieu. Antipov est un homme comme un autre, un homme dans la cité, comme la plupart des héros de Trifonov. Antipov est un peu faible, peut-être ; écrivain modeste, mais d'une intégrité intellectuelle sans concession. Il sera témoin du forfait de son professeur d'université, Kostine : celui-ci avait écrit une pièce en collaboration avec un collègue. Grand succès, mais le collègue ayant été envoyé dans un camp, son nom a été rayé de l'affiche. Kostine a le choix : il maintient son nom et s'approprie le succès. Le scandale éclate cependant, et Kostine se suicide. Antipov poursuit sa vie de Russe moyen, d'écrivain moyen, mais situé de telle sorte par l'art sobre et subtil de Trifonov que peu à peu surgissent devant nous la vie entière de sa ville, Moscou, son temps «qui rampe», sa foule «qui grouille». Et c'est ainsi qu'à travers neuf rues de Moscou où Antipov a fixé d'invisibles souvenirs, graves, drôles, vecteurs d'un humanisme sans facilité, s'écoulent son temps et son lieu, un temps dont les durées échappent aux mesures ordinaires, où les lieux enrobent son monde intérieur comme sa peau se plaque à son corps.
Résumé : Ces nouvelles, en apparence "tranquilles", saisissent un moment de la vie de gens simples : une vieille dame balte va chercher ses souvenirs au pays natal, une vigoureuse ouvrière va travailler au noir chez des gens aisés, des jeunes gens jouent au tennis dans le crépuscule d'été. On pense d'abord, et à juste titre, qu'il y a dans ces pages un brin de mélancolie tchékhovienne. Il y a aussi, comme chez Tchekhov, l'entraînement de la lecture, le désir de savoir "comment ça finira". Le drame est présent de même, feutré, mais révoltant, celui de la nouvelle qui donne son titre au présent volume : Mise à mort d'un pigeon. La malveillance de voisins influents oblige un vieux retraité à se débarrasser de ses pigeons : une fois, deux fois, trois fois l'opération sera manquée. La quatrième... Quant à Des jeux sans fin, c'est une "ciné-nouvelle" sur le monde du football que l'auteur, ancien journaliste sportif, connaissait bien : vision apocalyptique du public (cent mille spectateurs), vitalité des sportifs, fantaisie, facéties des journalistes, nostalgies, tristesses : en peu de pages, un univers entier.
Je crois que certains êtres ne nous quittent pas, même quand ils meurent. Ils disparaissent, or ils sont là. Ils n'existent plus, or ils rôdent, parlant à travers nous, riant, rêvant nos rêves. De même, quand on pense les avoir oubliés, certains lieux ne nous quittent pas. Ils nous habitent, nous hantent, au point que je ne suis pas loin de croire que ce sont eux qui écrivent nos vies. La Haute-Folie est un de ces lieux. Toute notre histoire tient dans son nom". Haute-Folie raconte la vie de Josef, un homme dont la famille a été frappée, alors qu'il venait de naître, par une série de drames qui ne lui ont jamais été rapportés. Peut-on être en paix en ignorant tout de sa lignée ? Où chercher la sagesse quand un feu intérieur nous dévore ? Qu'est-ce que la folie, sinon le pays des souffrances qui n'ont nulle part où aller ? Servi par un style fulgurant, ce roman cruel et lumineux explore la marginalité et les malédictions qui touchent ceux dont l'histoire est ensevelie sous le silence.