
Cheville ouvrière. Essai de journalisme critique en quartiers populaires
Antoine Tricot a expérimenté une autre façon d'aborder de manière journalistique des quartiers populaires dans le Nord. Un récit à la première personne, un récit de ville en quartiers. Un lieu comme il y en a tant d'autres (en " Sous-France " disent certains), chez les " invisibles " et les oubliés, " délaissés " et pourtant chargés et porteurs d'un grand potentiel de vie. Qu'est-ce qu'un quartier populaire ? Que veut dire " mémoire ouvrière " ? Que signifie " journalisme critique " ? Poser ces questions c'est d'abord faire face à toute une série de clichés, de tics, de raccourcis et de contradictions liés à la " fabrique " médiatique et à la perception des publics, surtout les spectateurs du JT. Les relations entre journalistes et habitants de ces quartiers sont tendues. Comment aller plus loin que le fait divers, violence, drogue et tous les maux (et les mots) associés dans l'inconscient collectif. Qu'est-ce qu'un quartier populaire calme ? Sans événement, sans fait sensationnel ? Ce qui ne veut pas dire sans histoire ! Antoine Tricot, journaliste, a expérimenté une autre façon d'aborder de manière journalistique des quartiers populaires dans le Nord. A Saint-Pol-sur-Mer, 23 000 habitants, dans la communauté urbaine de Dunkerque. Une ville ouvrière et " ouvriée " - taraudée, entre industrie et urbanisation - depuis les premières vagues d'industrialisation. L'auteur s'est immergé sur place en sociologue avant la mise en chantier d'un grand projet de rénovation urbaine. Son terrain : les cités Guynemer, Jean-Bart et Cheminots, soit deux barres HLM de 900 logements (autour de 1970) et une cité-jardin cheminote (autour de 1930). Deux configurations urbaines tout à fait différentes et pourtant classées en quartiers prioritaires de la Politique de la ville. Que veut dire vivre et travailler, exister dans ces deux quartiers ? Ouvriers, cheminots à la retraite, jeunes au chômage, étudiants, fonctionnaires, allocataires du RSA, éducateurs de rue, ados, jeunes footballeuses, vieux mécanicien, employés des bailleurs sociaux, jeune cadre du FN local, médecin, député-maire... Autant de personnages pour un itinéraire jalonné de récits recueillis et mis en regard avec des archives et des articles de La Voix du Nord. Progressivement une histoire se tisse, celle d'un territoire avec ses tensions. La mémoire ouvrière qui s'effrite à mesure que le chômage monte - mais qui reste chevillée au corps - ; les paradoxes de la Politique de la ville, la toute puissance des bailleurs HLM, les traumatismes du trafic de drogue, la progression de l'extrême droite sur les friches du communisme, le découragement et la fatalité. Mais aussi les réussites et l'entraide, la valeur du travail des éducateurs, les engagements associatifs et politiques, la transmission, la richesse des identités diverses et la foi dans l'avenir. Un récit écrit à la première personne, un récit de ville en quartiers. Un lieu comme il y en a tant d'autres en France (" Sous-France " disent certains), chez les " invisibles " et les oubliés, " délaissés " et pourtant chargés et porteurs d'un grand potentiel de vie. Ce type d'étude met en lumière une autre façon de voir, d'écouter et de comprendre et s'inscrit dans l'actualité d'un espace très observé, dont l'expérience est d'une utilité publique et universelle. Cet essai, engagé entre journalisme critique et sociologie, enquête de terrain et analyse réflexive est écrit avec subjectivité et tonicité. Il propose l'analyse monographique et concrète d'un lieu habité quasi effacé. Les entretiens choisis - montés comme des pièces radiophoniques - conservent leur oralité tout en restant très lisibles. Sans pour autant en faire un manifeste ou une quelconque théorie, l'auteur a conçu sa restitution dans la perspective d'un livre aisément appropriable qui tient bien dans la Poche.
| EAN | 9782354281618 |
|---|---|
| Titre | Cheville ouvrière. Essai de journalisme critique en quartiers populaires |
| Auteur | Tricot Antoine |
| Editeur | CREAPHIS |
| Largeur | 121 |
| Poids | 370 |
| Date de parution | 20200924 |
| Nombre de pages | 411,00 € |
| Disponibilité | Epuisé |
Pourquoi choisir Molière ?
Du même auteur
-

Travailler, travailler encore. Dockers en lutte à Dunkerque
Tricot AntoineEn 1994, une dizaine de dockers dunkerquois perdent leur travail. Ils lancent alors une coopérative de production pour créer leur propre emploi. Une occasion unique de confronter leurs idéaux politiques d'égalité salariale et de démocratie directe à la réalité sociale. Antoine Tricot poursuit avec ce nouveau livre son expérimentation journalistique sensible et critique. En 1994, après deux ans de grève acharnée, un groupe d'une dizaine de dockers dunkerquois est obligé de faire ses adieux au port. Alors qu'ils font face au chômage et à la déliquescence du collectif de travail dans lequel ils ont vécu pendant des décennies, ils lancent une coopérative de production autour d'une filière bois pour créer leur propre emploi. Une occasion unique de confronter leurs idéaux politiques d'égalité salariale et de démocratie directe à la réalité sociale. De lutte en lutte, leur trajectoire raconte la fin d'un bastion et d'un groupe professionnel historique de la classe ouvrière, celui des dockers, de leur singulier statut d'intermittent et de leur puissante unité syndicale. Mais, loin de suivre les récits enterrant la classe ouvrière, ce petit groupe s'affirme comme un trait d'union entre le temps des grèves ouvrières du XXe siècle et les mouvements sociaux du XXIe. Entre anarcho-syndicalisme, marxisme, mouvement des chômeurs, altermondialisme, économie solidaire, engagement pour les victimes de l'amiante et luttes contre le changement climatique, cette bande de dockers menée par leur leader Louis Monteyne, " personnage " central de ce livre, a tenté de démontrer sans relâche qu'une autre société était possible. Avec ses réussites et ses limites. Antoine Tricot confirme son goût pour une investigation de qualité, en profondeur et empreinte de subjectivité. A la fois critique et sensible, son travail auprès d'un groupe professionnel emblématique d'une certaine forme d'aristocratie ouvrière, les dockers, se situe à un croisement de situations contemporaines. Situations dans lesquelles le capital symbolique des luttes se trouve confronté aux problèmes de la transmission et de la transformation des rapports de force et des nécessaires innovations en matière d'environnement, de sauvegarde des valeurs politiques et sociales et de la conscience écologique. Le livre souligne cette complexité humaine et sociale et ne dérive à aucun moment ni vers une sensiblerie inappropriée ni dans une surévaluation des capacités des protagonistes à maîtriser parfaitement leur situation. Au-delà de cette immersion journalistique (soucieux de recouper ses sources, Antoine Tricot ne néglige aucune piste auprès des témoins et des archives), c'est en écrivain, sensible et attentif aux personnes avec lesquelles il partage ses doutes et ses convictions, que l'auteur s'affirme dans un style très personnelEpuiséVOIR PRODUIT15,00 € -

9-3. Une histoire plurielle de la Seine-Saint-Denis
Tricot AntoineEn novembre 2005, la France connaît un mouvement social et politique d'une immense ampleur : les révoltes des banlieues. Leur point de départ ? À Clichy-sous-Bois, la mort de deux adolescents, Zyed Benna et Bouna Traoré, après avoir été pris en chasse par la police. Puis, trois jours plus tard, le lancer par des CRS d'une grenade lacrymogène dans une mosquée. Que ce mouvement trouve son origine dans une ville de Seine-Saint- Denis, département le plus connu et le plus caricaturé de France, n'est pas anodin. 20 ans après, l'événement résonne toujours avec autant de force avec l'histoire de ce territoire. Mondes ouvriers, logement, racisme, déliquescence du service public, luttes pour l'égalité, écologie : en onze promenades attentives et sensibles, loin des stéréotypes médiatiques, ce livre plonge dans le paysage et les enjeux contemporains du département. Chemin faisant, en mêlant la parole d'habitant·es et de chercheur·ses à ses propres réflexions, Antoine Tricot collecte ce qui nous lie tous et toutes au 9-3, coeur battant de la société française. ANTOINE TRICOT est originaire du Cantal et vit en Seine- Saint-Denis. Il est journaliste indépendant et documentariste radio. Il est l'auteur de la série à succès « Se souvenir de Sam » (LSD, France Culture), ainsi que des livres Cheville ouvrière (Créaphis, 2020) et Travailler, travailler encore (Créaphis, 2025).Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER19,00 € -

Un quartier français. Degroote, Dunkerque
Gonzague Nanda ; Tricot Antoine ; Leroux Paul ; VoRésumé : On remarque d'abord les fenêtres hexagonales, les panneaux préfabriqués en béton gravillonnaire, les espaces verts autour de bâtiments singuliers. La cité Degroote, à Téteghem Coudekerque-Village, près de Dunkerque, regroupe 428 logements HLM construits de 1975 à 1978, après l'ère des grands ensembles industrialisés. C'est un quartier français ordinaire comme il en existe tant d'autres. Ces logements portent la marque architecturale et urbanistique d'une ère novatrice et prometteuse. Mais, du fait de malfaçons et de problèmes constructifs qui ont engendré humidité, infiltrations et effritements, et après l'échec des rénovations successives, la décision de démolir s'est imposée. Degroote n'aura pas atteint cinquante ans. Nanda Gonzague a documenté les dernières saisons du quartier Degroote de 2019 à 2021. Accompagné par des textes d'Antoine Tricot, de Paul Leroux et de Christiane Vollaire, cet ensemble d'images met en lumière les habitants et les traces de la période où ils ont vécu et façonné le quartier, tout en éclairant la mécanique du renouvellement urbain. Le photographe a créé une relation intime et durable avec les gens de Degroote attachés à leur cadre de vie. Devant l'objectif, ils posent avec dignité et fierté. A l'écoute de leurs souvenirs et au coeur d'un travail de mémoire partagé, il a saisi avec pudeur et sans misérabilisme l'effacement progressif du paysage familier du quartier.EpuiséVOIR PRODUIT24,99 €
Du même éditeur
-

La banlieux en morceuax : la crise des lotissements défectueux en France dans l'entre-deux-guerres
Fourcaut AnnieEpuiséVOIR PRODUIT22,87 € -

Pas vu Maurice. Chroniques de l'infraordinaire
Hugues Laurence ; Benoît à la Guillaume ClaudeRésumé : A partir de petits carnets oubliés dans une maison abandonnée, Pas vu Maurice raconte la vie quotidienne d'un hameau du Haut-Forez dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, à 900 m d'altitude. Une histoire rurale disparue. Ces carnets, une quinzaine, de 1997 à 2000, ont été retrouvés parmi les matelas éventrés, les empilements de journaux et les bocaux de haricots périmés par le nouveau propriétaire de la maison, Claude Benoit à la Guillaume, photographe. Il les a montrés à sa plus proche voisine qui a bien connu la personne qui les remplissait. En découvrant et ouvrant ces carnets, Laurence Hugues a souhaité donner à entendre cette voix qui s'est tue. Elle a entrepris de transcrire ces textes de listes, très contemporains dans leur style, leur énoncé, leur répétition, sans affect même lorsque des morts surviennent et de les reprendre dans sa propre écriture, au sens de repriser, comme on répare un tissu. Le récit repose sur une part d'histoire de vie. Marie, paysanne, consigne son univers quotidien dans ces petits agendas recyclés en carnet de bord dans une écriture de plus en plus serrée au fil des années qui passent et la solitude qui s'installe chez elle. Elle y inscrit les travaux et les jours, les visites du neveu, Maurice (tel jour "vu", tel autre "pas vu"), le nombre de bocaux de confiture ou de haricots, le temps qu'il fait. Les notes se répètent à chaque saison, presque à l'identique, comme ces tâches répétées tout au long de sa vie et de la vie du hameau. Cette vie rurale disparue, ou presque, a aussi sa noblesse et de nombreuses vertus. Ténacité, frugalité, accord avec les saisons... un sens du travail en commun, de la communauté, même. A la lecture de ces chroniques de la vie ordinaire (infraordinaire aurait dit Georges Perec), Laurence Hugues a puisé dans ses souvenirs les motifs listés de la corvée de patates, la mise à mort du cochon, les slips qui battent au vent. Autour d'extraits des carnets elle propose une écriture à deux voix des moments de la vie de deux femmes, à des années de distance. Le photographe, de son côté, a documenté par l'image les carnets. Son travail, en contrepoint des écritures mêlées, donne à voir de très belles photographies au plus près du matériau même des agendas et des objets de l'univers de Marie. Dans l'imbrication d'une approche intime, documentaire mais aussi littéraire et artistique, se dessinent en creux deux portraits de femmes, au tournant du millénaire, dans un même lieu mais avec des vies bien différentes. C'est aussi une manière très concrète d'évoquer la désertification des villages. Mais ce double témoignage n'a pas seulement caractère d'archive. Il peut faire écho chez celles et ceux qui aujourd'hui sont tentés par une vie plus simple, plus sobre, loin des grands centres urbains.EpuiséVOIR PRODUIT12,00 € -

August Sander. Un photographe d'Allemagne
Challe DanielL'ouvrage est un essai d'histoire sur le photographe allemand August Sander (1876-1964) à travers son oeuvre et à travers sa vie. Essai d'histoire de l'art, d'histoire technique et aussi d'histoire sociale. Daniel Challe entreprend le " portrait dans le portrait " de cet artiste à l'envergure universelle, auteur des Hommes du XXe siècle. L'ouvrage est un essai d'histoire sur le photographe allemand August Sander (1876-1964) à travers son oeuvre et à travers sa vie. Essai d'histoire de l'art, d'histoire technique et aussi d'histoire sociale. C'est bien d'un artiste de son temps et dans son temps, un artiste d'Allemagne mais à l'envergure universelle dont Daniel Challe entreprend le " portrait dans le portrait " : il regarde les Hommes du XXe siècle à travers le regard du photographe. Ce corpus d'images peut être sans cesse réinterprété, réinterrogé, analysé et remonté. August Sander, artiste exceptionnel et à la trajectoire exceptionnelle, a construit une grande oeuvre malheureusement tronquée par la disparition de milliers de négatifs en 1944. Reconnu de son temps, comme lors de cette exposition très importante de 1927 à la Kunstverein de Cologne, il affirme alors, comme la ligne de conduite de toute son entreprise, ce qui sera sa formule la plus célèbre : " Voir, observer, penser. " Il y a dans le " système Sander " une intention encyclopédique à travers une typologie et une topographie (il reste ancré dans sa région de Cologne qu'il arpente avec méthode), une grande leçon de modestie, d'objectivité (que Daniel Challe décrit à travers l'évolution d'une sensibilité artistique conduisant l'artiste des premières approches pictorialistes à la Nouvelle Objectivité), une conduite jamais coupée de son époque et des influences artistiques et politiques. Musiciens, écrivains, architectes et acteurs posent pour le photographe qui commence à travailler au grand projet artistique de sa vie. Ce regard " objectiviste " sur la réalité sociale de son époque - à partir d'un inventaire à teneur sociologique des types humains, des différentes classes et catégories socioprofessionnelles - est réuni dans son livre de 1929 Antlitz der Zeit (Visages d'une époque) très bien accueilli à sa sortie. De la même façon et avec la même rigueur technique August Sander observe le paysage qui l'environne dans l'Allemagne de son temps. Sa recherche porte sur les liens existant ou pouvant exister entre les humains et l'environnement de différentes régions de son pays. L'arrivée des nazis marque un très violent et douloureux tournant dans la vie et l'oeuvre du photographe et de sa famille : l'un de ses fils est emprisonné et meurt en 1944 ; la même année une grande partie de ses négatifs est détruite dans un incendie. Malgré cette brisure irréparable il continue son travail qui atteint une nouvelle reconnaissance internationale en Allemagne et aux Etats-Unis. Daniel Challe analyse cette trajectoire avec sous tous ses aspects y compris les moins connus et présente avec la même clarté les contextes d'émergence des portraits, des paysages et des études botaniques en rendant ainsi justice à l'esprit de la démarche du photographe. Il met ainsi en valeur l'universalité du langage photographique. L'auteur convoque toutes sortes de sources et d'éléments comme des extraits des conférences radiophoniques sur la photographie que Sander a donné régulièrement dans les années 1930 mais aussi des auteurs, des historiens, des spécialistes de l'Allemagne contemporaine de Sander et des penseurs de la photographie (comme Simone Veil, Chris Harman, Philippe Artières, Olivier Lugon ou encore John Berger et Roland Barthes). Daniel Challe engage aussi sa propre réflexion sur son temps, soucieux de monter en quoi la " cosmogonie " Sander a laissé une empreinte durable non seulement dans l'histoire de l'art photographique mais aussi dans les pratiques artistiques contemporaines. Cet art documentaire, à mettre en relation avec celui des photographes français (comme Eugène Atget) ou américains (comme Walker Evans), continue d'exercer une influence considérable sur les jeunes générations de photographes. L'approche de Daniel Challe est originale en ce sens qu'il est lui-même photographe et que sa réflexion personnelle est motivée par un retour sensible sur sa propre pratique, sans pour autant développer la moindre référence à son propre travail ni à son métier d'enseignant. Il dit lui-même, en justifiant son désir d'écriture : Le livre de Sander est donc non seulement un document d'histoire, mais aussi une utopie. Utopie d'une autre Europe : celle dont nous sommes nombreux à rêver mais que nous ne voyons pas advenir. [... ] Un photographe, un pays, c'est un beau programme pour écrire l'histoire, pour raconter ce qui me touche dans cette oeuvre photographique plus que dans aucune autre. J'ai essayé de me tenir modestement à ce fil.EpuiséVOIR PRODUIT10,00 € -

Leone Ginzburg, un intellectuel contre le fascisme. Suivi de Entretiens avec Giovanni de Luna, Paola
Mauro FlorenceLeone Ginzburg (1909-1944) fonde en 1933, avec Giulio Einaudi et Cesare Pavese, les éditions Einaudi. Il meurt de sa radicalité en 1944, assassiné par les nazis. Il a inscrit la culture comme premier front de l'antifascisme. Florence Mauro raconte sa vie tirée comme un trait droit et sans bavure, sans aucune compromission, marquée par l'exigence intellectuelle. A la fin des années 1920 à Turin s'était formé un groupe de jeunes, au lycée d'Azeglio et ensuite à l'université. Leur maître Augusto Monti disait qu'il leur enseignait Dante et la politique. Les élèves se nommaient : Leone Ginzburg, Cesare Pavese, Noberto Bobbio, Massimo Mila, Vittorio Foa, Mario Lévi. Leone Ginzburg (1909-1944) est apparu très vite comme la figure émergeante de ce groupe par son attitude morale exemplaire, tant sur le plan intellectuel que politique. En 1933 il fonde, avec Giulio Einaudi et Cesare Pavese, les éditions Einaudi : en 1937 et 1938, il y installe les grandes collections, historiques, scientifiques, et les traductions de la littérature européenne : lui-même, d'origine russe et russophone, traduit les auteurs russes ou révise des traductions (Gogol, Tolstoï, Pouchkine, Dostoïevski, Tourgueniev) tandis que Cesare Pavese traduit les textes les plus novateurs de la littérature américaine (Sinclair Lewis, Herman Melville, John Dos Passos, Gertrude Stein...). De 1941 à 1943, condamné par le régime fasciste à la relégation dans un petit village des monts des Abruzzes, il écrit sans cesse pour la " Casa " Einaudi, et exige l'excellence du travail éditorial. Dans une incessante revendication de ses positions antifascistes, Ginzburg est mort de sa radicalité en 1944, à la prison romaine de Regina Coeli, assassiné par les nazis. Avec une écriture impliquée, Florence Mauro raconte la vie de Leone Ginzburg tirée comme un trait droit et sans bavure, sans aucune compromission, marquée par l'exigence intellectuelle. Par sa lutte jamais relâchée pour la liberté d'écrire, de traduire, d'enseigner, de transmettre, il a contribué à maintenir un rempart indispensable contre la montée d'une société totalitaire. L'autrice remet en lumière son intransigeance et sa radicalité face aux événements contemporains de sa génération. Il est un modèle qui parle aujourd'hui et enseigne à ne pas manquer de vigilance. Elle transmet au lecteur d'aujourd'hui son empathie pour le personnage de Leone Ginzburg qui devient par moments héros de roman : elle l'imagine dans une quotidienneté, avec ses camarades de lycée dans les cafés de Turin, ou avec sa famille dans le confino des Abruzzes où il est exilé par le pouvoir fasciste. Elle le met en scène, se fondant sur des écrits retrouvés, des témoignages, des archives. Elle décrit ses enquêtes dans les archives à Turin et à Rome, ses déambulations sur les pas de Leone Ginzburg, ses rencontres avec des témoins ou des historiens. A travers le geste d'écriture, Leone Ginzburg inscrit la culture comme premier front de l'antifascisme. Pour lui tout acte de langage devient acte politique. Comment des articles écrits dans la célèbre revue La Cultura - reprise par la Casa Einaudi - apparaissent-ils comme les mots les plus engagés de la Résistance ? Comment la Casa Einaudi est-elle au coeur, dès sa création, d'un des enjeux essentiels de la démocratie, du renouvellement d'un patrimoine qui a fondé un pays, et de sa très nécessaire leçon de résistance à venir ? Il est à noter que l'épouse de Leone, Natalia Ginzburg, née Natalia Levi, a été une grande écrivaine. Leone et Natalia ont eu trois enfants dont Carlo Ginzburg le célèbre historien pionnier de la micro-histoire et historien de l'art.EpuiséVOIR PRODUIT12,00 €
De la même catégorie
-

Sociologie du changement. Dans les entreprises et les organisations
Bernoux PhilippeLes acteurs, à l'intérieur d'une organisation, ne sont pas seulement soumis à ses contraintes : sans leur implication et s'ils ne s'approprient pas les outils proposés, les changements ne peuvent tout simplement pas avoir lieu. S'appuyant sur une évaluation critique des théories sociologiques du changement ainsi que sur trente ans d'observation interne au sein d'organisations, l'auteur établit une sociologie de l'action fondée sur l'interaction entre contraintes et autonomie. Il dresse ensuite l'état de nos savoirs sur le rôle et le poids des déterminants du changement (contraintes socio-économiques et techniques, institutions, acteurs...). Enfin, il décrit les transformations en cours et tire les conclusions pratiques quant à la conduite du changement.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER10,10 € -

Le salaire de la peine. Le business de la souffrance au travail
Perragin SylvaineEn France, la souffrance au travail se porte bien : 30 000 burn out, 3,2 millions de personnes en danger d'épuisement, 400 suicides par an... Un marché économique s'est donc créé autour des risques psychosociaux : formations, expertises, séminaires... Ce juteux business prolifère et gangrène le monde du travail. Malgré les sommes astronomiques investies par les entreprises, une prise de conscience nationale, une médiatisation de grande ampleur, la souffrance professionnelle s'est-elle atténuée pour autant ? En aucun cas. Il est vrai que, sous couvert de " bien-être au travail ", l'objectif reste le profit de l'entreprise. Un salarié " heureux " serait en effet plus rentable. Rien d'étonnant alors si cette mascarade ne fait pas rimer labeur avec bonheur !Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER18,00 € -

Un désir d'égalité. Vivre et travailler dans des communautés utopiques
Lallement MichelDepuis la fin des années 1960, des femmes et des hommes ont décidé de projeter leurs "rêves en avant" en faisant le choix de vivre en communauté. Pour faire pièce à la société capitaliste et donner vie à leurs idéaux, ils ont bâti des utopies concrètes. Afin de comprendre la logique et la portée de ces initiatives multiples, il faut se demander non seulement qui sont les "communards", mais aussi ce qu'ils font. Il convient, autrement dit, d'examiner la manière de mettre en oeuvre au quotidien les utopies dont ils se réclament. Telle est l'ambition de ce livre. Celui-ci interroge les permanences et les recompositions des mondes communautaires d'hier et d'aujourd'hui. Fruit de plusieurs années d'enquête, il s'intéresse en particulier aux "communautés intentionnelles" qui, aux Etats-Unis, ont adopté des principes de vie et de travail égalitaires. Il porte ainsi attention au cas de Twin Oaks (Virginie), l'une des plus anciennes et des plus importantes d'entre elles. Si les accommodements avec la société et les différends internes complexifient le bilan d'un demi-siècle d'expérimentations sociales originales, tout indique que, loin de la trace archaïque d'un monde révolu à laquelle certains ont voulu les réduire, les communautés utopiques sont devenues aujourd'hui des ferments propres à féconder notre avenir.Sur commande en 2-4 joursCOMMANDER26,00 € -

Manifeste pour une démocratie du travail
COLLECTIFAlors que le capitalisme devient toujours plus autoritaire et productiviste, pouvons-nous prendre collectivement le pouvoir sur notre travail ? Et comment ? Un collectif de chercheur.es syndicalistes et professionnel·les raconte des enquêtes, luttes et alternatives qui montrent que c'est possible et analyse les manières dont s'y prennent concrètement les travailleur-ses pour donner du sens à leurs activités, prendre soin des collectifs et conquérir de l'autonomie au travail. Leur Manifeste prend position dans les débats en cours sur le renouvellement du syndicalisme et avance des propositions politiques pour mettre le travail au service de la démocratie, de l'émancipation et de la défense du vivant.En stockCOMMANDER13,00 €

