L'essai passionnant de Corinna Thierolf porte sur le travail artistique de Fabienne Verdier né de son dialogue visuel et spirituel avec le retable d'Issenheim de Matthias Grünewald (1516), conservé au musée Unterlinden de Colmar. Entre 2019 et 2022, l'artiste a donné vie à un ensemble de 78 peintures de grandes dimensions où elle poursuit sa méditation sur la lumière de Grünewald en faisant appel non seulement aux moments significatifs de l'histoire de la science, mais encore aux thèmes fondamentaux de la culture picturale, orientale comme occidentale, manière d'illustrer la force universelle de l'ar t. Le Christ fluctuant, qui vient de se libérer de sa vie terrestre, trouve sa contrepartie dans la lumière évanescente des peintures de l'artiste, dont les cercles reflètent la forme idéale de la sphère, et donc du monde, et peuvent être appelés à juste titre "soleils nocturnes" (Jean Paul). Avec les Rainbow-Paintings, Fabienne Verdier évoque un phénomène naturel, elle raconte le lien entre l'existence et sa disparition, entre la proximité et l'éloignement, l'éternité et l'infini, les mondes visible et invisible. De là surgissent les thèmes de la vie et de la mort, deux pôles qui ne sont pas interprétés dans une optique antagoniste, mais comme un status en perpétuelle évolution. L'artiste montre un tout vital en constante mutation et, par sa force poétique, elle rend le vide habitable.
Les peintures qu'Arnulf Rainer a réalisées entre 2012 et 2016 constituent le dernier groupe d'oeuvres de l'artiste. Au cours de ses soixante années de création, il a élaboré un langage pictural singulier. Dans ses "Übermalungen" , il parvient, à coups de griffures, ratures, giclures, coulures, à transfigurer aussi bien ses propres oeuvres que celles des autres. En recouvrant les motifs sous-jacents, il les efface dans un geste iconoclaste mais aussi, d'une certaine façon il les protège. Dans cette nouvelle série, il s'agit toutefois de peindre ex nihilo. Ce que Rainer recouvre ici, c'est le fond blanc du tableau. Il y a là quelque chose que l'observateur extérieur ne peut que deviner : "Ce qui a absolument disparu, dit-il, devient le contenu du tableau1". Selon le sens commun, ce qui a disparu ne peut être vu, ne peut donc être peint. Ce disparu est d'une indétermination brumeuse, n'a pas de lieu fixe, pas de corps. Il ne peut pas et ne doit pas être touché, on ne peut en prendre possession. Pourtant Rainer parvient à entrer en contact avec ce vide - l'ampleur et la liberté de son geste en témoignent. Avec ses "touches de pinceau2" , il rend présent le disparu et l'intouchable. Il l'effleure, le désire et le célèbre. Ces dernières peintures ont un spectre de couleurs aussi large que le plumage chatoyant des oiseaux de paradis ou des nuances luxuriantes des feuilles d'automne. Des tableaux dans lesquels les tons rouge orangé du cadmium se combinent avec le magenta strident et le gris terreux. Vert clair, jaune bouton d'or, bleu nuit. Des formes noires aux allures de faucilles élancées et de queues de comètes lumineuses. En jouant de la transparence, d'amples courbes balayées, juxtaposées ou superposées, structurent la composition. La quasi-verticalité de ces traits révèle l'inébranlable présence physique du peintre face au vide.
Verdier Fabienne ; Thierolf Corinna ; Fouache Eric
De septembre 2009 à juin 2010, Fabienne Verdier s?est consacrée à relever un défi artistique dont elle mesurait l?ampleur. Dans son atelier, l?artiste plasticienne s?est attelée au jour le jour à l?exécution de quatre fresques monumentales destinées aux murs du Palazzo Torlonia à Rome. Sans doute l?oeuvre que Fabienne Verdier accomplit sous nos yeux présente-t-elle un caractère exceptionnel. Ce fut une aventure à l?issue abstraite mais au travail concret, fait de retenues et de fulgurances, d?attentes et de passages, d?instants de doute et de pure grâce. Les flux rouges qui prennent naissance dans la veine immense des pinceaux de Fabienne Verdier se déploient, se sculptent et enfin se cristallisent. Ils prennent vie avec rigueur sur ses fonds bleus comme des parts d?océans aux prises avec les forts courants qu?elle infléchit sur la toile. Le photographe Philippe Chancel a posé durant près de dix mois sa caméra pour suivre la genèse de ces fresques et le travail de l?artiste, son atelier, ses gestes, son univers. Sont nés un film et un livre, dont les images sont issues du film, pour témoigner de cette singulière création artistique.
Bilan positif d?une expérience extraordinaire, et avant tout hommage aux derniers Indiens d?Amazonie vivant encore librement, tels sont les messages dont témoigne la voix influente de l?ethnologue genevois René Fuerst, qui a consacré une grande partie de sa vie aux populations indigènes de l?Amazonie. Cette « autobiographie visuelle » parcourt les régions centrales du Brésil, notamment le Mato Grosso et l?Amazonie profonde, et fait la part belle à ses rencontres, recherches et recueils ethnographiques ? autant de témoignages qui sont venus enrichir les musées européens, dont en premier lieu le musée d?Ethnographie de Genève.Les images en noir et blanc de René Fuerst capturent et racontent une vingtaine de rencontres, s?arrêtant sur les visages, les corps, les cérémonies plus tranquilles et celles agitées par les danses. Même le récit du quotidien au travers des objets qui le rythment se fait digne et conduit le lecteur à une réflexion tout en relief sur les bien connus « tristes tropiques » de Claude Lévi-Strauss.
Dans d'éloquentes peintures aux couleurs saturées et des gravures sur bois d'une économie de moyens inédite, Félix Vallotton a créé des images qui comptent parmi les plus emblématiques du Paris fin de siècle. Arrivé de Lausanne, sa ville natale, dans la capitale à l'âge de seize ans, l'artiste suisse a restitué des instantanés caustiques de la vie quotidienne des Parisiens : tumulte de la rue, foule avide de consommation au grand magasin Le Ban Marché, ou encore rendez-vous clandestins de couples à huis clos. On lui doit aussi des portraits, de subtiles natures mortes, des nus, des paysages et d'élégants intérieurs inspirés de son cadre familial. Beaucoup d'entre eux distillent une vague impression de malaise. Ce volume s'attache à mettre en évidence l'originalité de l'oeuvre de Vallotton à travers une cinquantaine de tableaux et bon nombre des xylographies les plus importantes de l'artiste, dont les sujets s'étendent des manifestations de rue aux atrocités de la Première Guerre mondiale. Sous la plume d'auteurs faisant autorité, plusieurs essais explorent les trouvailles techniques de Vallotton et la place complexe qu'il occupe dans l'histoire des débuts de l'art moderne. lis rendent vivant le travail de cet artiste aujourd'hui encore dérangeant.
Résumé : Une artiste audacieuse qui a défié les conventions de son époque Ce catalogue paraît à l'occasion de l'exposition "Helen McNicoll. Un voyage impressionniste" au Musée National des Beaux-Arts du Québec. Publié sous la direction d'Anne-Marie Bouchard, conservatrice de l'art moderne (1900-1949), le livre s'articule principalement autour de l'idée de mobilité dans la vie et l'oeuvre de cette figure de l'impressionnisme canadien du XIXe siècle. Au début des années 1900, époque où les femmes des milieux bourgeois sont le plus souvent confinées à l'univers familial et domestique, Helen McNicoll se distingue par sa passion du voyage et de la découverte de nouveaux espaces. Privilégiant la peinture en plein air et les effets de lumière et d'atmosphère, que viennent nourrir ses nombreux voyages, elle a pour sujets de prédilection les scènes de la vie quotidienne, dont elle parvient à donner une interprétation qui tranche sur celle des autres impressionnistes en ce qu'elle fait une large place au labeur féminin. L'exposition présente plus de soixante oeuvres de l'artiste, dont 25 provenant de la collection de Pierre Lassonde. Y sont notamment évoqués, à travers le prisme du voyage, les thèmes de l'indépendance et de la liberté des femmes, de l'amitié, de la prise de risque, dans le contexte passionnant des luttes des "suffragettes" britanniques pour le droit de vote. Exposition au Musée National des Beaux-Arts du Québec, du 20 juin 2024 au 5 janvier 2025